«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

PKP : laïcité, régime politique et projet de pays

Tribune libre de Vigile
mercredi 28 janvier 2015
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Quand mon boucher me signale, samedi dernier, que PKP appuie la recommandation Bouchard-Taylor (2008) d’interdire aux personnes en autorité le port de signes religieux visibles, je lui réplique qu’il s’est aussi dit contre le port de tels signes chez les enseignants.

Il me lance alors que c’est la position de la CAQ. Je lui rétorque que PKP n’a pas parlé de laïcité. Silencieux, il s’affaire à préparer ma commande. En me la remettant, il ajoute qu’il faut que PKP parle de laïcité, car ce n’est pas le gouvernement Couillard qui le fera puisqu’il la présume comprise dans la neutralité de l’État et n’entend restreindre que le port de tenues qui masquent le visage.

« Effectivement, lui dis-je, Couillard n’osera pas aller au-delà de ce qu’admet la Cour suprême. D’ailleurs, ai-je ajouté, au Canada, une province qui se doterait d’une politique de la laïcité devra un jour ou l’autre composer avec les jugements de cette cour, comme ce fut le cas pour le Québec avec la loi 101 ».

Nous sommes tombés d’accord. Dehors, à moins 20 degrés Celsius, repensant à la position du gouvernement actuel, je vis, dans les lieux d’enseignement, les institutions publiques et les centres hospitaliers du Québec, des membres du personnel portant des signes religieux visibles. Plus j’avançais, plus leur nombre augmentait.

Je me suis cru en 1959. Figé sur le trottoir, il m’est revenu en mémoire que les Patriotes, avant leur défaite, préconisaient des institutions laïques d’enseignement, ce que contestait le clergé. Je me suis alors rappelé l’invasion subséquente des religieux dans l’enseignement et la santé, aussi la lutte de Mgr Bourget contre la laïcité, qu’il qualifiait de dérive républicaine.

Je suis reparti. Je gelais. De retour, j’ai consulté mes livres et surfé sur le web, question de valider mes vues. Ce fut le cas. J’ai même appris que les promoteurs de la Révolution tranquille ont misé sur le temps et les pressions du milieu pour que s’affirme la laïcité, ce qui laissait place à des remises en question, comme celles ayant cours.

Le lendemain, nous avons échangé sur ces points. Notre conclusion fut la suivante. Si l’État ne connaît pas de statut de culte, une position qui fonde sa neutralité, ses employés ne peuvent pas afficher des signes religieux visibles, car ils minent, ce faisant, les fondements de la neutralité.

Je suis rentré chez moi convaincu qu’il faut expliquer que la laïcité découle de la neutralité de l’État en matière religieuse et sert alors de fondement aux liens politiques entre les citoyens du Québec. Sans ces liens, le « vivre ensemble » que valorise la laïcité se ratatine, s’expriment dans les institutions publiques des liens propres aux religions et la politique devient l’affaire d’une élite qui se conçoit au-dessus du peuple.

En soirée, l’éditorial (26-01-15) du directeur du Devoir sur le transport à Montréal m’intrigua. Passant une partie de la nuit à approfondir ce dossier, j’ai revu les plans du métro des années 1960-1970 et noté qu’étaient planifiées des liaisons entre Montréal et les rives sud et nord. Mieux, qu’il y aurait un lien entre Longueuil et l’ouest de l’île en passant par l’aéroport de St-Hubert qui, pour le Québec, était le site du futur aéroport international de Montréal.

Très vite, je me suis demandé si les problèmes actuels du transport à Montréal découlaient d’une retenue analogue à celle à l’égard de la laïcité. J’ai fouillé et trouvé nombre de dépenses majeures (Expo 67, Jeux de 76, construction de Mirabel, et cetera), toutes éphémères, ayant sûrement contribué à faire dévier les plans initiaux.

Quand j’ai tenté de faire un bilan, mes pensées furent envahies par deux autres dossiers. Le premier, le Régime des rentes du Québec (RRQ). Je me suis rappelé qu’il fut conçu pour couvrir l’essentiel des rentes. Mais, sous la pression des grandes entreprises et des partis politiques, il se transforma en un régime minimal, ce qui explique que les syndicats aient fait la promotion de régimes complémentaires et que les travailleurs non-syndiqués se trouvent contraints à se doter de fonds privés coûteux.

Le deuxième, le régime politique. Abject selon René Lévesque, il n’a jamais été revu en profondeur, les élus, ouverts à des aménagements cosmétiques, s’étant opposés à l’adoption d’un mode de scrutin proportionnel, une façon de corriger le fait que des lois puissent être votées par les députés d’un parti majoritaire à l’Assemblée nationale même s’il n’a que 42 % du soutien de l’électorat. Une aberration.

Le surlendemain, j’ai fait part à mon boucher de ces autres retenues. Me fixant droit dans les yeux, rougissant, il me dit : « le PLQ se gonfla les poumons avec la Révolution tranquille, mais fut l’artisan de ces retenues et, aujourd’hui, il s’époumone à épurer ces dossiers d’une vision québécoise pour faire valoir celle du Canada ».

J’en fus bouche bée. Il venait de dire en quelques mots l’évidence que n’osent pas révéler les médias. Après un long moment de silence, j’ai avancé qu’il faudra un jour agir sans retenue et que c’est peut-être ce qu’envisage faire PKP.

« Ça ira de soi, me dit-il, s’il accepte, son parti aussi, que le peuple québécois, qui s’exprime lors d’élections, exerce un contrôle sur les lois votées par les élus de l’Assemblée nationale, ce qui implique qu’elles soient approuvées seulement si elles ont l’appui d’élus ayant recueilli plus de 50 % des votes exprimés ».

Son commentaire ne me surprit pas. C’est son dada. Cheminant sous les moins 15 degrés Celsius, je me suis arrêté prendre un café, convaincu qu’avec un tel soutien ces dossiers auraient été menés à terme. Aussi le projet de pays, car, quand un peuple est maître politiquement de son destin, il veut être celui qui décide des sujets et des projets qui le concernent.

Je me suis à imaginer ce que serait le Québec aujourd’hui si cette réforme électorale avait été faite. Très vite, je me suis rendu compte que les problèmes actuels des régimes de retraite, du transport et de la laïcité seraient débattus autrement et que le PLQ, s’il était au pouvoir, ne pourrait pas s’investir à faire vivre le peuple québécois au rythme d’un passé pas très lointain dans lequel le Nord était le seul avenir envisagé.

Ce soir-là, ce n’est pas de la tristesse qui m’envahit. Au contraire, j’ai senti en moi une nouvelle volonté, celle qui soulève l’enthousiasme. Au fond l’enthousiasme que s’évertuent à contrer les instigateurs de retenue, ce qui fait que même l’écriture romanesque au Québec, pour reprendre les termes d’Isabelle Daunais, est marquée par l’idylle, sans aventure et, conséquemment sans ancrage avec le vécu des gens.

Commentaires

  • Marcel Haché, 30 janvier 2015 16h39

    Les libéraux se sont toujours remplis les poumons de la Révolution Tranquille cependant qu’ils en faisaient toujours-toujours dévier la course. C’est la vision de Jean Lesage qui a prévalu hélas, et non pas celle de René Lévesque.

    Concernant l’instauration d’une régie des rentes sous autorité provinciale, l’argument suprême des libéraux à l’époque, (ceux d’alors étaient de la même farine que ceux qui sévissent maintenant avec l’aide du West Island) l’argument suprême que le p.m. Jean Lesage avait avancé auprès du gouvernement de Lester B. Pearson, pour qu’il consente à l’instauration d’une telle spécificité québécoise, c’était que cela contribuerait à sauver le Canada. Textuellement : « Sauvez le Canada ! » plaidait-il publiquement auprès son homologue fédéral.

    En réalité, ce n’était pas la R.R.Q.que les libéraux visaient, c’était la futur Caisse de Dépôts.

    Et c’est depuis ce temps qu’il y a toujours-toujours eu des Michael Sabia pour « sauver » le Canada et bien des fortunes aussi, qui aimaient et qui aiment encore d’autant plus le Canada et la Caisse de Dépôts que la Caisse et le Canada les ont toujours aimés en retour… C’est dans cette entreprise de sauvetage réciproque hélas, milles fois hélas, que les indépendantistes ont eux-mêmes couru jusqu’à s’essoufflés, dans cette course qui tourne en rond depuis le début, et qui n’avait pas d’autre but que de remplir les poches de ceux qui ont toujours cru qu’être patriotard, cela était bien suffisant.

    Prend-t-on toute la mesure de l’immense nouvelle que signifie la venue de P.K.P. en politique ? Est-ce que lui-même prend la mesure de tout l’espoir qu’il porte ?

    Dès lors que les indépendantistes s’enligneront sérieusement, mais sérieusement, pour arracher le pouvoir des mains du West Island, (ce qu’aucun patriotard ni aucun carriériste ne pourront jamais faire, si craintifs qu’ils sont de nature à l’égard de tout ce qui ressemble à un conflit), l’Indépendance sera plutôt facile à faire, le peuple québécois sera au rendez-vous, aussi fidèle qu’en 1962.

    Le goût de l’aventure ayant été éradiqué ici depuis bien longtemps, il serait grand temps de s’y prendre autrement… Il est moins cinq en effet, cependant que Nous sommes en retard et qu’il est déjà « et cinq » pour Nous à l’étranger. Si… si notre littérature apporte peu, c’est peut-être hélas parce que Nous ne savons pas encore qui Nous sommes. Nos hommes et nos femmes politiques portent donc une bien plus grande responsabilité que nos écrivains, fondamentalement parce que Nous sommes une fausse minorité traitée comme une vraie. Nos écrivains sont piégés.

    Comme disait le grand Melville, pour faire un chef d’œuvre, cela prend un sujet puissant. Hélas, on Nous a plutôt appris à mépriser la Grandeur, l’honneur et la puissance.

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