«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Un dossier va mal ? Grattez la surface et vous retrouverez la trace du fédéral

POUR SE DISTINGUER AUTREMENT

mercredi 11 décembre 2013

Si tous les Québécois prenaient connaissance d’une statistique livrée par le sociologue Pierre Drouilly dans sa préface du livre Ce peuple qui ne fut jamais souverain, de Roger et Jean-François Payette, il est fort à parier que bien des choses pourraient changer !
Et que dit cette statistique, révélée par une recherche du politologue Jean Laponce ?

Que depuis la Révolution française de 1791, il s’est tenu près de 200 référendums de souveraineté. Or les résultats ont tous été positifs, avec une très forte majorité dans la plupart des cas. Mais il y a deux exceptions : les deux référendums québécois, de 1980 et de 1995. Ce sont en effet les deux seuls cas relevés depuis 222 ans, où un peuple a répondu non quand il a été appelé à se dire oui à lui-même.

Devant l’histoire, cela nous fait une maudite belle jambe ! On pourrait peut-être trouver une meilleure façon pour se distinguer, nous qui nous pétons les bretelles de la société dite distincte.

Les deux auteurs, père et fils, dressent avec une lucidité qui peut devenir douloureuse l’état des lieux et les conséquences de ce qu’ils assimilent à la tentation du suicide politique chez les Québécois.

Aux deux référendums perdus s’ajoute l’échec des Patriotes en 1837. Ces trois évènements amènent les Québécois « à se laisser dominer politiquement par une autre nation, les convainc de remettre la richesse qu’ils produisent en des mains étrangères, les persuade de vivre en déshérités du monde en abdiquant collectivement leur responsabilité de collaborer à une humanité qui se fait. Cette dépossession se manifeste dans leur renoncement à promouvoir le bien commun et les entraîne à s’illusionner sur les promesses d’un individualisme conformiste, à cultiver la confusion dans leurs choix politiques et à entretenir l’incertitude de leur avenir ».

Un électrochoc, ce livre dont Pierre Drouilly a écrit qu’il « sera une pierre blanche sur le long et laborieux chemin suivi par les Québécois dans leur quête d’eux-mêmes ».

Aux yeux des auteurs, les Québécois se bercent d’illusion en se faisant accroire que leur salut repose sur leurs performances sur la scène culturelle. Si les réussites sont indéniables sur ce plan, elles ne peuvent compenser l’absence d’une réelle prise sur la réalité des choses que seul le pouvoir politique peut apporter.

C’est une certitude clairement énoncée. « Nous aurons beau présenter de notre condition les analyses les plus pénétrantes, créer le théâtre le plus bouleversant, écrire les romans les plus récompensés, rien de toute cette production culturelle ne nous reposera de notre fatigue ni ne nous libérera de notre dépendance si nous ne nous décidons pas à prendre le pourvoir politique », soutiennent les Payette.

Alors que le peuple québécois « est privé du pouvoir politique collectif qui l’a conduit, et le conduit toujours, à hésiter entre la vie et la mort par cette perpétuelle et violente tentation du suicide politique, qui ne peut être pour lui qu’une autre impasse douloureuse », le seul programme politique qui soit recevable consiste à s’assurer une prise sur le réel.

Une prise collective que doit exercer le peuple québécois. Sur son territoire, sur le temps, sur son univers politique, sur ses relations internationales, sur son économie, sur son environnement social, sur sa culture.

La lecture du livre risque d’en conduire certains à désespérer de ce peuple « toujours embourbé dans son provincialisme réducteur ». Mais la condition première à remplir pour assurer cette prise sur le réel, n’est-ce pas d’avoir le courage et d’être capable d’en mesurer la hauteur ?

Ainsi, en dépit de l’accumulation de faits qui constituent autant d’actes manqués dans notre histoire et des nombreux constats où il serait pour le moins exagéré de soutenir que le courage a été au rendez-vous, force est de constater que l’idée d’indépendance demeure au centre des préoccupations populaires et est toujours vivante, ayant progressé de façon fulgurante depuis 50 ans. Les trois derniers mots du livre sont d’ailleurs une ouverture sur l’avenir : Nous pouvons espérer !

Il ne faudrait surtout pas que Tocqueville finisse par avoir raison, lui qui, dans ses Notes de voyage, écrivait en 1831 : « Cette population nous a paru capable d’être dirigée, mais incapable de se diriger elle-même ». Il faut absolument faire mentir le vicomte !


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