«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

INDÉPENDANCE POLITIQUE DU QUÉBEC 450

On ne peut faire comme si on était indépendant.

Peut-on expliquer pourquoi les indépendantistes ne s’entendent pas enter eux ?

Chronique de Bruno Deshaies
mercredi 22 juin 2016
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Chronique de Bruno Deshaies, 22 juin 2016

« Le ton plaintif cessera le jour où les Québécois
décideront de bâtir leur avenir sur des rapports interétatiques
plutôt que sur des rencontres fédérales-provinciales
ou mêmes interprovinciales. (1) »

Quand cesserons-nous de nous plaindre du fédéralisme canadian pour enfin commencer à agir autrement ? Le débat n’est pas DANS le régime mais SUR le régime. Est-il possible de faire le saut et de changer le registre du combat politique pour l’indépendance du Québec ? Nous devons nous poser toutes ces questions.

Faudrait-il dresser depuis le Pourquoi je suis séparatiste (Why I Am a Separatist) de Marcel Chaput, en 1961, l’inventaire de tous les livres, les pamphlets, les articles scientifiques et journalistiques ou tous les textes de commentaires et d’opinions, puis toutes les chansons qui ont traité de liberté du Québec pour prouver que les Canadiens-Français ou les Québécois-Français du Québec sont divisés sur un vaste spectre de points de vue quant à l’indépendance du Québec ?

Pouvons-nous arrêter cette spirale qui nous engourdit toutes et tous sur la question indépendantiste ? Voulons-nous nous comprendre et nous entendre en vue d’agir adéquatement et avec efficacité ? Pouvons-nous nous parler sincèrement ?

Que savons-nous de nous-mêmes ? d’une nation minoritaire et mineure ? de son futur culturel ?

Voici ce que je pense de l’état de situation collective nationale et politique, en 2016, pour les chefs potentiels ou in situ maintenant ou demain.

D’une façon générale, la culture du minoritaire laisse l’impression que l’État local ou régional « maîtrise sa propre vie culturelle ». Or, un « pays » réel ne se limite ni au « culturel surtout » (soit une conception limitative de la nation) et ni « à l’autodétermination » (car l’agir-par-soi collectif s’applique à tous les domaines – interne et externe – et est possible dans tous les aspects de la vie nationale). Même si cette culture n’est pas « rendue précaire » dans la fédération canadienne, elle n’en est pas moins annexée et « en grande partie désorganisée et subordonnée par la présence de la nation majoritaire ». On ne peut réduire les possibilités de l’agir (par soi) collectif d’une nation à un seul aspect, soit du politique uniquement ou du culturel surtout. Ce raisonnement s’applique à nous faire croire que le LIT (lois, impôts et traités) comblerait le vide actuel de liberté collective nationale, car il y a trop d’aspects qui sont en cause dans cette réforme des institutions étatiques du Canada actuel. Par ailleurs, la nation minoritaire doit prendre conscience que « la nation majoritaire qui n’a pu assimiler la nationalité minoritaire et qui a dû lui consentir des concessions (comme au moins un État provincial) est dérangée, importunée par cette annexe (cet appendice ») à cause de « la présence irréductible d’une nationalité minoritaire. » (Maurice Séguin, Les Normes : Chapitre troisième).

Face à une telle situation et malgré le fait que les Québécois-Français demeurent majoritaires sur leur propre territoire provincial, le syndrome du comportement de minoritaire et de mineur pousse leur réflexe de revendication ou de récrimination (pour ne pas dire de lamentations) à un tel degré qu’il occulte la lutte essentielle qui porte sur l’indépendance elle-même. Les Québécois risquent de se morfondre dans ce cercle vicieux pendant plusieurs générations encore. L’histoire nous dira ce qu’il adviendra, à moins que les Québécois-Français changent de cap et ne se fixent qu’un seul objectif : celui de l’indépendance nationale complète du Québec. Ce qui sera l’œuvre d’une élite bien aguerrie et d’une population capable d’accepter de maîtriser son destin collectif de nation au sens intégral.

Il y a 55 ans que Marcel Chaput a écrit son ouvrage sur la séparation du Québec. En 2016, je suis devant un autre brulot : Le livre qui fait dire oui (2). Qu’est-ce que je trouve dans ce nouveau brulot, rien de plus que dans le précédent, sinon qu’on ne fait que se plaindre du fédéralisme pancanadien. Le procès de ce régime au Canada a été fait à moult reprises par les Canadiens-Français et les Québécois-Français indépendantistes optimistes, jeunes ou vieux. Ce n’est pas l’âgisme qui est le problème, c’est notre rapport au Canada-Anglais ou le pancanadianisme. Réveillez-vous ! (Nous y reviendrons plus loin.)

Déjà, au début des années cinquante, le torchon brûlait dans l’historiographie entre Michel Brunet et Lionel Groulx (3). Du Canada Français d’un océan à l’autre, on passe au Canada Français du Québec : « Michel Brunet contre Lionel Groulx (4) » J’ai voulu démontrer qu’il y a eu un tournant dans l’historiographie canadienne-française, en 1953, au moment de la célèbre conférence de Michel Brunet à l’occasion du 50e Congrès annuel de l’Association de la Jeunesse canadienne-française (A.J.C.). Le Devoir a cru utile de publier, les 6 et 7 novembre 1953, le texte intégral de la conférence sous le titre : « Sur le destin des Canadiens français. « Canadian  » ou Canadiens ? » La rupture avec le chanoine Lionel Groulx venait de s’amplifier. Toutefois, les successeurs de Groulx demeurent eux aussi des promoteurs d’action politique. (Aujourd’hui, les politologues et les sociologues parlent plutôt de politique publique dans le temps présent dans le régime. Pourtant, certaines circonstances peuvent concerner le régime qui ne correspond plus à la vie à venir auquel il est confronté fondamentalement.)

En 1963-1964,l’historien Maurice Séguin expose son projet de cours d’Histoire de deux nationalismes au Canada dans le cadre du programme universitaire intitulé « Précis d’histoire du Canada » en 17 leçons sur l’ensemble du réseau français de la Société Radio-Canada.

Cette nouvelle synthèse de l’histoire politique et économique des deux Canadas avait été amorcée dans sa thèse de doctorat sur le développement économique intégral au sujet de la nation « canadienne » et l’agriculture (1947). D’où est sortie une nouvelle explication historique fondée sur de nouvelles normes. Au cours des décennies de 1950 et 1960, Maurice Séguin travaille à la formulation finale d’un texte ronéotypé, puis diffusé au Département d’histoire, en 1965-1966, sous la forme d’un tapuscrit de 66 pages qui constituait les bases de la Grande histoire selon Les Normes qu’il avait pensées longuement et avec rigueur (cf. deux pages du manuscrit et une page de l’édition de Pierre Tousignant en 1999.) La rupture avec le Chanoine Groulx est consumée. Maurice Séguin avait entrepris d’exposer ce qu’il a résumé dans une norme : « (Ce qu’on croit être…) La vérité doit être respectée en elle-même et pour elle-même. » À partir de là, il ne désirait aucunement entreprendre une polémique du vivant de Groulx.

Entre 1964 et 1969, un événement s’est produit au Québec. Ce fut la préparation et la réalisation des Assises nationales du 5 au 9 mars 1969 des États généraux du Canada Français (cf. L’Action nationale, vol. LVIII, nos 9 et 10, mai-juin 1969, 646 + xvi p.) Les protagonistes de cet événement ont été Jacques-Yvan Morin et Rosaire Morin. Le Chapitre IX est consacré à L’opinion des éditorialistes en « reproduction intégrale » d’une cinquantaine d’éditoriaux de tous les milieux (en tout 102 p.). Un microcosme de de la société québécoise canadienne-française et à l’extérieur du Québec pour les minorités françaises. Chacune de ces pages pourraient faire réfléchir surtout les politicologues et les sociologues. Dire qu’à cette époque, on croyait la réunion d’une Assemblée constituante dans deux ans ! Lucien Langlois du Montréal-Matin, le 11 mars 1969, signe sous le titre « Embouteillage ? » son opinion en ces termes : « Les États généraux, à notre avis, se sont voulus une espèce d’assemblée nationale. On s’aperçoit qu’ils ont réussi tout au plus à devenir un groupe de pression. (p. 482-483) » En 1973, six députés péquistes sont élus à l’Assemblée nationale ; la prise du pouvoir à Québec est survenu en 1976. Jacques-Yvan Morin a été nommé Ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur dans le gouvernement de René Lévesque.

Entre 1969 et 1973, un autre événement important, la Crise d’Octobre de 1970. Les séquelles ont produit une surveillance et une vigilance accrue du comportement politique du Québec dans la fédération canadienne. Les politiques publiques « nationales » d’Ottawa se sont précisées au fur et à mesure des pressions exercées par le Québec visant la Réforme du fédéralisme.

De 1980 à ce jour, les Québécois sont coincés entre le statu quo, la réforme ou l’indépendance. Ils cherchent encore la voie à suivre. Les tiraillements sont perpétuels. Qui peut voir le bout du tunnel ?

En 2015 paraît Le livre qui fait dire oui. Ce travail d’analyse correspond à un espoir mais rien de plus. Pour en connaître le contenu, je vous présente la table des matières détaillée de ce collectif d’auteurs ainsi qu’une série d’extraits pour illustrer son contenu.

Le livre qui fait dire oui. Édition du Québécois, 2015, 120 p. Produit par Option nationale sous la direction de Sol Zanetti.

TABLE DES MATIÈRES

LE QUÉBEC DEVRAIT-IL ÊTRE UN PAYS ? 7

Une vieille question ? 7
« Lois, impôts, traités : telles sont les pierres d’assise de l’indépendance d’un pays. » 9
« Un pays peut faire tout ce qu’une province peut faire, mais l’inverse est faux. » (Martin Aussant) 10
« C’est rapatrier nos responsabilités politiques, qui tombent alors entièrement sous le contrôle de la démocratie québécoise. » 10
Plus de centralisation, moins de pouvoir pour nous 11
L’indépendance : un projet de gauche ou de droite ? 11

L’ENVIRONNEMENT, MIGUEL TREMBLAY, PHYSICIEN p. 15

Les pouvoirs qui nous échappent 16
Les traités internationaux 16
Oléoducs et gazoducs 17
La gestion de l’eau 17
Le transport 18
Le financement de la recherche 19
« Le gouvernement canadien oriente la recherche scientifique de nombreux instituts et universités québécois en attribuant financement et bourses selon ses priorités. » 19
L’écofiscalité 19
Autres contraintes 20
Conclusion 21

L’ÉCONOMIE, PATRICE VACHON, ÉCONOMISTE p. 23

Des ressources abondantes 23
« Indépendants, nous serons à même d’y réguler le trafic et d’imposer les réglementations et les tarifications qui nous semblent les plus appropriées sans avoir à tenir compte des besoins de l’Ontario, par exemple. »24
Nos intérêts stratégiques 25
Les désavantages du pétrole 26
Négocier nos traités commerciaux 27
Dépenser selon nos intérêts 28
Éliminer les dédoublements coûteux 30
Conclusion 31
- Le rang du Québec dans le monde Territoire population PIB 33
- Le rang du Québec selon l’OCDE : chômage emploi espérance de vie homicides 34
[Deux textes encadrés :]
- La monnaie et l’indépendance 35
- La péréquation 37

LES LOIS JOCELYN BEAUDIN p. 40

Le droit criminel 39
Une pression sur notre système carcéral 40
Un droit civil plus démocratique 41
« L’indépendance est également nécessaire pour protéger notre système juridique de droit civil, différent de la tradition de common law utilisée dans le reste du Canada. » 41
S’affranchir de la Cour suprême du Canada 42
L’indépendance : pour se gouverner soi-même 43
« Au final, l’indépendance est une occasion en or de nous constituer en réelle république et de prendre
en main l’une des plus belles responsabilités qui existent, celle de se gouverner soi-même. » (p. 43)

LE FRANÇAIS ÉRIC BOUCHARD p. 45

Le français recule 46
- Tableau Langue maternelle du Québec
Pourcentage de la population totale (1996-2011) – Québec – Île de Montréal 47
- Tableau Proportion de francophone - Québec - Île de Montréal (2011-2056) 48
Pourquoi le français recule-t-il ? 49
Le Canada : une barrière 50
« Notre appartenance au Canada, évidemment, a rendu cela impossible ; notre subordination à sa
Constitution se présente donc comme une entrave nette à la préservation et à l’épanouissement de notre langue. » 51
L’indépendance : pour que le monde entier s’ouvre au Québec 52
* L’entente Cullen-Couture, conclue en 1978… C’est en fonction de cette entente que nous recevons annuellement plus de 300 millions de dollars du gouvernement canadien… » 52

L’ÉDUCATION ALEXANDFRE BOUET DORVAL p. 53

Le rôle d’Ottawa dans le financement 54
L’augmentation des transferts aux fonds « avec restriction » 55
Le financement provincial à la recherche 56
« Depuis 1980, la proportion du financement canadien destinée à la recherche sous forme de subventions est passée de 85 % à 92 32. » Note 32 :Hurteau, Philippe et Simon Tremblay-Pepin. « Transferts fédéraux et mal-financement universitaire » p. 4. Institut de recherche et d’informations
Un malfinancement idéologique orchestré 57
« Ottawa s’ingère dans un champ de compétence qui n’est pas le sien et investit l’argent de nos impôts dans des domaines de recherche correspondant à ses intérêts en étouffant le budget consacré à l’enseignement. » 57-58

L’HISTOIRE PATRICK R. BOURGEOIS p. 61

« Évidemment, on ne réalise pas l’indépendance d’un peuple afin de venger un passé douloureux. L’histoire a été souvent utilisée à des fins politiques… » 61

Mille ans de conflits 62
Rivaux en Amérique 62
1629 Les frères Kirke établissent le siège devant Québec 1632 Traité de Saint-Germain-en-Laye [1697] La paix de Ryswick 63 1713 Paix d’Utrecht 64 [1748] Traité d’Aix-la-Chapelle 64
La fin de la Nouvelle-France 64
La bataille des Plaines 65
Le régime anglais 66
La résistance 66 [Pas un mot au sujet de l’Acte de Québec 1774]
Événements de 1837-1838. « Les femmes sont jetées à la rue. Leurs filles, violées. Les arrestations se multiplient. En prison, les patriotes sont traités de la manière la plus abjecte. Cinquante-huit d’entre
eux seront condamnés à l’exil ; douze seront pendus sur la place publique. » 67
Acte d’Union et assimilation 67
La Confédération imposée 68
Non aux guerres de l’Empire 69 « En 1897, lors de la Guerre des Boers en Afrique du Sud… » 69
1918 Des soldats ouvriront le feu sur la foule anticonscription : quatre personnes sont tuées. 1942 Plébiciste sur la conscription. 1944 Adoption la loi sur la conscription. 70
Grande Noirceur et Révolution tranquille 70
« …les francophones du Québec forment un des groupes les plus pauvres ; ils sont décrits comme des porteurs d’eau, des citoyens de seconde zone, et ce, au coeur même du territoire qu’ils ont défriché et développé. » 70
L’élan souverainiste du 20e siècle 71
« Les souverainistes seront battus le 20 mai 1980. Le Canada de Trudeau rapatrie alors la Constitution canadienne sans notre accord. » 71
L’impasse du régime canadien 71
Conclusion 72
« Qui peut, après tout, s’opposer à l’idée d’un jour voler de ses propres ailes ? » 72

LES AUTOCHTONES JOSIANE GRENIER p. 75

« Les Abénakis, les Algonquins, les Attikameks, les Cris, les Hurons-Wendat, les Innus, les Inuits, les Malécites, les Micmacs, les Mohawks et les Naskapis sont autant de peuples distincts avec leurs propres mode de vie, vision du monde, religion, langue, identité et traditions. Historiquement, la Loi sur les Indiens (ou sur les Sauvages, à l’époque), qui relève du Parlement du Canada, a eu pour but l’assimilation de ces peuples autochtones. » 75

« L’émancipation réelle des peuples autochtones passe par l’indépendance du Québec, qui seule nous permettra de prendre nos distances du modèle canadien… » 76
Le territoire 77
« Notre gouvernement devra par exemple négocier avec Ottawa pour que les autochtones ainsi que les produits des activités traditionnelles (chasse, pêche, trappe) puissent traverser assez librement les frontières pour pouvoir continuer de profiter de l’entièreté du territoire ancestral, puisque seulement 2 des 11 nations ont un territoire contenu à l’intérieur de nos frontières actuelles. » 77
La gouvernance 77
« S’il importe d’établir des règles de coexistence entre les sociétés concernées, l’organisation particulière des nations autochtones ne concerne pas le gouvernement du Québec et ne devrait jamais faire l’objet d’une politique. » 77
« …d’orienter et de régler le pouvoir dans chaque nation selon une forme qui devra satisfaire une condition minimale : l’institution de gouvernements autochtones émanant des communautés et traduisant leur spécificité. » 78
La culture 78
« Les non-autochtones se devront par ailleurs de faire place aux cultures autochtones dans leurs institutions. Il sera souhaitable, par exemple, d’intégrer la relation privilégiée des autochtones avec le territoire dans nos politiques environnementales. » 78
L’alliance 79
« Les peuples autochtones mènent un combat à l’image de ce lui du peuple québécois ; autochtones et nonautochtones tentent de promouvoir leur identité distincte, leur développement socio-économique et leur autonomie. » 79

LES ANGLO-QUÉBÉCOIS VIVIANE MARTNOVA-CROTEAU p. 81

« En 1838, la visionnaire Déclaration d’indépendance du Bas-Canada* était rédigée par le docteur Robert Nelson ; son frère, Wolfred Nelson, conduisit les rebelles patriotes à leur seule victoire contre les autorités monarchistes sur un champ de bataille, à Saint-Denis** . Ces récits sous-tendent souvent de belles histoires d’amitié. Contre la violence du régime britannique oppresseur, ces anglophones souvent privilégiés, mais lucides et justes, luttaient aux côtés de leurs concitoyens, certains par les armes, d’autres par la voie politique, pour des idéaux républicains et démocratiques qui ne pouvaient que bénéficier à tous. » 81

« Contre la violence du régime britannique oppresseur, ces anglophones souvent privilégiés, mais lucides et justes, luttaient aux côtés de leurs concitoyens, certains par les armes, d’autres par la voie politique,
pour des idéaux républicains et démocratiques qui ne pouvaient que bénéficier à tous. » 81

Nommer les droits collectifs 82
« Au lendemain de l’indépendance, la protection constitutionnelle canadienne dont peuvent se prévaloir les communautés anglo-québécoises sera dissoute. 82
Rééquilibrer les ressources 83
« Un Québec indépendant ne comblera pas l’entièreté de l’écart laissé par le retrait des subventions canadiennes aux institutions de la minorité anglophone, tout simplement parce que celles-ci sont encore parfois massivement disproportionnées en regard de la répartition linguistique de la population.
Actuellement, en sol québécois, la part des sommes allouées aux universités anglophones est de 23 % du financement canadien et de 33 % du financement québécois, ce qui représente, pour 8,3 % de la population, 29% du total37. 83
Pour l’amour de Montréal 84
« Dans un plan de développement économique pancanadien, Montréal demeure une ville périphérique régionale. » 84
Un rôle politique moins contestataire, plus constructif 85
« Dire que la scène politique et le système démocratique actuels ne permettent pas la pleine expression des aspirations des communautés anglo-québécoises est… un euphémisme. Tenues pour acquises par le principal parti fédéraliste du Québec, elles voient leur rôle électoral réduit à une opposition systématique au nationalisme québécois******. Il en ressort que, depuis les années 1970, les Anglo-Québécois ne se positionnent jamais, du moins électoralement, sur un axe gauche-droite, sur l’environnement, sur la politique étrangère et ainsi de suite. Lorsque la question nationale sera réglée et que son issue, l’indépendance, sera acceptée de tous, les Anglo-Québécois, libérés de leur position contestataire, pourront assumer un rôle politique beaucoup plus constructif et riche. L’indépendantisme peut et doit sortir de son premier public. C’est nous qui avons raison. Toute personne de cœur, informée et intellectuellement honnête, saura le reconnaître, à la façon de ces héros anglophones qui jalonnent notre histoire. » 85
Notes spéciales pour l’article « Les Anglo-Québécois » p. 86
* La Déclaration d’indépendance du Bas-Canada proclamait la laïcité de l’État, les droits des autochtones et la fin de toutediscrimination à leur égard, l’abolition de la dîme et des redevances aux seigneurs, la liberté de presse, le suffrage universel pour tous les hommes, la nationalisation des terres, l’élection d’une assemblée constituante et la reconnaissance des deuxlangues comme langues officielles. Les patriotes étaient cependant farouchement opposés au droit de vote des femmes et à leur acceptation comme citoyennes. La Déclaration fait partie du domaine public.

** C’est une bien étrange chose d’ailleurs que la Journée des Patriotes soit boudée par la communauté anglophone, elle qui a fourni de tels héros.

*** Contrairement à ce qui est fréquemment véhiculé, c’est en effet de droits collectifs, et non individuels, qu’il est question ici.

**** La consécration des droits des communautés historiques anglophones est une constante dans les programmes indépendantistes se rapportant à l’écriture d’une constitution québécoise.

*****À ce sujet, lire, en anglais, The Question of Separatism : Quebec and the Struggle over Sovereignty (1980) écrit par l’urbaniste d’origine américaine Jane Jacobs, un ouvrage dont les fines analyses demeurent essentielles.

****** « Non-francophones vote strategically, not so much for the Liberals as against the pro-secession, anti-minority Parti Québécois, out of what I’ve called “pequophobia” – fear of the election of a PQ government. » Macpherson, Don « The myth of non-francophone control of the Quebec Liberal Party. » The Montreal Gazette (4 février 2015). Une panoplie d’autres chroniques, d’éditoriaux et de lettres d’opinion vont dans le même sens.

LES IMMIGRANTS PIERRE-ALAIN HOB p. 87

L’intégration au monde du travail 88
L’intégration à la communauté nationale 88
- Tableau Identification selon la langue maternelle : Francophone Anglophone Allophone (division en 5 catégories : de « Québécois seulement » à « Canadien seulement ». 90
La langue 91
« Le Québec reste de loin la province canadienne avec le plus faible transfert linguistique vers la langue de la majorité pour les immigrants, à environ 50 %46. Le français ne cesse de reculer au Québec, notamment dans les milieux de travail**. » 91

46 Québec. Office québécois de la langue française. Perspectives démolinguistiques du Québec et de la région de Montréal (2006-2056). Gouvernement du Québec : Office québécois de la langue française, 2011. Web. 111

** Il est soumis à la loi du nombre, mais également, et cela est plus grave en regard de l’immigration, à l’affaiblissement, par le régime canadien en place, des institutions publiques et de leur rôle dans sa préservation, comme l’expose le chapitre sur le français. » 93

Bâtir ensemble le pays 92
« L’indépendance est une occasion de rassembler les immigrants et les autres Québécois autour de l’établissement de valeurs communes et de l’élaboration d’une Constitution pour notre pays. » 92

CONCLUSION p. 95
« En effet, c’est en devenant un pays que nous pourrons atteindre notre plein potentiel économique dans une perspective durable, protéger notre territoire, faire briller notre culture, réformer nos institutions démocratiques et continuer de faire entendre notre accent au monde entier. Bâtir un pays avec nous offrira aux autochtones du Québec une occasion exceptionnelle de sortir de l’impasse politique dans laquelle ils se trouvent et de cheminer vers l’autodétermination. C’est en faisant du Québec un pays que les rapports entre francophones et anglophones s’assainiront. De la même façon, fonder un pays avec nous donnera envie aux immigrants de se métisser à notre peuple. » 95

Quel avenir dans le Canada ? 96
« Nous traversons depuis un certain temps une crise de confiance envers nos institutions politiques et nos politiciens. […] Nous ne savons plus ce que nous pouvons en attendre. L’envie de nous détourner de la politique, de bouder nos institutions et de baisser les bras nous guette. L’actualité nous offre quotidiennement de nouvelles raisons de nourrir ce découragement. » 96
Choisir l’action 96
« Chaque personne que vous ferez changer d’avis, chaque compatriote à qui vous aurez inspiré le goût de la liberté nous rapprocheront de notre but et nourriront l’espoir. Ensemble et organisés, nous sommes plus forts que le statu quo. » 97

Postface

Robert Laplante
Nous, le peuple. Nous, les indépendantistes. 100
« Le Québec n’est pas maître dans sa maison. C’est la raison fon damentale pour laquelle il nous faut faire l’indépendance. » 99

« Nous, les indépendantistes, avons le devoir et la tâche de faire voir les empêchements, de faire réaliser à nos compatriotes comment, et en quoi, la privation de liberté nous tient dans un état de sous-oxygénation permanent. » 101

« Notre pays occupe un espace géostratégique que le Canada considère comme essentiel à son développement. Et il est décidé à faire tout en son pouvoir pour nous priver de tout contrôle sur le territoire où il entend déployer de gigantesques infrastructures d’exportation du pétrole sale sur lequel il a choisi de faire porter son avenir. » 105

RÉFÉRENCES 107

REMERCIEMENTS 113


Références

1 Miron, Gaston. Un long chemin : proses 1953-1996. Montréal.Éditions L’Hexagone, 2004.
2 Organisation des Nations unies. « Progression du nombre des États Membres de 1945 à nos jours ». Organisation des Nations unies,
États Membres, 2015. Web. 30 mai 2015.
3 La formule est de Jean-Martin Aussant.
4 Gouvernement du Canada. « Le partage constitutionnel des
pouvoirs législatifs ». Gouvernement du Canada. Affaires intergouvernementales,
2015. Web. 28 mai 2015.
5 Croteau, Martin. « Le Canada se retire du protocole de Kyoto »,
La Presse, 12 déc. 2011. Web.
6 Descôteaux, Bernard. « Le mauvais élève », Le Devoir, 9 déc. 2014.
Web.
7 Baril, Jean et David Robitaille. « Les lois du Québec sont
applicables », Le Devoir, 31 oct. 2014. Web.
8 Desjardins, François, avec Marie Vastel. « Enbridge peut aller de
l’avant avec l’inversion du pipeline », Le Devoir, 7 mars 2014. Web.
9 Canada, Environnement Canada. « La législation et les politiques
fédérales » Gouvernement du Canada : Environnement Canada,
2015. Web.
10 Lévesque, Sonia. « Le couperet tombe à l’Institut Maurice-
Lamontagne », Hebdos régionaux, 18 mai 2012. Web.
11 Vastel, Marie. « Plus de vérifications, mais pas sur les voies »,
Le Devoir, 30 oct. 2014. Web.

12 Gravel, Pauline. « Un secteur négligé par les partis politiques –
Et la recherche scientifique ? », Le Devoir, 30 avr. 2011. Web.
13 Laprise, René. « Budget fédéral 2010 – L’environnement
et le climat en deuil », Le Devoir, 11 mars 2010. Web.
14 Rettino-Parazelli, Karl. « Nouvelle alliance pour l’écofiscalité »,
Le Devoir, 5 nov. 2014. Web.
15 Allaire, Yvan. Le Québec et ses ressources naturelles : Comment en tirer
le meilleur parti. Institut sur la gouvernance d’organisations privées
et publiques, 2013. Web.
16 La presse canadienne. « Les subventions à l’industrie pétrolière
s’élèveraient à 2,8 milliards $ par année », Les Affaires, 3 nov. 2010.
Web. 4 juill. 2015.
17 Lisée, Jean-François. « L’emploi québécois dans les sables mouvants
albertains », L’Actualité, 31 janv. 2012. Blogue de Jean-François
Lisée. Web. 25 avr. 2015.
18 Défense nationale et les Forces armées canadiennes. Stratégie
de défense Le Canada d’abord Gouvernement du Canada : Défense
nationale et les Forces armées canadiennes, 2013. Web. 22 avr. 2015.
19 Québec. Commission de révision permanente des programmes.
Rapport de la Commission de révision permanente des programmes.
Gouvernement du Québec : Commission de révision permanente
des programmes, 2014. Web.
20 Canada. Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada. Effectif
de la fonction publique fédérale par ministère. Gouvernement du Canada :
Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada, 2015. Web.
21 Gobeil, Stéphane. Un gouvernement de trop. Montréal : VLB éditeur,
2012. Imprimé.

22 Beaulne, Pierre. « La péréquation : un hold-up québécois ? »
Institut de recherche et d’informations socio-économiques,
3 juill. 2012. Web. 4 juill. 2015.
23 La Presse canadienne, « Le durcissement des peines mis en doute
à Justice Canada », Le Devoir, 28 nov. 2011.
24 Hélène Buzzetti. « Les prisons provinciales écopent », Le Devoir,
19 nov. 2014.
25 Côté, François. « De l’intégrité du droit privé québécois de tradition
civiliste au sein du cadre constitutionnel canadien », dans
Patrick Taillon (dir), Mélange en l’honneur des professeurs Henri
Brun et Guy Tremblay, Presses de l’Université Laval, Québec
(à paraître).
26 Direction de la langue française et de la diversité linguistique,
« La langue française dans le monde » (vidéo), Données et
statistiques sur la langue française, Organisation internationale
de la Francophonie. Web. 8 juin 2015.
27 Québec. Office québécois de la langue française. Perspectives
démolinguistiques du Québec et de la région de Montréal (2006-2056) 2011.
Web.
28 Données du recensement de 2011 de Statistique Canada.
29 Québec. Office québécois de la langue française. Perspectives
démolinguistiques du Québec et de la région de Montréal (2006-2056)
2011. Web.
30 Idem.
31 Hurteau, Philippe et Simon Tremblay-Pepin. « Transferts fédéraux
et mal-financement universitaire » p. 4. Institut de recherche
et d’informations
32 Op. cit.
33 Op. cit.

34 Québec. Ministère des Finances. Un plan de financement des
universités équitable et équilibré, Budget 2011-2012, p. 13. Québec :
ministère des Finances, 2013. Web.
35 Canada. Statistique Canada. Caractéristiques linguistiques des Canadiens :
Langue, recensement de la population en 2011. Gouvernement du
Canada : Statistique Canada, 2012. Web.
36 Leclerc, Jacques. « (7) Les droits de la minorité linguistique
anglophone ». L’aménagement linguistique dans le monde. Dernière mise
à jour le 15 avril 2015. Web.
Seymour, Michel. Mémoire déposé à la Commission des États Généraux
de la langue française : le français comme langue publique commune du Québec
Montréal, Département de philosophie, Université de Montréal,
2000. Web.
37 Lacroix, Frédéric et Patrick Sabourin. Financement des universités :
le non-dit. Les cahiers de lecture de L’Action nationale, été 2015,
volume ix, numéro 3, 2004. Web.
Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal. Pour un financement équitable
du réseau universitaire francophone au Québec. Mémoire présenté dans le cadre
du Sommet sur l’enseignement supérieur par la Société Saint-Jean-Baptiste.
6 févr. 2013. Web.
Des chiffres objectifs ne sont pas accessibles pour les autres domaines.
38 Bélanger, Isabelle-Anne. « Nos immigrants qualifiés affrontent ignorance
et mépris », La Presse, 30 sept. 2009 : Opinions. Web. 20 juin 2015.
39 Québec. Institut de la Statistique du Québec. « Participation des
immigrants au marché du travail en 2009 ». Institut de la Statistique
du Québec : tableau 1, p. 16. Web. 20 juin 2015.
40 Gagné, Robert. « Scolarisation universitaire : Le Québec en retard
depuis 50 ans », Les Affaires,10 févr. 2013. Web. 20 juin 2015.
Canada. « Le chômage nettement plus élevé chez les
immigrants diplômés », Radio-Canada et La Presse Canadienne, 5 oct.
2010 : Économie. Web. 20 juin 2015.

41 Radio-Canada. « Une petite séduction pour chercheurs d’emploi
en Beauce », Radio-Canada, 17 juin 2015. Web. 20 juin 2015.
42 Québec. Ministère de l’Immigration, de la Diversité et de
l’Inclusion. « L’immigration au Québec. Le rôle du Ministère de
l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion et de ses partenaires.
Document de référence » Ministère de l’Immigration, de la
Diversité et de l’Inclusion Deuxième partie. Le partage des responsabilités
entre le Québec et le Canada, déc. 2014. Web. 20 juin 2015.
43 Canada. Citoyenneté et Immigration Canada. « Découvrir
le Canada. Les droits et responsabilités liés à la citoyenneté »,
Gouvernement du Canada : Citoyenneté et Immigration Canada.
Web. 20 juin 2015.
44 Citoyenneté et Immigration Canada. « Analyse de la recherche
sur l’opinion publique – Cyberbulletin – mars 2011. L’identité du
Québec en 2011 : l’attachement, l’identité et la diversité ». Citoyenneté
et Immigration Canada, mars 2011. Web. 20 juin 2015.
45 Jedwab, Jack. « L’identité du Québec en 2011 : les attachements,
l’identité et la diversité », Association d’études canadiennes, 2010.
Web. 20 juin 2015.
46 Québec. Office québécois de la langue française. Perspectives démolinguistiques
du Québec et de la région de Montréal (2006-2056). Gouvernement
du Québec : Office québécois de la langue française, 2011. Web.
47 Québec. Office québécois de la langue française. « Perspectives
démolinguistiques du Québec et de la région de Montréal 2006-
2056 ». Québec : Office québécois de la langue française, 2011.
Web. 20 juin 2015.
48 Chambre de commerce latino-américaine du Québec. « Mission
de la chambre ». Web. 20 juin 2015.

REMERCIEMENTS

C’est à force de courage, d’inspiration, de détermination et de générosité qu’un projet militant comme celui-ci devient possible.

Nous tenons tout d’abord à remercier tous les citoyens visionnaires qui ont contribué financièrement à l’impression des 10 000 premiers exemplaires du Livre distribués gratuitement à travers le Québec.

Nous tenons également à remercier tous les auteurs pour leur générosité et leur rigueur ; à souligner l’excellent travail de Julien Gaudreau, Viviane Martinova-Croteau et François Thériault pour leur soutien à la coordination du projet ; à exprimer notre gratitude à Guillaume Boutet Dorval pour son style et sa disponibilité ; à témoigner notre reconnaissance à Simon Lambert pour avoir coordonné l’équipe de révision, constituée d’Antoine Drouin, Audrey Ducharme, Mathieu L. Bouchard et Viviane Martinova-Croteau.

Nous tenons également à dire un immense « merci » à Jean-Évrard Bilodeau, Louis-Félix Cauchon, Luc-Antoine Cauchon, Véronique Côté, Catherine Dorion, Michaël Dubé, Philippe Durocher, Sylvain Gauthier, André Koolen, Jean-François Labbé, Alexandre Lavallée, Sarah L’Italien, Julien Longchamp, Robert Mailhot, Marianne Marceau, Ghislain Taschereau et Richard Trudel pour leur précieuse contribution.

Et pour finir, soulignons le rôle essentiel de notre éditeur Pierre-Luc Bégin. Cet ouvrage est produit sans but lucratif. Des éditeurs qui acceptent ça, ça ne court pas les rues. Si elle pouvait parler d’une seule voix, la patrie lui dirait certainement merci.
Sol Zanetti

ON NE PEUT FAIRE COMME SI ON ÉTAIT INDÉPENDANT.
Peut-on expliquer pourquoi les indépendantistes ne s’entendent pas entre eux ?

Commençons par un court spicilège de citations extrait de l’ouvrage.

L’indépendance du Québec n’est pas le projet d’un parti politique ni d’une génération : c’est le projet d’un peuple en marche vers sa liberté. 7

Bref, comme le disait Miron, « tant que l’indépendance n’est pas faite, elle reste à faire ». 8

Lois, impôts, traités : telles sont les pierres d’assise de l’indépendance d’un pays. 9

Choisir l’indépendance, c’est vouloir se gouverner soi-même. 12

L’objectif de cet ouvrage est d’offrir une présentation rationnelle, vulgarisée et concise des effets concrets qu’amènera notre indépendance. 13

En effet, comme la plus grande partie de la fonction publique canadienne est présente chez
nos voisins, ceux-ci profitent largement des sommes que nous payons en impôts. L’indépendance nous permettrait de rapatrier chez nous l’essentiel de cette activité économique. 28

L’indépendance devient alors le seul moyen de véritablement privilégier notre système civiliste et de faire valoir un plus grand respect de la démocratie. 42

Nous ne devons pas faire l’indépendance, bien sûr, pour réparer ce passé empreint de tensions. Nous devons toutefois prendre acte de cette histoire sulfureuse et nous appuyer sur le caractère résistant de notre peuple, qui a su survivre aux pires crises au fil de son histoire, pour mieux envi sager notre avenir en terre d’Amérique. 72

Au lendemain de l’indépendance, la protection constitutionnelle canadienne dont peuvent se prévaloir les communautés anglo-québécoises sera dissoute. 82

L’indépendance « permettra à notre État d’être maître d’oeuvre du processus d’immigration et de citoyenneté, de développer le sentiment d’appartenance des immigrants à la société québécoise et d’améliorer leur participation à notre vie démocratique. Mais l’indépendance, surtout, leur ouvrira les possibles. 92

Nous avons à dénoncer ceux-là qui prétendent que notre sort serait meilleur s’il continuait d’être réglé par les choix des autres.103

* * *

Ce discours est connu des Québécois. Ils l’entendent régulièrement. Ce n’est pas qu’il n’est pas vrai mais à ce jour le coup de cœur pour l’indépendance n’a pas été accompli avec succès.

COUP DE CŒUR À L’INDÉPENDANCE

Si les indépendantistes ne font que de l’analyse, aussi exhaustive soit-elle, ils en resteront toujours dans l’expectative du Grand soir. L‘histoire du Québec et du Canada des cinquante dernières années démontre que cette fraction de notre histoire a des racines très fortes dans le passé lointain. Or, certains spécialistes des sciences de la société se cramponnent dans le présent, analysent les événements d’aujourd’hui dans une perspective utilitaire pour solutionner des « crises » du moment présent. Ils sont prisonniers des événements récents, de l’actualité et des sondages.

Mais si l’on porte notre regard sur le passé lointain, on doit constater qu’un nouveau Canada vient de sortir de la Nouvelle-France, de la défaits coloniale française de 1760, par l’instauration d’une nouvelle colonisation britannique dans la XVe Colonie « anglaise » de l’Amérique du Nord. Cette nouvelle Colonie anglaise portera le nom de The Province of Quebec.

Dorénavant, pour les Canadiens de 1763, c’est un autre Canada qui s’installe sous leurs yeux. Avant la conquête, une Amérique française et une Amérique anglaise. Après 1763, une première Amérique anglaise de quinze Colonies. Dans la XVe Colonie, les Canadiens (français) devront vivre avec un Occupant qui finira par construire un nouveau Canada au sein d’abord d’un seul British North America. Les Canadiens sont annexés, occupés et dominés de 1763 à 1783 par l’Amérique anglaise no 1. Mais, après le Traité de Paris de 1783, vient la scission de l’Amérique anglaise no 1 entre un British North America et un Republican North America issu de la Guerre d’indépendance des Treize Colonies anglaises de l’Amérique anglaise no 1.

La reconnaissance internationale par l’Europe, en 1783, de l’indépendance des Treize Colonies américaines confirme le désir d’indépendance des Treize Colonies et, par le fait même, de la division de l’Amérique du Nord britannique. Les Canadiens seront donc intégrés inconditionnellement sous l’égide d’une nouvelle métropole : Londres. La cohabitation des Canadiens et des Anglais loyaux à l’Angleterre a finalement donné naissance à des Canadiens-Français et à des British Americans. De fil en aiguille, ces deux groupements humains ou ces deux collectivités nationales devront apprendre à cohabiter pour exister à côté des États-Unis d’Amérique (USA). La Canada vivra une lutte nationale incessante durant cent ans. Finalement, après de multiples tentatives de solutions politiques, en 1867, Londres en arrive avec ses colonies demeurées loyales à la création d’une union fédérale « canadienne ». Les indépendantistes d’aujourd’hui doivent sérieusement comprendre que l’unité canadienne n’est pas un pis-aller.

Fêtez le 150e anniversaire de cette constitution, en 2017, c’est célébrer les bienfaits d’une nation canadienne/canadian (surtout une unité politique indivisible) qui s’étend d’un océan à l’autre. Et, ce sera aussi, l’occasion d’un rappel du « Canada. Un siècle 1867-1967 (5) » qui a été publié sous le titre prometteur « Voici le Canada. Édification de la nation canadienne » (p. 1 et 5 d’un document imprimé et illustré sur papier glacé de 504 pages). Si vous ne connaissez pas la vulgate du Canada-Anglais, allez consulter ce panégyrique du Canada moderne de 1967 dont le Québec est une province comme les autres – et cela depuis 1867. Dans ce contexte, l’État du Québec n’est rien d’autres qu’un État local avec un gouvernement provincial fédéré.

Pour la collectivité nationale française et distincte qui habite ce territoire, le nœud gordien des difficultés de tout gouvernement du Québec réside essentiellement dans le type de fédéralisme sous forme d’union fédérale de 1867 que la nation majoritaire gère à son profit parce qu’elle est la nation majeure qui possède majoritairement les compétences de l’État central à son avantage et sur lesquelles repose sa suprématie.

Pour le coup de cœur à l’indépendance, il faut enfin en venir à faire comprendre à une majorité d’individus dans la société québécoise qu’il serait préférable d’endosser l’optique indépendantiste pour changer radicalement leur condition de vie collective et « nationale » du statut de nation annexée (dans union fédérale très centralisée) à un statut de nation indépendante (soit la pleine souveraineté de l’État québécois).

Concrètement, il serait préférable pour la position indépendantiste de s’orienter vers les relations interétatiques entre nations indépendantes. La proximité de voisinage ne devrait pas être un handicap pas plus que les rapports qui peuvent exister entre le Canada et les États-Unis. Ainsi, le Québec indépendant éliminerait sa subordination et superposition sur place, partant, son état de nation annexée à son désavantage politique et national. En 2017, les rapports du Québec avec l’« union canadienne » (comme aimait le rappeler l’historien Michel Brunet) alimentent toujours nos luttes politiques jusqu’à remettre « en question l’ancien ordre politico-économico-social ».

Cinquante ans plus tard, son constat demeure toujours valide. La question du Québec n’est pas d’abord dans l’évolution du fédéralisme canadien parce qu’il serait plus centralisateur mais plutôt à cause de la constitution canadienne in se. La création de l’État fédéral de 1867 pose le problème du « fédéralisme et nationalités ». Ce problème fondamental réside dans le partage des compétences dans toutes les sortes de fédéralisme. Il s’agit de comprendre la position réelle d’une nation ou de nations, c’est-à-dire d’une nation-province ou de plusieurs autres unies dans un seul État souverain. Comme nationalité distincte dans la Province de Québec, les Canadiens-Français et aujourd’hui les Québécois-Français occupent majoritairement encore le territoire du Québec. Ils possèdent comme peuple un état provincial fédéré à un État souverain. Disons le franchement, les Québécois vivent dans un état de nation annexée, donc avec subordination et superposition sur place. Son degré d’annexion politique limite sa liberté collective dans les paramètres de ses compétences strictement provinciales prévues par La loi constitutionnelle de 1982. Cette constitution renforce la coercition sur les unités politiques locales et consolide sa suprématie d’État fédéral. La Charte des droits et libertés en l’une des plus belles illustrations. Tout cela en dépit du fait que le Québec n’a pas signé encore cette constitution.

Pourrait-on imaginer une autre position telle d’une satellisation. À première vue, cette option serait préférable à la provincialisation, car elle permettrait une possibilité de liberté collective plus grande vis-à-vis la tutelle d’un voisin. Car être une nation satellite est plus avantageux que d’être une province d’un autre État. Du moins, théoriquement, il s’agit d’un État souverain et distinct avec un statut d’État national. On pourrait écrire : « Voici le Québec. État souverain. » Par conséquent, les pouvoirs de l’État du Québec (même satellite) seraient identiques à ceux que l’État canadien détient dans sa condition de nation satellite des Etats-Unis. Pour le Québec ce serait la fin de la provincialisation et de l’annexion. N’est-ce pas la situation du Canada face aux États-Unis ? Pourquoi le sort de l’État du Québec serait-il pire que le leur dans le monde ?

L’atteinte d’un tel objectif requiert la montée démocratique, ciment de la nation, et les organismes internationaux, les alliances, les relations d’amitié, les influences, etc. Afin d’y parvenir, il faut sans faute qu’une action concertée et organisée soit entretenue par un certain nombre d’individus à se grouper en société, à former équipe. En l’occurrence, il faut qu’une société ait son élite qui soit capable d’envisager la fin de la vie collective dans la même direction, vers le même but en recherchant constamment l’accord sur les multiples activités que nécessite la fin en vue de l’indépendance nationale du Québec. Cette ambition politique doit être portée par le peuple qui influencera fortement les décisions politiques dans le sens de l’indépendance complète du Québec. Faire partager ce sentiment par le public québécois constitue la phase initiale du processus d’accession à l’indépendance nationale du Québec.

La tentative du groupe de Sol Zanetti est fort louable mais sa démarche est archiconnue. Il existe tellement de précédents du même genre dans le passé qui ne sont jamais parvenus à faire bouger d’un iota la « machine » de conscientisation pancanadienne des organismes nationaux de la défense du principe fédératif. Si le Québec est tissé serré, que dire du peuple canadien fédéral sous la coupole de son Parlement, de tous ses organes d’états, de toutes ses institutions publiques, de toutes ses compagnies privées dirigées à partir de Toronto, de toutes ses fondations à but sans lucratif qui alimentent le sentiment national envers l’unité canadienne et du principe fédératif, des intrusions du fédéral dans le monde de l’éducation, de la santé, des municipalités et en plus de tous les pouvoirs détenus par l’État fédéral (p. ex. : l’immigration, l’agriculture, les communications, la santé, etc.) qui consolident continuellement l’imperium britannique qui est à la base du pouvoir impérial de la fédération canadienne. Le pouvoir de cet imperium s’exerce finalement sur les esprits et la conscience des individus et de toute la société canadienne incluant la société québécoise. C’est, autrement dit, le principe inclusif (mot fréquemment utilisé par les fédéralistes pour niveler le sentiment canadianiste). Ainsi donc que la loi du plus fort, celle de la canadianisation, est toujours la meilleure. Le Love In du Canada britannique s’est justement exprimé avec force et flamboiement au second referendum de 1995.

Le coup de cœur à l’indépendance devrait commencer par l’établissement d’un consensus national au Québec entre les personnes et les organismes qui prétendent faire l’indépendance du Québec. L’objet de l’indépendance ne peut pas être équivoque. Ou bien c’est l’indépendance ou bien c’est l’annexion et l’assimilation. Le combat de Marcel Chaput devrait nous faire comprendre qu’il a manqué aux Québécoises et aux Québécois un quelque chose d’indicible qui s’appelle le désir, la conviction, la détermination, bref le besoin – la nécessité impérieuse – de combler le besoin.

Comment prendre conscience de ce besoin collectif et impératif qui nous ferait accéder au statut de nation indépendante. Il faudrait que s’engage un discours de vérité. Le public s’attend à l’entendre de la bouche des indépendantistes sincères. Un tel discours mettrait en lumière la réalité de l’indépendance comme une force susceptible de rendre meilleur l’état actuel des choses au Québec. L’un des auteurs de ce collectif signalé précédemment a pu écrire : « Choisir l’indépendance, c’est vouloir se gouverner soi-même. (p.12) » Très bien. Se gouverner soi-même, dans notre situation, consiste à mettre un terme à notre provincialisation. Qui peut le faire ? Le Parti québécois ?

Madame Andrée Ferretti soutient : « Le PQ, obstacle majeur à l’indépendance. » J’imagine que madame Ferretti a son idée de ce que c’est que l’indépendance. Et si ce n’était pas le PQ, serait-ce Option nationale ? Pourquoi ce parti politique serait-il mieux que le PQ ? Il aurait lui aussi à prendre le pouvoir. La CAQ est nationaliste dans l’autonomie provinciale (?). Maintenant, QS avec Madame Françoise David qui est sur le point de partir... On le saura prochainement. Et OUI Québec et tous les autres mouvements souverainistes au Québec n’ont-ils rien en commun ? Il y a trop de tiraillement.

Bon ! Mais si c’était quand même le PQ, peut-on savoir en ce moment dans quelle direction ce parti peut-il bien s’en aller ? Pour le moment, les signes sont peu encourageants. Quant à l’Institut de recherche sur l’autodétermination des peuples et les indépendances nationales (IRAI) (6) souhaité par Pierre Karl Péladeau, est-ce seulement qu’une promesse ? Pas un historien dans son conseil d’administration ! C’est ce qu’on vient d’apprendre ce matin. Et dire que le Québec se débat pour l’enseignement de l’histoire dans nos écoles ! La conscience historique n’est pas très vive.

C’est bien beau étudier les indépendances nationales dans le monde qui ne se sont pas encore accomplies, alors peut-on découvrir comment peut se faire l’indépendance d’un pays ? Une approche de notre problème qui est particulièrement curieuse. Ne serait-il pas plus intéressant de s’occuper de la façon dont la Tchécoslovaquie a pu faire la scission par l’adoption de La loi proclamant l’extinction de la République fédérative tchèque et slovaque (7) pour créer deux nouveaux États sans se livrer une guerre sanglante. La République Tchèque et la Slovaquie ont chacune aujourd’hui leur propre constitution (8).

La question qui se pose pour le public québécois :

« Comment pouvons-nous parvenir à l’extinction de la fédération canadienne dans l’égalité de « status » étatique (9) ?

Une partie de la réponse réside dans l’existence d’abord d’un mouvement de libération nationale qui s’organiserait de telle sorte que le message puisse être univoque et compréhensible par le public. Ce mouvement unifié des forces indépendantistes pourrait faire pression sur le politique d’une manière plus efficace parce que mieux ordonné et surtout systématique. Un climat plus serein, une ferveur et une ardeur plus confiante permettraient finalement de voir le bout du tunnel.

Le coup de cœur pourrait atteindre les politiques dans leurs fonctions de législateurs. Eux-mêmes deviendraient plus motivés à agir et à mettre cartes sur table au sujet de l’objectif de l’indépendance nationale du Québec. Ce serait répondre à l’une des conditions dans le droit de la reconnaissance des mouvements de libération nationale, car il s’agit de l’une des formes de contribution à la mise en œuvre du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. N’est-ce pas ce que tous les indépendantistes désirent sincèrement ?

Si une telle finalité est légitime, pourquoi un peuple qui est formé d’un groupement humain organisé qui a toutes les qualités d’une nationalité et qui maîtrise déjà un organisme politique régional officiel (province ou État provincial), pourquoi ne pourrait-il pas devenir un « sujet de droit international public » (cf. note 9) ?

Savoir que c’est possible devient plus motivant que de s’enterrer sous la lourdeur des études techniques ou savantes que le public ne comprendra même pas.

L’atteinte de l’indépendance exige le coup cœur à l’indépendance politique et nationale du Québec.

NOTES

(1) Bruno Deshaies, « Le ton plaintif. Des souverainistes occupés par des combats fédéralistes. » Dans www.vigile.quebec, Indépendance du Québec Chronique 05.10.2000. Consulter : http://vigile.quebec/archives/ds-deshaies/docs/00-10-5.html

(2) Sol Zanetti, dir., Le livre qui fait dire oui. Drummonville, Éditions du Québécois et Option Nationale, 2015, 120 p. Un collectif. ISBN 978-2-923365-53-4 Sol Zanetti est le chef d’Option nationale.

(3) Bruno Deshaies, « De Groulx à l’École de Montréal : une impasse. » Dans Bulletin d’histoire politique, 7, 1 (automne 1998), p. 119–126. Exposé fait dans le cadre d’un Débat à propos de Making History in Twentieth-Century Quebec. Historians and their Society de Ronald RUDIN (Université Concordia, Montréal,1997). Paru en français sous le titre Faire de l’histoire au Québec. Sillery, Septentrion, 1998, 278 p. Bruno Deshaies démontre qu’il y a un tournant dans l’historiographie canadienne-française, en 1953, au moment de la célèbre conférence de Michel Brunet à l’occasion du 50e Congrès annuel de l’Association de la Jeunesse canadienne-française (A.J.C.). Le Devoir publie, les 6 et 7 novembre 1953, le texte intégral de la conférence sous le titre : « Sur le destin des Canadiens français. « Canadian » ou Canadiens ? » La rupture avec le chanoine Lionel Groulx s’amplifie. Mais les successeurs de Groulx sont eux aussi des promoteurs d’action politique. Pour cet ouvrage de Rudin, lire le compte rendu de Marlene Shore, Département d’histoire, Université York (Toronto) dans la Revue d’histoire de l’Amérique française.

(4) Bruno Deshaies, « Deux visions de l’action nationale au Québec ».)

(5) Compte rendu par Michel Brunet dans la Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 22, n° 1, 1968, p. 118-119. Cet historien note que le gouvernement canadien nous donne « une image fidèle de la pensée pancanadienne visée ou censurée par Ottawa… (p. 119) » et qu’il « ’est un ouvrage de référence indispensable » (p. 119). Toutefois : « Celui qui y cherchera une analyse réaliste et originale des problèmes fondamentaux de l’union canadienne, problèmes qui ont alimenté nos luttes politiques depuis cent ans et remettent aujourd’hui « en question l’ancien ordre politico-économico-social, sera grandement déçu. (p. 118) »

(6) L’IRAI a pour mandat principal de produire et de diffuser des études portant sur l’autodétermination des peuples et les indépendances nationales. Ces études viseront notamment à analyser rigoureusement toutes les questions économiques, sociales et culturelles relatives à l’indépendance du Québec, dans une perspective comparée et internationale. L’IRAI compte également se pencher sur la situation d’autres peuples ayant entrepris des démarches menant à la création de nouveaux États indépendants.

(7) Voir « La scission de la Tchécoslovaquie en deux États indépendants, la République tchèque et la Slovaquie, prend effet le 1er janvier 1993. » En savoir plus sur cve site : http://www.larosse.fr/encyclopedie/autre-region/Tch%C3%A9coslovaquie/146142

(8) République tchèque. Constitution du 16 décembre 1992 (version de juin 2013). ICI : http://mjp.univ-perp.fr/constit/cz1992.htm#pr Slovaquie. Constitution du 3 septembre 1992 ainsi que les divers amendements. ICI : http://mjp.univ-perp.fr/constit/sk1992.htm

(9) Cours de droit international public. Deuxième Partie. « Les sujets de droit international public ». Titre IV Le peuple en droit international (p. 137-144). http://www.bibliotheque.auf.org/doc_num.php?explnum_id=420 « En fait une analyse in concreto de la situation de domination apparaît indispensable pour caractériser les relations entre la collectivité dans son ensemble et une fraction aspirant à être reconnue comme peuple. (p. 141) »

Commentaires

  • Pierre Demers, 2 juillet 2016 19h19

    Mais on peut faire comme si on était en dehors du Canada 1982, ce qui est pure vérité et il faut que nos dirigeants se décident à le proclamer conjointement. La suite viendra.

    Pierre Demers LISULF 2VII2016

  • Bruno Deshaies, 28 juin 2016 12h01

    Vous allez en avoir plein la vue de nos tiraillements freudiens.

    J’ajoute deux références qui semblent se compléter l’une et l’autre.

    • Jacques Beauchemin, La souveraineté en héritage, Québec, Boréal, 2015.

    • Christian Saint-Germain, L’avenir du bluff québécois. La chute d’un peuple hors de l’histoire, Montréal, Liber, 2015.

    Deux auteurs qui endossent l’approche sociologique pour nous expliquer le CAS des Canadiens-Français. Cette approche sociologique et presque anthropologique(voire même philosophique) porte sur « l’homme québécois » (pour faire court en usant d’une expression épicène). Un discours axé sur l’existence d’un sujet québécois perturbé par une situation qui le dépasse et dont les auteurs tentent d’en expliquer les causes ou l’itinéraire.

    Comme plus d’un auteur trouve dans les sciences humaines à mettre à part l’histoire comme si la vie passée, la vie présente et la vie qui vient ne constituaient pas un continuum. De la Nouvelle-France des grands espaces à notre présence en territoire canadien, la société canadienne d’origine française parquée collectivement dans la vallée du Saint-Laurent a donc connu toute une évolution historique singulière qui la caractérise aujourd’hui. L’être québécois n’est pas qu’individuel, il est aussi un « être » collectif – national. D’où l’importance de la grande histoire. Comme spécialiste des sciences humaines, l’historien doit aussi se préoccuper du temps présent. L’histoire n’est-elle pas, comme connaissance, le rapport entre le Passé (avec un grand P) et le présent de l’historien, comme le pensait le grand historien Henri-Irénée Marrou ?

    Les Québécois-Français ne peuvent échapper à leur Passé. Ils doivent le comprendre pour affronter lucidement le futur. Ils ont besoin d’une explication historique. La vie qui vient, ils ont à la préparer eux-mêmes. Ils doivent se libérer de leur statut de nation annexée pour prendre collectivement le large avec toutes les forces vives de la société québécoise hic et nunc.

    Entrevue récente animée par Mathieu Bock-Côté

    L’audition de cette entrevue m’a incité à la présenter comme un prolongement de cette chronique 450. Je crois que le temps est venu de décanter nos idées afin d’envisager l’indépendance du Québec avec de meilleures idées que des formules éculées.

    • Mathieu Bock-Côté¸ animateur, « L’avenir des idées. » Émission #5 - Sur Youtube. « Jacques Beauchemin et Christian Saint-Germain : L’avenir de la souveraineté. » https://www.youtube.com/watch?v=f5uJ99kva8w

    Résumé

    Les souverainistes ont longtemps cru qu’ils allaient dans le sens de l’histoire, et qu’il suffisait d’être patient pour atteindre l’indépendance du Québec. Un jour viendrait où le destin du Québec s’accomplirait et où son peuple se constituerait en État souverain. Cet optimisme est assez rare, aujourd’hui. Une question hante le mouvement national : et si l’indépendance avait échoué ? Les intellectuels souverainistes multiplient les ouvrages pour comprendre ce qui ressemble de plus en plus à un échec, même s’ils ne parviennent pas à faire leur deuil, ou s’y refusent, tout simplement, car en politique, rien n’est jamais définitif, même si personne ne niera l’existence de tendances lourdes. Parmi ces intellectuels, Jacques Beauchemin et Christian Saint-Germain ont signé, ces derniers-temps, deux livres majeurs. Le premier, dans La souveraineté en héritage (Boréal, 2015), un ouvrage aussi poignant que mélancolique, médite sur le sens de l’inachèvement historique que représente l’avortement du projet d’indépendance. Le second, dans L’avenir du bluff québécois (Liber, 2015) se montre particulièrement incisif à l’endroit des élites souverainistes et du grand récit du Québec moderne qu’ils répètent sans cesse pour masquer aux Québécois la réalité de leur condition. Je les recevrai avec grand bonheur à La vie des idées pour une discussion franche et ouverte sur l’état de la question nationale québécoise. Où en sommes-nous ? Que nous est-il permis d’espérer ? Voilà deux questions, parmi d’autres, que je leur poserai.

    Jacques Beauchemin vs Christian Saint-Germain

    - « L’être collectif » des Québécois est en cause d’après Jacques Beauchmin.

    Dans un essai paru récemment, Jacques Beauchemin s’interroge sur l’indépendance et « l’être collectif » des Québécois » ─ encore cette question d’identité et de psyché collective. Il conclut :

    « Je ne vois rien d’autres à faire, alors que s’achève mon exploration des dédales de notre être collectif que de nous mettre face à nous-mêmes à présent que tout a été dit dans notre histoire et que nous sommes appelés à conclure. »
    (L’indépendance en héritage, Québec, Boréal Express, 2015, p. 147.)

    Chacun sait qu’en histoire il est très difficile d’affirmer catégoriquement « que tout a été dit ». Selon son dire les « franco-québécois » doivent « conclure ». Or, « pour nous mettre en face de nous-mêmes », il va falloir se poser des questions sur lesquelles on tergiverse et, d’autres, que nous ne voulons pas nous poser. Par exemple : Voulons-nous, oui ou non, demeurer dans la fédération canadienne ? Voulons-nous, oui ou non, accepter de porter notre regard sur l’optique indépendantiste qui permet de mieux comprendre les bienfaits de l’indépendance ? Voulons-nous, oui ou non, nous investir dans le provincialiste en ayant l’assurance d’améliorer notre sort collectif dans le respecter d’un fédéralisme réformé ? Voulons-nous, oui ou non, nous satisfaire du statu quo ? Beaucoup d’autres questions encore peuvent être posées. Les réponses dépendront donc des questions posées. Cependant, il est certain que l’élite indépendantiste a des devoirs à faire en vue d’accélérer le changement. La masse ne fera pas le changement sans son aide.
    [Voir Bruno Deshaies, « Les indépendantistes-péquistes. Retour sur l’épisode du « beau risque » en 1984 et ses suites. » Indépendance politique du Québec 432. http://vigile.net/Les-independantistes-pequistes]

    - « Statut ontologique de l’être au monde »

    Et PKP ? Christian Saint-Germain est sans ménagement à son sujet :

    « Panique à bord ! Les chaloupes sont déjà à la mer lorsque se jette le petit reste du nationalisme, vieillissant et chenu, dans les bras d’un marin dont le seul talent connu consiste à s’être trouvé avantagé par dévolution successorale. (p. 43) »
    (Cité par Jacques Dufresne)

    Christian Saint-Germain occulte facilement la Défaite fondamentales des Canadiens en 1760.

    Il tire rapidement la conclusion suivante : « Être colonisé n’est pas un événement dont la source ne serait qu’historique ou pourrait être aisément établie. [...] La Conquête ne suffit pas à en [« d’une déchéance individuelle »] circonscrire la portée véritable. Statut ontologique de l’être au monde subalterne, secondarisé par rapport à sa propre histoire. » Par contre, il écrira ailleurs : « Dans une perspective historique, le combat livré par la plus modeste ursuline de Trois-Rivières pour conserver le français après la Conquête a mieux valu pour la survie du peuple que toute la brigade légère de sans-culotte du Bloc québécois partis chercher pension à Ottawa. (p. 34) »

    Limiter l’histoire au sort des individus risque de sous-estimer l’influence de la société ainsi que de la complexité des rapports humains et sociaux compris dans une dynamique globale entre des forces de nature politique, économique, sociale, culturelle, religieuse, artistique, scientifique, etc.

    O O O

    Références

    • Jacques Dufresne, « Le Trublion de l’indépendance : Christian Saint-Germain. » « Il est contre le parti québécois. Dira-t-on un jour qu’il était aussi tout contre ? » Dans l’Encyclopédie de l’Agora. http://agora.qc.ca/documents/le_trublion_de_lindependance_christian_saint_germain

    • Mathieu Bock-Côté, « Le bluff québécois ? » Dans Journal de Montréal, 27-10-2015. Recension du livre de Christian Saint-Germain, L’avenir du bluff québécois. http://www.journaldemontreal.com/2015/10/27/le-bluff-quebecois

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