«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Pathétique !

Parler en anglais aux Jeux de la francophonie

dimanche 16 juillet

Aux Jeux de la francophonie canadienne, à Moncton, impossible de se promener sans entendre des jeunes parler en anglais. Une tendance qui en surprend plusieurs.

Jessie Bélanger-Bisson, de la délégation du Québec, entend beaucoup de jeunes parler en anglais aux Jeux de la francophonie. « Quand les gens communiquent avec d’autres délégations, ils font l’effort de parler en français, mais quand tu croises une délégation qui se parle entre elle (sic), ils vont avoir tendance à retourner à leurs habitudes et à parler en anglais », explique-t-elle.

Un fait qui désole Gaston Létourneau, chef de mission de Terre-Neuve-et-Labrador.

Ce n’est pas normal. C’est de valeur qu’on entende de l’anglais parce que c’est les Jeux de la francophonie canadienne. C’est une question réelle, mais souvent on la pousse derrière nous et on ne veut pas y croire.


Gaston Létourneau, chef de mission de Terre-Neuve-et-Labrador

La présence des anglophones

Mais selon lui, c’est aussi important d’intégrer les anglophones. Sa délégation comprend beaucoup de jeunes anglophones en immersion. C’est une façon, pour Gaston Létourneau, de permettre aux francophones de Terre-Neuve-et-Labrador de former des équipes complètes et de pouvoir participer.


Gaston Létourneau en entrevue sur le site des Jeux de la francophonie canadienne à Moncton.


Gaston Létourneau est chef de mission de la délégation de Terre-Neuve-et-Labrador. Photo : Radio-Canada

Par contre, dès le voyage en autobus, les participants de Terre-Neuve-et-Labrador avaient tendance à parler en anglais, même les francophones, affirme Gaston Létourneau. Une tendance qu’il a rapidement voulut briser. « La deuxième ou la troisième journée, la vague commençait à changer. Je voyais des jeunes qui étaient beaucoup plus à l’aise de s’exprimer en français ».

Ce n’est pas le cas de toutes les délégations. Janica Chevarie, de la Nouvelle-Écosse, est anglophone et avoue avoir beaucoup parlé en anglais durant les Jeux. « J’ai parlé les deux langues également. Ça n’a pas vraiment changé, c’est resté constant toute la semaine », lance-t-elle.


La jeune athlète admet parler beaucoup en anglais durant la semaine.


Janica Chevarie joue au volley-ball pour la délégation de la Nouvelle-Écosse. Photo : Radio-Canada

Le rôle du slogan

Vendredi matin, Sophie Durocher, chroniqueuse au Journal de Montréal, s’est insurgée contre le slogan « Right fiers ». « Je comprends que le français au Canada n’est pas le même partout et que chaque province a des particularités qui doivent être promues. Mais à partir du moment où on décide de célébrer le fait français, on se doit d’être logique. Pour moi, un slogan bilingue pour les Jeux de la francophonie, c’est comme si on avait un congrès de végétariens et que le slogan c’était “Vive la viande” ».

On ne célèbre pas la culture canadienne et le bilinguisme, on célèbre la francophonie.


Sophie Durocher

Elle connaît la réponse des organisateurs face aux critiques. Mais elle ne pense pas qu’utiliser la façon dont les jeunes parlent constitue un argument. « On est en train de dire que des expressions fautives doivent être célébrées juste parce que c’est comme ça que les jeunes parlent. Ça a son charme, mais ça ne veut pas dire qu’on doit en faire notre slogan officiel. De l’officialiser, c’est dire aux anglophones qu’on a tellement peu confiance dans notre langue qu’on a besoin de l’anglais pour exprimer ce qu’on a à dire. »

Sophie Durocher pense même que le slogan justifie l’utilisation de l’anglais sur le site des Jeux. « On nous dit qu’on est là pour célébrer le français, mais on utilise un mot anglais. C’est un message vraiment contradictoire ».

Pas de consensus chez les participants

Presque tous les francophones hors-Québec rencontrés sur le site ne sont pas d’accord avec cette affirmation de Sophie Durocher. Mais Abigayle Fleming, qui est anglophone, est convaincue que cela a une influence importante.

Je pense que si le slogan était complètement en français, on parlerait plus en français qu’en anglais.


Abigayle Fleming

Elle fait partie de la délégation de Terre-Neuve-et-Labrador et a eu une discussion avec son chef de mission, Gaston Létourneau, sur l’insécurité linguistique. Depuis, elle essaie de parler seulement en français durant les Jeux, mais a observé que beaucoup de personnes continuent à parler en anglais. « C’est les Jeux de la francophonie, je suis ici pour apprendre le français, pas l’anglais, alors il faut parler en français. »

Quant aux Québécois, beaucoup ne comprennent pas le slogan. Ils ont appris à l’accepter au cours de la semaine, mais demeurent sceptiques. « Moi j’ai toujours pas compris le principe de ce slogan, mais j’imagine que ça démontre les différences dans les milieux de vie de chacun », souligne Jessie Bélanger-Bisson.


LA jeune athlète en entrevue.


Jessie Bélanger-Bisson joue au volley-ball pour la délégation du Québec. Photo : Radio-Canada

Justin Johnson, de la Fédération de la jeunesse canadienne-française, est convaincu que le slogan n’encourage pas les jeunes à parler en anglais. Les organisateurs des Jeux de la francophonie canadienne 2017 ont préféré ne pas répondre aux questions de Radio-Canada et aux commentaires de Sophie Durocher.


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