«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Ça, c’est la version Desmarais/La Presse (1)

Pétrolia : le vol du siècle dégonflé

vendredi 6 septembre 2013

La petite société d’exploration pétrolière Pétrolia et Hydro-Québec ont finalement consenti à dévoiler les détails de l’entente « secrète » qu’elles avaient conclue en 2008 lorsqu’Hydro a cédé ses droits d’exploration et d’exploitation pétrolière dans l’île d’Anticosti. De nombreux théoriciens du complot ont vécu hier une amère déception.

Cette cession de droits d’Hydro-Québec à Pétrolia n’avait soulevé ni vague ni tollé au moment de sa conclusion, en janvier 2008. La transaction avait fait l’objet d’une nouvelle brève dans les pages de La Presse Affaires et fut le seul texte publié sur ce sujet pour tout le reste de l’année.

Ce n’est qu’à partir de juin 2011 que l’on a commencé à remettre en question les motivations qui avaient poussé Hydro-Québec à céder ses droits pétroliers dans l’île d’Anticosti lorsque Pétrolia a rendu publique une étude de potentialité indépendante qui estimait que le roc de l’île pourrait contenir des réserves d’au moins 30 milliards de barils de pétrole de schiste.

Pourquoi Hydro-Québec, qui avait elle-même réalisé des forages exploratoires à Anticosti avant de céder ses droits à Pétrolia, n’avait-elle pas décelé ce formidable eldorado liquide ?

Pour quels motifs la société d’État a-t-elle soudainement décidé de brader ce fabuleux trésor collectif ? À quelles conditions a-t-elle consenti à transférer ces permis d’exploitation qui pourraient générer des milliards de dollars de profits à quelques actionnaires d’une entreprise privée plutôt que de servir à regarnir les coffres d’un État qui en a tellement besoin ?

Ce questionnement était tout à fait normal, mais il n’a fait qu’aller en s’amplifiant sous la distorsion parce que ni Hydro-Québec ni Pétrolia ne voulaient dévoiler les détails de cette transaction qui avait été réalisée sous le sceau de la confidentialité.

L’entêtement des deux parties à ne pas vouloir donner les détails de leur entente n’a fait que renforcer chez certains la certitude qu’Hydro-Québec avait été la victime consentante du vol du siècle.

Une ministre libérale des Ressources naturelles, puis celle nouvellement élue du Parti québécois ont voulu en vain forcer le dévoilement de cette transaction secrète maintenant devenue suspecte.

Une entente correcte

Pour des raisons qui m’apparaissent encore obscures, la petite société Pétrolia ne voulait pas que les éventuels partenaires qu’elle courtise connaissent les détails de l’entente avec Hydro.

Pétrolia doit s’associer à des acteurs majeurs de l’industrie pétrolière pour la réalisation d’un éventuel projet d’exploitation dans l’île d’Anticosti et ses actionnaires souhaitaient probablement garder secrète la clause qui accorde à Hydro-Québec un droit de premier refus sur une participation au développement d’une découverte d’hydrocarbures commercialement exploitable.

En d’autres mots, si Pétrolia fait la preuve qu’on peut extraire du pétrole sur une base viable, Hydro-Québec peut redevenir actionnaire jusqu’à concurrence de 50 %. Si Hydro refuse de participer au projet, elle touchera néanmoins des redevances garanties, comme le détaille ma collègue Hélène Baril.

Bref, Hydro-Québec ne s’est pas fait voler, et les contribuables québécois non plus. Parce qu’en plus des bénéfices auxquels Hydro pourrait avoir droit si jamais le pétrole jaillit de l’île d’Anticosti, il faut rappeler que le ministère du Revenu pourra profiter de redevances fiscales à l’avenant.

Le gouvernement de l’Alberta récolte des redevances de l’ordre de 35 % sur la marge brute que les sociétés pétrolières réalisent sur chaque baril de pétrole qu’elles extraient des sables bitumineux. S’il en coûte 50 $ pour extraire un baril qui se vend 100 $ sur le marché, le gouvernement albertain obtient 17,50 $ en redevances.

On peut certes présumer que le gouvernement québécois imposera un taux de redevances encore plus généreux que celui de l’Alberta sur le pétrole qui, un jour, émergera de son sol. On a du rattrapage à faire...

Chose certaine, Hydro-Québec n’avait plus rien à faire dans le secteur pétrolier, où elle a tenté de développer une expertise et de créer une masse critique sous l’impulsion d’André Caillé lorsqu’il a pris la direction de la société d’État en 1996.

L’ancien PDG de Gaz Métro a même orchestré l’acquisition de la société gazière en 1997 pour implanter par la suite une division pétrole et gaz chez Hydro-Québec. En 2004, Hydro-Québec a vendu sa participation dans Gaz Métro à la Caisse de dépôt et placement au moment même où l’entreprise devait s’adapter au virage éolien.

Depuis 2004, Hydro-Québec a bien compris que le pétrole n’entrait pas dans son champ de compétence. En cédant ses droits à Pétrolia, la société d’État n’a pas pour autant abandonné la possibilité qu’elle y retourne si les milliards sont réellement au rendez-vous.


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