Si rien ne se passe, c’est l’histoire du crépuscule d’un mouvement qui s’écrit maintenant. Le souverainisme québécois est dans une impasse historique. Le Parti Québécois est incapable d’assumer l’option pour laquelle des militants de gauche, de centre et de droite se rejoignent en son sein, soit l’indépendance nationale. Il est incapable de percer le cercle hermétique de ses sympathisants naturels pour parler à une population de moins en moins vendue d’avance à la nécessité pour notre peuple de conquérir sa souveraineté politique. Tous les commentateurs politiques sérieux affirment maintenant comme vérité absolue qu’il est désormais à peu près impossible pour le PQ d’aspirer au pouvoir en 2018 sans s’allier à un autre parti politique. Québec Solidaire rit de nous à ce sujet depuis maintenant plus d’un an. Quel est notre plan pour nous sortir de là ?

Le Plan

Pour Jean-François Lisée, le plan est clair. Nous allons défendre les intérêts des Québécois à l’Assemblée Nationale en gouvernant, pour le moment, dans le cadre fédéral. Pour la souveraineté, on la préparera à coup de concerts estivaux et d’hypothétiques dons. Nous verrons si nous la réaliserons lorsque le prochain mandat sera à l’horizon. Il s’est trouvé assez de personnes pour s’imaginer que c’était une bonne idée pour porter Lisée à la tête du PQ après le départ de celui qui nous a brièvement remplis d’espérance, malgré les crachats fielleux de la gauche métropolitaine, Pierre Karl Péladeau.

Or, il faut comprendre, chers amis, ce que signifie gouverner dans le cadre fédéral « en attendant ». Je pense à deux façons de faire.

  1. Gouverner tranquillement sans chercher de conflits de légitimité et sans mettre de l’avant des politiques de rupture
  2. Gouverner avec virilité et en transposant en actes politiques nos aspirations

Rien n’annonce que la seconde option soit même envisagée à l’heure actuelle par le Parti Québécois. Pour reprendre le terme de Lisée, on se contentera d’être « un ostie de bon gouvernement« . Un o**** de bon gouvernement provincial devrait-on spécifier.

Ce qui veut dire qu’on luttera pour que Bytown (l’ancien nom d’Ottawa) nous traite bien. On demandera de plus imposants transferts en santé, plus de péréquation ou je ne sais trop. On demandera à Bytown d’appuyer le Québec. On dénoncera leur non-implication chez nous, le support déficient qu’ils nous offrent par rapport à celui apporté à l’Ontario et à l’Ouest du dominion. Pendant ce temps, on laissera des hordes de communicants post-modernes pondre un marketing pro-souveraineté.

Quelle niaiserie sans nom.

J’ai grand peine à croire que quiconque puisse se réjouir face à de telles perspectives.

Puis devinez quoi ? On perdra du terrain. Eh oui !

Ouvrir grand la porte à l’ennemi

On perdra du terrain parce que du haut de la Colline Parlementaire, on saupoudrera quelques millions par-ci et par-là en réponse aux doléances péquistes.

Finalement, le fédéral, c’est pas si mal, non ?

Nous continuerons à nous débattre et à nous lamenter, mais de quoi aurons-nous l’air ? De misérables enfants gâtés.

Le cas de la Fête Nationale

Vous souvenez-vous qu’une des premières mesures de « rigueur budgétaire » du gouvernement Couillard après son élection fut de réduire considérablement les budgets alloués au financement des festivités entourant la Saint-Jean-Baptiste ? Le Devoir en parlait en décembre 2014.

Prévisible, direz-vous.

Moins prévisible était la réaction que nous sert aujourd’hui le gouvernement fédéral, alors que la ministre Mélanie Joly annonçait la semaine dernière que Bytown et Patrimoine Canada allaient contribuer à hauteur de 2,4 millions de dollars du dominion à la Fête Nationale cette année. Jean-Marc Fournier s’en réjouit, mentionne même La Presse.

On appelle cela perdre du terrain, chers amis. Désormais, le Jardin d’Éden 2.0 qu’est le Canada finance nos festivités nationales. « Une belle occasion d’être plus inclusifs », dixit le ministre Fournier, qui jubile d’ailleurs que de plus en plus de spectacles de la Saint-Jean se déroulent en anglais.

Tout cela devrait bien plaire à Québec Solidaire, pour qui l’assimilation des Québécois au monde anglo-saxon semble un bienfait, alors que l’assimilation des nouveaux arrivants au Québec francophone est une preuve d’intolérance et de racisme de la société d’accueil.

Le plan Lisée, si l’occasion de présentait de le mettre à exécution, mènerait inévitablement à ce qu’arrive ce genre de situations. En termes militaires, on appelle cela battre lentement en retraite.

Non, chers amis, la conquête n’est pas finie. L’agonie sera longue et pénible. Espérons que l’anesthésiant soit efficace et injecté à forte dose.