«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Oh Canada !

lundi 8 mars 2010

Ce qui a probablement fait le plus couler d’encre, et de salive, dans les chaumières anglo-canadiennes la semaine dernière, ce n’est pas le budget Flaherty, mais une petite phrase de la 21e page du discours du Trône. « Notre gouvernement demandera également au Parlement d’examiner la formulation anglaise neutre de la version originale de l’hymne national. »

Ça a fait les manchettes. Plusieurs quotidiens, en éditorial, ont enjoint au gouvernement Harper de ne pas toucher à l’hymne national. Les conservateurs ont très rapidement découvert que l’idée de modifier le Ô Canada déplaisait tout particulièrement à leur propre base électorale. Et, chose inhabituelle, ils ont reculé. Vendredi, le dossier était officiellement clos.

Au Québec, on n’en a presque pas parlé. Pas par indifférence aux enjeux canadiens. Mais parce que ce débat était incompréhensible pour un francophone. Le mot agaçant que le gouvernement aurait voulu neutraliser se trouve dans la deuxième strophe de l’hymne : « True patriot love in all thy sons command », ce qui se traduit, selon Patrimoine Canada, par « Objet de l’amour patriotique de tous tes fils ». Le mot « fils » est non inclusif.

Le problème, c’est que cette phrase n’existe tout simplement pas en français. Dans la version française, c’est plutôt : « Ton front est ceint de fleurons glorieux ». Les deux versions des deux langues officielles sont totalement différentes. Le Ô Canada français est un poème écrit par Adolphe-Basile Routhier en 1880, sur une musique de Calixa Lavallée. La version anglaise, qui date du début du XXe siècle, n’est pas une traduction, ni même une adaptation. Les deux chants n’ont rien de commun, sinon la mélodie, et les deux premiers mots : Ô et Canada.

En anglais, pas de « terre de nos aïeux », pas de « croix », pas de « bras qui sait porter l’épée », pas de « foi trempée », pas d’histoire qui est une « épopée ». On parle plutôt de « pays du Nord » et de « patrie glorieuse et libre ».

C’est quand même étrange. Le Canada, pays certes bilingue, mais qui a soif d’unité, se retrouve en fait avec deux hymnes nationaux qui ne disent pas la même chose, qui ne célèbrent pas les mêmes valeurs. Comme si les Blancs et les Noirs aux États-Unis avaient chacun leur hymne. En creusant un peu, on ne peut pas s’empêcher de noter que ce pays, où bien des gens se demandent encore s’il faut reconnaître l’existence de la nation québécoise, a reconnu implicitement cette réalité depuis toujours dans une multiplicité de petites choses, y compris dans une manifestation aussi symbolique du patriotisme qu’est l’hymne national.

Cette dualité va plus loin qu’on l’imagine. On le voit bien avec le second couplet du Ô Canada : « Sous l’oeil de Dieu, près du fleuve géant/Le Canadien grandit en espérant/Il est né d’une race fière... » Il est clair qu’il s’agit d’un chant patriotique canadien-français et non pas canadien. Dans les faits, le Ô Canada a été commandé à l’occasion du Congrès national des Canadiens français, et a été entendu la première fois le 24 juin 1880, le soir de la Saint-Jean-Baptiste !

Ce qui distingue les deux hymnes, c’est également le traitement que les deux nations en font. Il y a eu une vingtaine de versions anglaises. La version qui a été retenue pour devenir l’hymne national en 1980 a été retouchée, a fait l’objet d’interminables débats parlementaires et de plein de projets de loi.

La version française, elle, est intacte, avec son style ampoulé et son catholicisme dégoulinant. C’est la voie de la sagesse. Un hymne national est un produit de l’histoire. Toujours pompier et un peu ridicule. Mieux vaut le laisser comme il est, avec ses défauts. Pour éviter d’ajouter au ridicule.


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PQ - XVIe congrès avril 2011

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