«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Speak white 2017, mépris, racisme et francophobie

Parler français, est-ce « trop étroit » ? Le Barreau de Montréal franglise au nom de l’inclusion

Il y a quelques jours, le Bâtonnier de Montréal, Brian R. Mitchell, publiait une infolettre en franglais. On y trouvait un mélange pas très harmonieux de paragraphes en français et d’autres en anglais. La chose en avait fait sursauter plusieurs. Brian R. Mitchell était-il conscient qu’il avait l’air d’un personnage du Temps des bouffons ? Parmi ceux qui se sentirent heurtés par ce refus flagrant de considérer le français comme la langue commune du Québec, celle à travers laquelle ils se rassemblent au-delà de leurs différences, il y a avait Pierre-Marc Boyer, lui-même avocat. Il l’a fait savoir aux autorités concernées. Selon lui, le Bâtonnier devrait s’exprimer en français dans ses communications publiques et avoir une version anglaise sur demande. La grande majorité des gens verront là une demande raisonnable. 

Mais manifestement, il a parlé à un mur. Droit-inc. nous apprenait dans son édition du 11 août que Brian R. Mitchell n’a pas l’intention de se plier à cette demande élémentaire. Pour lui, le franglais s’impose manifestement au nom de l’inclusion et plus exactement, au nom de la célébration de la diversité. « C’est un de mes devoirs de célébrer la diversité et c’est la position de la majorité des membres. J’ai envie de dire : « Wake up and smell the coffee, Montreal has changed ». J’ai tout le respect pour la langue française et la majorité de mes textes sont en français. Mais je veux aussi que les anglophones et les allophones se sentent à l’aise pour lire les messages que j’ai envie de transmettre ». Droit-inc. précise même que Mitchell juge la position de Boyer « trop étroite ».

Tout cela est très intéressant. Brian R. Mitchell veut envoyer un signal d’ouverture aux allophones et aux immigrants donc il leur parle anglais ? Considère-t-il que l’immigration est un facteur d’anglicisation du Québec ? Considère-t-il que faire du français la langue commune, c’est une position « trop étroite » ? L’ouverture à la diversité, au Québec, devrait donc passer par le bilinguisation des communications des différentes organisations, du moins si elles œuvrent à Montréal ? Est-ce que, pour Brian R. Mitchell, le français est la langue du repli et le franglais, celle de l’ouverture ? Il nous dit que Montréal a changé : doit-on comprendre qu’auparavant, il aurait écrit son mot en français mais qu’aujourd’hui, il se croit obligé de l’écrire en franglais ? À moins qu’il ne s’en réjouisse. Qu’est-ce qui expliquerait alors ce passage du français au franglais ? Y voit-il un progrès ?

On est en droit de voir dans cette déclaration décomplexée de Brian R Mitchell, qui a même le culot de se placer sous le signe du bon sens et de l’évidence, une forme de mépris pour l’esprit de la loi 101 et un symptôme de la régression du français comme langue publique et langue commune. On a beau se raconter les histoires qu’on veut, le français perd du terrain. Cette déclaration témoigne de l’évolution de la sensibilité linguistique des élites montréalaises au moment où le Québec s’apprête paradoxalement à commémorer les quarante ans de la Charte de la langue française. Il serait bien que cet événement qui n’a rien d’anecdotique fasse réagir la communauté juridique de Montréal, qui pourrait faire savoir à Brian R. Mitchell que le français au Québec n’est pas une langue sur deux et qu’elle s’attend à ce que ses représentants reconnaissent le français comme langue commune.


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