«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

INDÉPENDANCE POLITIQUE DU QUÉBEC 455

Où s’en va le PQ...

Jean-François Lisée devenu une tête de turc

Chronique de Bruno Deshaies
jeudi 1er décembre 2016
775 visites 4 messages

La lecture d’une chronique et d’un éditorial sur Vigile m’a entraîné graduellement à me poser la question au sujet du genre de discours que nous tenons envers le Parti Québécois. Le style de la dissertation semble être à l’honneur. Cette forme de discours est très prisée chez les internautes. Le style d’écriture et la forme d’expression touchent les lecteurs ou lectrices.

Les deux textes se recoupent sur le rôle de Jean-François Lisée face aux divers problèmes de nature sociétale. Le problème, pourtant, est plus complexe que de décrire le comportement de Lisée sur les phénomènes sociaux qui interpellent les Québécois. De là à s’en faire une tête de turc ne résoudra pas les difficultés qui affectent cette formation politique souverainiste depuis sa fondation.

Le chef actuel du PQ a une leçon majeure à tirer du passé. Il a le défi urgent de « connecter » harmonieusement avec les indépendantistes sincères et fervents qui ont maintenu ce parti en vie depuis près de cinquante ans. Donc, il aura à apprendre à parler réellement d’indépendance. Il faut des gestes d’action pour mettre les ardeurs en œuvre, car c’est la parole qui les suscite (pastiche d’une déclaration de Charles De Gaulle). Monsieur Lisée doit contacter les indépendantistes et être moins hautain et rusé. La politique est beaucoup plus que ce qu’on peut imaginer.

Ce qui me ramène à mon propos initial. La dissertation ne cherche pas à instruire mais à convaincre. Il s’agit de procéder avec des arguments chocs pour montrer que le raisonnement suit une logique critique irréprochable qui s’apparentait à un C.Q.F.D. Mais, en réalité, on sait bien qu’il faut regarder le contexte de l’actualité dans sa trame historique.

La dissertation permet des affirmations nombreuses avec une assurance apparemment incontestable. M. Patrice-Hans Perrier s’est donné l’occasion de démontrer la force de sa plume. Finalement, le PQ est un échec. Il faut changer et le Capitaine et le bateau. Rien de moins. C’est ce que le PQ a fait depuis sa création. (Il semblerait que c’est un problème de génération.)

Je soutenais dans ma chronique 454 http://vigile.quebec/Voulons-nous-envisager-le-Futur-78348 l’idée suivante :

« Tant et aussi longtemps que nous demeurerons dans l’introspection et que nous nous ausculterons en permanence dans les moindres replis sociétaux, nous ne parviendrons jamais à convaincre un large public d’adhérer à la finalité d’une politique publique de la création d’une nation indépendante jouissant d’un État souverain. »

Notre parcours historique est loin d’être simple. J’aimerais citer l’historien Gilles Laporte, professeur au Cégep du Vieux Montréal, pour son cours d’histoire.

HIS2515 Introduction à l’histoire du Québec et du Canada depuis 1867 (cf. p.13)

Évolution historique présentée sous la forme d’un tableau chronologique des personnages, des événements et des idées comprenant une catégorisation des positions politiques des « acteurs » de l’histoire de deux types de nationalismes entre 1760 et 1998.

• Nationalismes culturels (conservateur)
• Nationalismes territoriaux (progressiste)

Bien sûr, ce tableau n’est pas parfait mais il montre quand même un ensemble de difficultés vécues par la société québécoise quant à son futur national. Jean-François Lisée fait partie de cette tradition du passé vécu. Il ne voit pas plus clair ni moins clair que ses prédécesseurs. Il est comme eux et elles rivés sur l’Actualité, le présent dans toute l’étendue de son opacité faute de vision. (Cela dit compte tenu de l’optique indépendantiste.)

Les indépendantistes devraient commencer à présenter une meilleure idée d’eux-mêmes en martelant un message clair de l’option indépendantiste. Cette option met en cause le fait du Québec annexé (l’annexion, le remplacement) à un Québec indépendant (un État souverain contrôlant son agir par soi collectif).

Dans cette foulée, je suggérerais une autre lecture :

Gilles Toupin, Parti Québécois. « La laïcité émancipatrice et égalitaire. Pour mettre un terme au communautarisme, à la ghettoïsation et aux accommodements religieux. » Éditorial de Vigile, vendredi 25 novembre 2016.

Les internautes pourront constater que le style de Gilles Toupin est différent de celui de Patrice-Hans Perrier. Nous sommes plus dans le style du journalisme professionnel, soit de rapporter les faits tout en signalant un accord et des réticences.

J’aimerais attirer l’attention de nos lecteurs et lectrices sur cette phrase à la fin de son éditorial qui se lit comme suit :

« Avant de se donner un État pourvu des pleins pouvoirs, il faut en définir la nature politique. »

Dans mon esprit « la nature politique » est une chose mais l’« État » (le gouvernement, l’aspect politique de la société civile) que serait-il ? J’aurais tendance à dire que c’est une « force » dans la société au même titre que l’économique et le culturel.

Pourrions-nous admettre que cette force est la « tête » de la nation ? et qu’elle peut jouer un « rôle » puissant d’intervention, d’organisation (et pas seulement de règlementation). Et plus encore, car il faut souligner le rôle important de l’État pour soutenir, corriger, défendre la vie collective nationale. La nature du politique est l’organisation du national et du social qui sont deux aspects nécessaires de la vie d’une même communauté.

Cela dit, il serait préférable de seriner certaines idées fondamentales incontournables pour enfin parler d’une seule voix concernant notre Futur collectif national. Généralement, le public a tendance à suivre les courants dominants. Par une habile surenchère indépendantiste les politiques devraient parvenir à faire comprendre la finalité vers l’indépendance comme légitime, intelligente et possible.

L’indépendance politique du Québec ne peut pas se réaliser autrement. Il faut bien en parler.

Monsieur Jean-François Lisée vous avez besoin d’aide de l’extérieur. Vous devez ventiler votre imagination si vous ne voulez pas devenir la tête de turc des Québécois qui vous pourfendent de bonne foi ou non. Chacun peut avoir ses raisons. Mais les 30 ou 40 p. cent des Québécois qui se disent indépendantistes mériteraient que vous les écoutiez. L’IRAI ne peut répondre à votre place. Vous devez devenir un unificateur. Le public s’attend depuis longtemps à entendre un discours vrai. Il faut un virage dans le sens de l’optique indépendantiste. À vous d’y travailler maintenant, car les échecs du passé devraient éclairer votre vision du Futur. Il faut trouver les mots pour le dire et convaincre.

Ces Québécois et Québécoises qui pensent l’indépendance possible savent depuis longtemps qu’il faut faire du Québec un État souverain comme dans le cas de toute nation indépendante dans le monde et dans la vie internationale. Cette défense et ce combat mettraient fin au statut du Québec en tant que nation annexée et solidement fédérée à un autre État qui nous remplace dans notre agir par soi collectif tant à l’interne qu’à l’externe. Toutes ces privations, cette perte de capacité politique pour faire soi-même ce que nous voulons faire, entravent la plénitude d’action du self-government de l’État du Québec.

Voilà ce que veut dire mettre le cap sur l’indépendance. Et c’est votre devoir, Monsieur Jean-François Lisée, de montrer que vous voulez faire arriver ce que les indépendantistes souhaitent de toute leur force. « Ça signifie - L’heure est venue – Si t’as compris. »
(Félix Leclerc, 1975). Ce message est encore vrai quarante-et-un ans plus tard. Parlez ! Il le faut bien. (Un conseil de Charles De Gaulle.)

Commentaires

  • André Gignac, 14 décembre 2016 17h32

    Monsieur Deshaies

    Le PQ, c’est la plus grande supercherie politique depuis les 50 dernières années au Québec. Ce parti se dirige au cimetière rejoindre la feu ancienne Union Nationale dans le milieu des années 60, ce parti politique qui prônait l’autonomie provinciale dans un Canada fort et uni, la quadrature du cercle quoi ! Et Elvis Gratton n’était pas encore au monde, imaginez ! Étant un parti du statu quo fédéraliste oui ! oui !, c’est impossible que ce parti, le PQ, emploie un langage agressif, convaincant pour parler vraiment d’indépendance, c’est normal, c’est un parti pour le maintien du statut quo fédéraliste. Lisée a probablement tué définitivement le PQ en reportant son référendum en 2022 ce qui fait énormément l’affaire des fédéralistes. Les Bougons auraient fait mieux que lui !

    Présentement au Québec, c’est le vide politique total comme je l’exprimais à M. Le Hir dans son dernier article sur M.Michaud. La création d’un nouveau parti politique vraiment indépendantiste doit se faire rapidement ; je veux parler d’un parti politique déterminé comme le Front National en France que j’appellerais ici le Front national québécois (FNQ). Si nous ne bougeons pas rapidement, nous sommes un peuple fini avec toute cette immigration massive qui entre les portes toutes grandes ouvertes, nouvelle clientèle pour le PLQ qui risque d’éterniser au pouvoir. Maudit que c’est donc difficile de sortir de ce minable petit provincialisme de fond de cour !

    André Gignac 14/12/16

  • Jean-Louis Pérez-Martel, 5 décembre 2016 18h53

    L’incohérence intellectuelle du chef du PQ

    J-F. Lisée répudiait Donald Trump pour sa façon d’agir pendant la campagne présidentielle ; aujourd’hui, il veut l’imiter concernant son nationalisme économique. Quelle imposture ! :

    Le PQ désire « des mesures plus musclées de nationalisme économique »
    http://www.lapresse.ca/actualites/politique/politique-quebecoise/201612/05/01-5048265-le-pq-desire-des-mesures-plus-musclees-de-nationalisme-economique.php

    ***

    JLPM

  • Gilles Verrier, 3 décembre 2016 23h34

    Où s’en va le PQ demande dubitatif Bruno Deshaies :

    Nulle part et à vitesse grand V de répondre Richard Le Hir.


    En d’autres termes et succinctement :

    C’est parce que Duplessis a conduit les Canadiens-français (avec Lionel Groulx en parallèle) à se faire confiance comme jamais en deux siècles que le PQ a pu être formé. Le temps montra, après quelques heureuses et brèves saillies, qu’il fut formé pour se réclamer de la nation-ron-ron-petit-patapon afin d’en mieux trahir les fondamentaux. Mission accomplie par les péquisteux, dont nous voyons aujourd’hui les tristes résultats qui se prolongent en troisième supplémentaire avec JFL. Qui eut cru que l’on puisse s’ennuyer de Duplessis ?

    Ne manque plus qu’un parti néo-duplessiste-groulxiste pour faire grimper dans les rideaux les bien pensants du « mondialisme-progressiste-oublie-qui-tu-es ».

    Le PLQ, que propose Nestor Turcotte ne serait toutefois pas sans à propos après le FLQ (Féministes libérées du Québec), voici le
    Parti de la libération du Québec... et pourquoi pas ?

  • NESTOR TURCOTTE, 3 décembre 2016 12h14

    Avant de mourir, Monsieur Parizeau nous a dit que le PQ était un champs de ruines. On ne l’a pas écouté. On essaie de reconstruire un édifice toujours en miettes.

    Alors, il faut reconstruire ailleurs..

    Je propose la mort du PQ et la fondation du PLQ : le PARTI de la LIBÉRATION du QUÉBEC.

    Il y aurait deux PLQ : le vrai serait le nouveau.

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