«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Couillard aussi

Paradis en enfer

La boutade en titre n’implique aucun parti pris. Ni pour l’exécution sommaire d’un ministre objet d’une plainte, si tentante aujourd’hui dès qu’il y a dénonciation d’inconduite sexuelle. Ni pour l’inverse : douter de celles (et parfois ceux) qui se disent victimes.

Face à un tel cas, nous oscillons souvent entre ces deux extrêmes. Celui de Pierre Paradis nous replonge dans ce dilemme.

Gestion chaotique

Devant un tel écheveau, on aurait peut-être quelques réticences à condamner le bureau de Philippe Couillard pour sa gestion chaotique de cette énième crise qui l’afflige.

Mais pendant 24 heures, il a laissé circuler des « faits alternatifs » sur l’exclusion d’un ministre de son gouvernement. Pire, il a en quelque sorte fait mousser une fausseté. Les journalistes, mercredi, après avoir reçu le communiqué hyper laconique annonçant la nouvelle du remplacement, ont voulu en savoir plus. Le cabinet du premier ministre, au lieu d’exposer clairement ses motifs, a choisi de se défausser en suggérant aux médias de prendre leurs informations directement de la bouche du cheval ; c’est-à-dire de Pierre Paradis (sans attaché de presse), comme si ce dernier était extérieur au gouvernement.

La thèse du retrait en raison d’une simple commotion à la suite d’un accident d’équitation vient de Paradis et de son entourage. Elle n’a été rectifiée que jeudi en soirée par le cabinet du premier ministre. Pourquoi l’entourage de Philippe Couillard a-t-il donc attendu ? Parce qu’il n’était pas certain que la plainte, dont il était au courant depuis le 19 janvier, donnerait lieu à une enquête ? Difficile à croire.

Le bureau du premier ministre, qui nomme les chefs de cabinet et souvent chaque employé qui épaulent le ministre, qui est en contact constant avec le whip et le président du caucus, n’avait-il pas été mis au courant d’un sérieux différend entre une ex-employée de Pierre Paradis et ce dernier ? Douteux.

Il reste que son mutisme a fait s’emballer une machine à spéculations au sujet des causes de l’exclusion de Pierre Paradis. Jeudi soir, trois thèses circulaient en s’enchevêtrant : a) une altercation dans un bar, b) une chute d’un cheval, c) une plainte pour « agression » sexuelle (alors qu’il faut parler d’inconduite).

« Ajustements permanents »

Le gouvernement s’en retrouve encore une fois ébranlé. Philippe Couillard dirige vraiment le cabinet des « ajustements permanents ». Parfois, il a joué de malchance ; pensons à la maladie de Pierre Moreau. Mais la plupart du temps, on a l’impression d’une équipe d’élus déchirée par les ambitions et frustrations ; mais en même temps tellement certaine de rester pour toujours au pouvoir qu’elle en devient blasée. Il y eut les démissionnaires qui auraient voulu de « nouveaux défis » : Robert Dutil, Gilles Ouimet, Marguerite Blais. Les exclus au terme d’une tourmente : Yves Bolduc, Jacques Daoust, Jerry Sklavounos. Les recalés frustrés tentés par le large : Sam Hamad, Robert Poëti.

Perte du doyen

Et maintenant, l’exclusion de Pierre Paradis. Dont le retrait prive le parti de Philippe Couillard de son doyen. Élu pour une première fois en novembre 1980, peu après le premier référendum, mais avant le coup de force constitutionnel de Trudeau père, Pierre Paradis a une feuille de route incroyable : deuxième à la chefferie en 1983, ministre de l’Environnement en 1989 au moment du feu de pneus à Saint-Amable, leader du gouvernement, de l’opposition. Continuellement exclu du conseil des ministres sous Charest, mais opposant à la privatisation d’Orford. Sous Couillard, ministre de l’Agriculture audacieux, honni de l’Union des producteurs agricoles, laquelle célébrait déjà son retrait, mercredi.


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Gouvernement Couillard
De la trahison à la soumission

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