«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Deuxième partie

Après s’être isolé pendant cinquante ans, le Québec francophone doit se trouver des alliés

Chronique de Gilles Verrier
dimanche 10 septembre
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Depuis le référendum de 1995, les Québécois francophones n’arrivent plus à retrouver un minimum de cohésion collective. C’est le deuxième référendum qu’ils perdent. Les fervents d’un Québec plus indépendant sont devenus moins enthousiastes.

En dépit de ces échecs, plusieurs fondent de nouveaux espoirs sur un prochain gouvernement qui redonnerait au Québec le panache de la révolution tranquille, un référendum qui redeviendrait pensable, un bon gouvernement, n’importe quoi qui redonnerait du tonus à la cause. Mais est-ce bien réaliste ?

Depuis des années, les Québécois qui vibrent encore à l’idée d’indépendance n’ont rien de substantiel à se mettre sous la dent pour se mobiliser, alors que leur poids démographique et politique dans le Canada et sur le territoire de la province diminue. On se prend de vertige quand on pense que le Québec francophone semble se dissoudre lentement dans le Québec canadian.

Pourtant, l’indépendance a déjà offert des perspectives nettement plus encourageantes. Mais aujourd’hui, les circonstances sont retournées et l’heure est venue de se mettre à la recherche de ce qui ne fonctionne pas dans le récit de la problématique nationale adopté par le Parti québécois et les autres autonomistes. Un récit qui était déjà fixé pour l’essentiel à la fin des années soixante et qui n’a pratiquement pas bougé depuis.

On ne peut plus s’obstiner à « foncer » sur les bases de ce récit national récusé par les événements, un récit qui condamne le Québec à faire cavalier seul, sans rien conquérir, puisqu’en fait nous reculons depuis des décennies. Pour comprendre l’échec d’un projet national fortement marqué par l’optimiste, entièrement rénové à la faveur de la révolution tranquille, l’alibi que « le peuple n’a pas suivi » ne suffit pas. Il faut plutôt retourner en 1967, à ce Québec gonflé de confiance en lui, pour y voir les germes de la reculade. Désormais, la formulation du projet lui-même n’est plus à l’abri d’un second regard.

Les États généraux du Canada français 1967-69

« Le 23 novembre 1967 au matin, 1700 personnes envahissent la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts à Montréal. Ces gens viennent de tous les coins du Canada : plus de 1000 d’entre eux ont été élus dans les 108 circonscriptions électorales du Québec, 425 représentent les communautés francophones du reste du Canada et 175, les organismes les plus divers, des Caisses populaires aux Cercles de fermières en passant pas les associations de Néo-Québécois. », rapporte Christian Rioux dans Le Devoir.

Comment expliquer que tant de gens se déplacent de si loin, pour participer à une activité non gouvernementale de cette importance ?

« Les changements sociaux intervenus depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale (accélération de l’urbanisation, baby-boom, consommation de masse) et surtout les changements politiques comme l’avènement de l’État-providence sous l’égide du gouvernement fédéral, la demande d’une plus grande autonomie pour le Québec et la montée du néonationalisme (sic) rendent pertinente l’organisation d’assises regroupant les principaux responsables de la nation canadienne-française (...).

L’idée d’organiser des États généraux circule dès le début des années 1960. Ainsi, en 1961, les sociétés Saint-Jean-Baptiste de l’Ontario et du Québec organisent une rencontre et lancent l’idée d’une réunion des « corps intermédiaires de la nation ».L’année suivante, la Fédération des sociétés Saint-Jean-Baptiste constitue un comité provisoire chargé de préparer l’événement... »

Christian Rioux rappelle plus précisément le contexte politique du moment. Un rare alignement des astres qui donnait des ailes aux autonomistes québécois de toute nuance :

« À l’offensive sur tous les plans, le Québec était alors en pleine Révolution tranquille. Le nouveau premier ministre Daniel Johnson ne réclamait rien de moins que « l’égalité ou l’indépendance ». Le mouvement indépendantiste québécois et le nationalisme acadien étaient en pleine ascension. Le « Vive le Québec libre ! » du général de Gaulle avait quatre mois à peine. Avec le rapport Laurendeau-Dunton, l’avenir du français devenait une préoccupation majeure. »

En 1997, trente ans après les États généraux du Canada français, 70 personnes provenant presque toutes du Canada hors Québec prenaient part à un colloque pour commémorer l’événement. Le professeur de droit constitutionnel Jacques-Yvan Morin, qui en avait été le président à l’époque « ne s’est même pas rendu à Ottawa : il a fait parvenir son témoignage sur une vidéocassette ». Il avait 67 ans.

Quel contraste fait cette assemblée de têtes grisonnantes avec l’étonnante vitalité du Canada français trente ans plus tôt !

Échec de la position constitutionnelle commune

Ces délégués de tout un peuple marqueront l’histoire du Canada pour les décennies à venir. On n’en soulignera jamais assez l’importance.

On crédite les États généraux d’avoir adopté plusieurs idées nouvelles. Mais ne nous leurrons pas. C’est la définition d’une position constitutionnelle commune du Canada-français qui occupait tous les esprits. Or, cet aspect décisif des délibérations fut un échec. Les délégués repartirent chez eux avec deux orientations très différentes quant à l’avenir national. Christian Rioux, résume :

« Cette démonstration de force (…) sera le lieu, à tout le moins symbolique, de l’éclatement définitif du Canada français. Les États généraux devaient définir l’avenir constitutionnel de la nation, disait dans son discours d’ouverture Rosaire Morin, un leader nationaliste très écouté à l’époque. On jonglait alors avec le « statut particulier », les « États associés » et l’indépendance. 

(…) L’assemblée se divisa lorsque vint le moment de reconnaître le droit à l’autodétermination du Québec, « territoire national et milieu politique fondamental » de la nation canadienne-française. Les Québécois votèrent pour à 98 %, avec 52 % des Acadiens. Les délégués de l’Ontario et de l’Ouest canadien votèrent contre [respectivement à 65 % et 70 %] ou s’abstinrent. Les Québécois affirmaient leur existence en tant que nation. Les francophones hors Québec, qui se percevaient toujours comme Canadiens français, venaient de naître. »

À la fin des assises, les francophones hors Québec « laissent éclater leur ressentiment » et « ...s’abstiennent en majorité de participer aux assises de 1969. Sur les 430 places qui leur sont réservées, seules 125 seront occupées », rappelle Jonathan Laveault.

Les différences

Chez les Canadiens-français, on est fortement imprégné par le sentiment de constituer une minorité vulnérable. On reste sur la prudence et la continuité. Des positions de résistance qui ont fait leur preuve. Mais les choses ont commencé de changer avec le financement des provinces qui remplace les investissements de l’église. Citant le sociologue acadien Joseph-Yvon Thériault, Rioux poursuit : « ...si les francophones hors Québec disent que le Québec les a lâchés, c’est qu’ils ne voient pas que, chez eux aussi, le mouvement vers la provincialisation était amorcé. Dès le début des années 1960, les institutions canadiennes-françaises en quête de financement, comme l’Université d’Ottawa, se tournaient déjà vers leur gouvernement provincial respectif. » On se dira donc de moins en moins Canadien-français pour se définir en revanche, à partir de référents provinciaux tels que Fransaskois, Ontarois, franco-manitobains, Québécois, etc. avec, pour couronner le tout, l’appellation valise de « francophones hors Québec », vidée de toute connotation nationale. Le gouvernement fédéral, qui achète lui aussi l’allégeance des minorités en saupoudrant habilement sur la tête des leaders communautaires d’opportunes et très calculées subventions n’est pas en reste. Il n’est que trop heureux de voir se succéder à sa porte les associations francophones provinciales quémandeuses. L’aide de l’église demandait des prières mais pas de vendre son âme !

Retour en 1967, inversement, bien des Québécois repartent satisfaits de la rupture. Il règne chez eux une telle confiance dans l’avenir que rien ne leur semble impossible. On se définit comme une majorité qui doit prendre toute sa place et on reproche aux autres Canadiens-français de ne pas emboîter le pas. On finira par dire que la langue française n’a aucun avenir hors du Québec. Pour en être sûr on procédera à son enterrement. Le 15 octobre 1968, René Levesque, président du tout nouveau Parti québécois, qualifie les francophones hors-Québec (Nouveau-Brunswick en moins) de "dead ducks", voués à l’assimilation, pendant une entrevue à l’émission "Twenty Million Questions" à la CBC. Bien des années plus tard, en 1990, l’écrivain Yves Beauchemin utilisera l’expression « cadavres encore chauds » pour décrire les minorités francophones hors Québec.

Les ressemblances

Sur ce fond de divergences qui ne font aucun doute, apparaissait soudainement en 1967, deux peuples là où il n’y en avait eu qu’un seul. On se nomme différemment. Mais quel sens faut-il donner à la naissance de ces deux appellations identitaires que l’on commença à utiliser : Québécois et francophones hors-Québec ? Certes, ces appellations nouvelles rendent compte d’une différence de situation objective entre les deux entités francophones, mais s’agit-il vraiment de différences fondamentales ou simplement conjoncturelles ?

En fait, il faut se demander si ces nouvelles appellations, qui s’imposeront, ne représentent pas au cœur même de la rupture, le reflet de la progression des institutions canadiennes de 1867 dans l’esprit des Canadiens-français ? Si nous sommes en présence de deux nouvelles solitudes, pour reprendre une expression bien de chez-nous, ces deux dernières solitudes, n’ont-elles pas encore beaucoup en commun ? D’abord, même si on peut détester le concevoir, ce qu’elles ont en commun c’est d’avoir évolué simultanément mais séparément depuis 1967, dans le cadre restreint de leur provincialisation respective. Ces deux solitudes nous mettent devant deux provincialismes assumés, bien que vécus selon des a-priori socio-psychologiques différents. Ces deux solitudes s’opposent en surface, et on en a fait grand cas, on a même magnifié leurs différences à dessein. Mais elles continuent pourtant d’être objectivement unies par la profondeur de leur destin. La manière dont on se voit dans le Canada, cette approche subjective, change-t-elle à ce point la communauté de destin des descendants des vaincus ? Chose certaine, le délaissement par les Canadiens-français de leur identité politique pan-canadienne correspond à leur segmentation provinciale, au rapetissement de leur stature, ramenée au cadre de leur province de résidence. Le ralliement graduel des Canadiens-français au découpage politique du Canada en provinces « hors sol », tracées à l’équerre, se mesure par le recul de leur réalité géo-historique. Ce réalignement à hauteur de province n’était-il pas la voie royale de la balkanisation du Canada-français, Québec compris ?

Au Canada, les communautés nationales coïncident assez peu avec l’organisation politique. Le découpage politique établi par les Britanniques et leurs descendants semble fait pour ne pas attribuer aux Canadiens-français de territoire continu. La structure des provinces telles que dessinées aboutit à une sorte d’exil intérieur des Canadiens-français par leur mise en minorité. Poursuivait-on, pour les achever, les mêmes buts que la déportation des Acadiens, entamée cent ans plus tôt, avec des moyens différents ?

Et, naturellement, à ce rapetissement au niveau de l’amour de sa province, les Canadiens-français n’y avaient pas consenti. Pour tout dire, ils s’y étaient opposés et y résistaient. Longtemps, les Canadiens-français avaient continué de se considérer comme une réalité socio-historique antérieure au Canada britannique, celui de l’Acte d’Union et de la Confédération. Beaucoup avaient cette fierté de ne rien devoir aux « descendants des vainqueurs » anglais pour ce qui concerne la forme que prenait leur occupation du territoire. Elle s’était établie, notamment dans l’Ouest, avec une proximité remarquable avec les Premières nations. Comme dans le cas de la colonie de la Rivière rouge, écrasée par la violence coloniale qui conduisit à la pendaison de son chef métis canado-américain francophone bilingue et catholique pratiquant qu’était Louis Riel. Honoré Mercier, premier ministre du Québec à l’époque, dira « Riel, notre frère est mort ». Une chose impensable aujourd’hui.

Cette dimension continentale de l’identité canadienne-française, cette épopée dans l’histoire des Amériques, on la doit à l’esprit des découvreurs qui animait les nôtres : La Vérendrye et ses fils, (qui atteignirent les premiers les Rocheuses), Louis Jolliet et le père Marquette (qui decendirent depuis les Grands lacs le Mississipi jusqu’en Louisianne), François La Mothe de Cadillac (fondateur de Détroit), Étienne Brulé (fondateur de Toronto), etc. et à leur proximité inégalée avec les peuples indigènes, sans qui, alliés depuis 1603, la découverte des deux tiers de l’Amérique du Nord par une poignée de Français-néo-français n’aurait jamais pu être possible. Mais on la doit aussi à l’église catholique et son esprit missionnaire qui, par la grâce de Dieu, ne faisait qu’un tout avec celui des découvreurs. Il faut le rappeler, le rapport étroit entre l’église catholique et ses institutions ramifiées (écoles, journaux, hôpitaux, soutien agricole, coopératives, etc.) et la population, entretenait le riche terreau qui gardait dans une essentielle cohésion le peuple canadien-français disséminé aux quatre coins de l’Amérique du Nord. Cette épopée bien réelle, florissante mais constamment réprimée depuis la Conquête britannique, souffrait d’un manque de poids démographique et du si indispensable pouvoir structurant que constitue le pouvoir politique. A-t-on eu tort de voir pour une fois ce pouvoir politique tenter audacieusement d’affirmer sa prépondérance au sein du territoire québécois embourgadé, redéfini par les Anglais comme The Province of Quebec ? Probablement pas. Mais on ne peut rester davantage dans le déni des résultats.

Une querelle politique peut-elle faire mourir un peuple ?

La réponse est oui et non. Les États-Unis ont survécu à la guerre de sécession, l’Allemagne a survécu au mur de Berlin. Les Irlandais parlent anglais mais sont fiers de leur caractère national. Les Canadiens-français peuvent-ils, maintenant que leur rapport avec la foi catholique est fortement modifié, reformer un jour une alliance ? Comme les Juifs et les Kurdes qui restent tissés serrés dans la diaspora malgré des différences considérables au sein de leur communauté ? Les Premières nations, ces autres vaincus, bien que dispersés sur un vaste territoire font preuve de plus en plus de cohésion dans l’expression de leur volonté politique. C’est donc au profit de quelle cause qu’a été prononcé (voire célébré) la mort du Canada-français par des Québécois influents ? Nul besoin d’être devin pour pronostiquer qu’encourager la division de cette façon consiste à rejeter à jamais que se reforment des liens d’utilité politique. Le sentiment de supériorité d’un Québec francophone qui s’est pris pour beaucoup plus puissant qu’il ne l’est est une balloune qui se dégonfle lentement. Désespérés de voir toute relance significative apparaître, le Québec n’a plus d’autre choix que de rechercher le regroupement des forces vives chez les « descendants des vaincus ».

Les Québécois de l’époque des États généraux croyaient marcher au succès de leur émancipation nationale en comptant sur leur propre force. Ce rare sentiment de puissance a justifié la rupture avec un long passé de résistance, une résistance qui se confondait à ce qu’on a longtemps appelé « la survivance », terme que l’on a souvent déprécié en faisant fi du contexte. Mais c’était pourtant cette attitude, exempte de tout jovialisme à bon marché qui leur avait permis de passer au travers. Sourde survivance contre « jovialisme ». Au regard de l’épreuve du temps, à qui reviendrait aujourd’hui la palme de la sagesse ? Quand on songe que la rupture d’avec le Canada-français, dont bien des chefs de file québécois se sont montrés satisfaits, libérés, débarrassés, constituera le seul séparatisme que ces derniers auront parfaitement réussi en cinquante ans !

En guise de bilan provisoire

Si le brave mouvement autonomiste a cru utile de rompre avec le Canada-français pour mieux faire son indépendance territoriale québecoise, cinquante ans plus tard, l’indépendance n’étant toujours pas faite et moins à la portée, conviendrait-il de reprendre le dialogue là où il a été laissé ? Là où il s’est perdu dans les fantasmes et la vanité des représentants d’une « nation québécoise » improvisée ? Qui en fait n’existe que depuis cinquante ans, pur produit de la rupture du Canada français. Lionel Groulx n’a pas écrit l’histoire du Québec mais l’« Histoire du Canada français depuis la découverte ». Maurice Séguin, historien franco-canadien de l’ouest, influent chez les indépendantistes québécois, avait pour but de « faire le récit des relations entre les nationalités canadienne-anglaise et canadienne-française au Canada » (1). Pas de Québécois là-dedans ! Et Me Christian Néron, historien des institutions, ne reprend-t-il pas les termes « descendants des vaincus et des vainqueurs » ? Dans sa Genèse de la société québécoise, Fernand Dumont est obligé de recourir au vaste fonds de notre histoire commune (2). Le repli de la question nationale canadienne sur les contours du territoire québécois a été chanté sur tous les tons pour ses nouvelles vertus de modernisme et de civisme. Le repli provincial des Canadiens-français, pratiqué avec encore plus de conviction au Québec qu’ailleurs, n’aurait-il pas constitué une aubaine pour le Canada-anglais ? Dans la prochaine partie, nous examinerons plus en détail la question nationale au Canada et les perspectives inédites qu’offre une approche enracinée dans l’histoire.

Pour lire la première partie de cette série : http://vigile.quebec/Le-Quebec-isole-dans-un-Canada-qui-83676

Notes :
1. Histoire des deux nationalismes au Canada, 1997, Préface de Bruno Deshaies, p. VI
2. Il écrit : « Au début de la Confédération, 75 000 Canadiens français habitent le Haut-Canada. Il semble que les Pères francophones de la Confédération les oublient ; les deux sociétés n’existent apparemment que dans la province de Québec. En 1865, Hector Langevin déclare : « Le Haut-Canada a une population homogène pratiquant diverses religions. » George-Étienne Cartier pense de même en 1866 : « Le Haut-Canada n’est habité que par une seule race, il en est autrement du Bas-Canada. » (p.210)

Commentaires

  • Gilles Verrier, 14 septembre 18h49

    @ M. Bariteau qui écrit :

    Quand je fais écho à une approche ethno-culturelle, je ne qualifie pas l’ethnie d’antan qui ciblait les « Canadiens français », mais le projet de reconstruction de la culture québécoise que vous envisagez puisque, selon vos avancées, vous entendez le faire en misant sur un rapprochement avec les franco-canadiens hors Québec, ce qui ne peut être qu’une re-conceptualisation ethno-culturelle.

    Vous m’attribuez le projet d’une « reconstruction de la culture québécoise »
    Il faudrait définir ce que vous entendez par là...
    Dans le même paragraphe, vous me prêtez aussi l’intention de vouloir procéder à cette « reconstruction » (?) en misant sur « un rapprochement avec les franco-canadiens hors Québec », sur quoi vous concluez un peu rapidement : « ce qui ne peut être qu’une re-conceptualisation ethno-culturelle ».

    D’abord, le rapprochement que je préconise se place dans le cadre d’une stratégie politique d’alliances, quasiment une obligation politique pour les indépendantistes du Québec. Coaliser les exclus du Canada, dit post-national, pour dégarnir la constitution de sa légitimité.

    Ensuite, concernant vos appréhensions en regard de l’émergence d’une nation ethno-culturelle, je vous rappelle que dès 1967, les Canadiens francophones hors Québec ont voté contre la proposition qui faisait du Québec le « territoire national et milieu politique fondamental » de la nation canadienne-française. Le leadership d’un grand frère québécois a été rejeté. Depuis ce temps, autant les Québecois que les francophones du Canada évoluent séparément, provincialement, une séparation qui a réussie, tout en conservant le français comme langue commune. La plupart ont leur drapeau, leurs récits, leurs fêtes, leurs marqueurs identitaires. Dans ces cas d’identités jalousement revendiquées, en particulier chez les Acadiens, vous pouvez dormir tranquille, aucune nation ethno-culturelle n’est possible selon moi. Et, incidemment, elle n’est désirée par aucun des acteurs.
    Mais si d’aventure les relations allaient au-delà d’un rapprochement stratégique, tant mieux. Et j’estime que dans le cas d’une recomposition du Canada, suite à l’indépendance du Québec ou pour y faire place, ou pour d’autres raisons, les possibilités pèseraient nettement plus lourd en faveur d’une république plurinationale des francophones du Canada, ou formes similaires, que d’une nation ethno-culturelle. Une perspective que vous verrez sûrement du bon oeil.

  • Claude Bariteau, 13 septembre 12h29

    M. Verrier, votre réplique éclaire un peu mieux votre approche, mais pas totalement. Vous dites, en citant Mme Lachance, que les Canadiens français du Québec se sont redéfinis autour d’une identité territoriale, citoyenne, mue par un projet politique d’affirmation, d’autonomie, voire d’indépendance.

    Il y a aussi dans votre réplique un écho au fait que, selon vous, « la culture québécoise (est) une culture fortement mondialisée (américanisée) où les jeunes tatouent sur leur peau les symboles du commerce mondial » qui en fait quelque chose comme « une culture faible, plus en danger d’extinction que de ritualisation excessive ».

    Cette culture, écrivez-vous, découle du fait que « le peuple du Québec est déjà très métissé, n’est pas composé d’une seule ethnie et la culture québécoise n’est pas une culture fixée avec des codes et des rites bien à elle ».

    Quand je fais écho à une approche ethno-culturelle, je ne qualifie pas l’ethnie d’antan qui ciblait les « Canadiens français », mais le projet de reconstruction de la culture québécoise que vous envisagez puisque, selon vos avancées, vous entendez le faire en misant sur un rapprochement avec les franco-canadiens hors Québec, ce qui ne peut être qu’une re-conceptualisation ethno-culturelle.

    Il y a une autre façon de procéder, ce que j’avance dans mon commentaire, qui consiste à mettre de l’avant un projet politique d’indépendance qui s’appuie sur des liens renforcés entre les membres du peuple québécois pour qu’ils défissent le territoire du Québec leur patrie partagée et développent une approche citoyenne menant à l’indépendance, ce qui implique de quitter la quête d’affirmation ou d’autonomie à l’intérieur du Canada.

    Le Québec devenu pays, il ira de soi d’établir des liens avec les ex-Canadiens français du Canada, surtout de ceux établis aux États-Unis où plus de 10,000,000 disent avoir pour ancêtres des Canadiens-Français. Un pays procède sur cette base. Ce que vous me semblez proposer ne va pas dans cette direction, mais plutôt dans une approche visant à valoriser une approche culturelle au Québec au sein du Canada.

  • Gilles Verrier, 13 septembre 10h55

    À Pierre Bouchard :

    La peur et la honte d’être qualifié de Canadien français ou de Canadien français passéiste nous a privé de concevoir et de former au coeur même de la bête des alliances utiles à notre cause. Sans présumer de l’importance que peuvent prendre ces alliances, il faut les souhaiter et non entretenir l’incompréhension et la division comme l’a fait René Lévesque, qui a donné le signal d’ignorer les « dead ducks ». C’est d’abord une attitude politiquement plus mature et réfléchie à cet égard qui devrait prévaloir pour quiconque est le moindrement sérieux quand il est question de libération du Québec.

  • Gilles Verrier, 13 septembre 10h14

    Je réponds brièvement aux commentaires, mes chroniques suivantes reviendront sur ces sujets très intéressants abordés par mes lecteurs.

    M. Gignac :

    Dans votre avant dernier texte, vous exprimiez que le vrai but souhaité par les péquistes ou les souverainistes, c’était un renouvellement de la constitution "canadian". Cet été, par deux fois, Trudeau fils a rejeté cette idée de renouvellement ou de discussions sur ce sujet. Soit que nous continuions à rêver en couleur pour un renouvellement de la constitution du pays des autres ou que nous claquions la porte par l’indépendance du Québec.

    Les PM et les chefs de l’opposition du PQ ont toujours travaillé dans un sens qui ne pouvait qu’aboutir au renouvellement du fédéralisme. Ils ne croyaient pas possible de faire autrement, sauf Jacques Parizeau qui, au moment critique n’était plus appuyé par son propre cabinet, qui l’avait déjà délaissé pour Lucien Bouchard. Tout succès futur du PQ ne pourrait que conduire à des accords avec le Canada qui modifieraient le statut du Québec. Ce n’est qu’en cas d’échec de ces accords que la sécession unilatérale du Québec deviendrait une option. Entre temps, cette option restera très minoritaire.

    M. Bariteau :

    Votre alignement prône la recherche d’alliés francophones hors Québec, ce qui consiste à remodeler la « nation ethno-culturelle » prisée par le chanoine Groulx et, conséquemment, à rejeter le projet de faire un pays du Québec.

    M. Bariteau, depuis plusieurs années vous revenez sur la « nation ethno-culturelle » en l’opposant à la république inclusive. Or, je trouve que cette définition de l’approche conservatrice de l’indépendance du Québec ne correspond pas à la réalité. Le peuple du Québec est déjà très métissé, n’est pas composé d’une seule ethnie et la culture québécoise n’est pas une culture fixée avec des codes et des rites bien à elle. Des groupes de jeunes ne marchent pas dans la rue portant la ceinture fléchée pour entonner des chants patriotiques. J’étais dans une réception familiale en fin de semaine et le disc jokey n’a fait joué que de la musique anglaise et latino et personne ne s’y est opposé. La seule chanson francophone de la soirée est venue quand on a demandé à ma mère, qui a 90 ans, de nous chanter quelque chose. C’est ça la culture québécoise, une culture fortement mondialisée (américanisée) où les jeunes tatouent sur leur peau les symboles du commerce mondial. Une culture faible, plus en danger d’extinction que de ritualisation excessive. Le Québec francophone n’est pas la Prusse du XVIIIè siècle, ni le Japon qui ne reçoit aucun immigrant, ni l’Ukraine de 2017 ou des bandes agressives marchent au pas avec des torches en scandant « Gloire aux héros ».

    Micheline Lachance des IPSO, identifie le nationalisme ethnique comme une identité qui nous a été imposée de l’extérieur : « Les Canadiens français ont longtemps été considérés comme un groupe ethnique par l’État fédéral et dans la littérature anglo-saxonne du continent, mais ils ont remis en question ce statut « attribué », et ceux du Québec se sont redéfinis autour d’une identité territoriale, citoyenne, mue par un projet politique d’affirmation, d’autonomie, voire d’indépendance. »
    Dans ce contexte, redouter un supposé nationalisme ethno culturel chez les Québécois m’apparaît en continuité avec la vision négative propagée « par l’État fédéral et dans la littérature anglo-saxonne du continent. »

    M. Haché :

    Nous seuls ne signifiant pas qu’un gouvernement québécois devraient s’empêcher de regarder par-dessus la Clôture…

    Exactement. Que les Canadiens francophones de partout forment une ou plusieurs nations importe peu pour le moment. Mais comme on voudrait l’appui de la France ou d’autres pays, une stratégie intelligente ne peut faire l’économie d’entamer des dialogues et de jeter des ponts avec tout ce qui au Canada affaiblit les assises de la constitution canadienne. Tous ceux qui ont des griefs envers la constitution canadienne, y compris les Premières nations, devraient se coaliser minimalement pour rédiger, chacun pour soi, leur cahier constitutionnel et pousser le Canada au pied du mur. C’est dans l’intérêt du Québec.

  • Pierre Bouchard, 12 septembre 21h23

    À l’époque où Justin Trudeau proclame l’avènement du Canada État post-national, une alliance entre le peuple Canadien-français et toutes les nations autochtones tomberait à point : il ne faut pas laisser ce dogme antinationaliste entrer dans les esprits.

    Claude Bariteau dit que ce que Gilles Verrier apporte consiste à rejeter le projet de faire un pays du Québec. C’est peut-être une prémisse à toute alliance du peuple canadien-français disséminé partout au Canada, incluant les fédéralistes du Québec mais, en cas d’échec, l’indépendance reste toujours possible. De toute façon, dans le scénario le plus optimiste, on recommencera à parler d’indépendance dans 5 ans seulement.

    Si ces alliances réussissaient, être maitre chez nous pourrait prendre une autre forme, un État réellement confédéré par exemple. L’important est d’être libre de nos décisions (même libre de déléguer à une confédération) et assurer notre pérennité et notre émancipation.

    Si on tente l’exercice de forger des alliances avec tous les francophones d’Amérique, (on parle de plusieurs années, et je ne suis sûr de rien quant aux chances de réussite), au passage, on aura rassemblé le peuple au Québec, Nous (les de souches, les sympatisants, etc.).

    C’est ce que je retiens ici ; juste engager des discussions avec la diaspora canadienne-française, déjà, on brise l’axe entre les indépendantistes et les fédéralistes parmi Nous, le peuple majoritaire de cette province. Ce chantier, s’il était mené sérieusement, pourrait enfin réunir les Québécois. Le rapport de force, l’effectivité. Quand on y pense, ce chantier n’est pas différent de celui de la construction du pays du Québec, c’est plutôt la première étape.

    À la manière des autochtones qui sont écoutés à l’ONU, donner corps à la francophonie nord-américaine et susciter ainsi une certaine fierté de ce que nous sommes, c’est peut-être le meilleur moyen d’engendrer enfin un mouvement positif permanent.

    M. Verrier dit « …le Québec francophone semble se dissoudre lentement dans le Québec canadian », c’est bien ce que je vois aussi. C’est comme ça depuis longtemps mais depuis quelques années, ça accélère et ça fait peur.

    On doit l’admettre, les perspectives sont pas mal sombres. Le PQ ne va nulle part depuis longtemps et, même s’il décline à vue d’œil, il entraine encore trop de militants dans son sillage. Je ne souhaite pas sa mort, il n’est pas impossible que je vote PQ en 2018, mais il se tue lui-même avec son comportement.

    Étant donné l’état lamentable dans lequel nous a entrainé le navire amiral, le PQ, même s’il n’est pas coupable de tout, et comme rien n’apparait à l’horizon (on parle d’un référendum identique aux 2 premiers, en 2022 : toujours plus de la même chose mais pas tout de suite, plus tard !), je comprends malheureusement que les forces d’inertie sont plus grandes que celle du changement et qu’en conséquence, il est impossible de faire l’indépendance tant que le PQ continuera à être l’obstacle qu’il est depuis trop longtemps.

    J’ai espéré brièvement avec Option nationale et JM Aussant, qui avait démisionné du PQ pour les bonnes raisons, mais depuis, j’ai bien compris qu’ON est multiculturaliste, ce que je ne comprends pas. Comment peut-on, au Québec, être indépendantiste et multiculturaliste en même temps ?

    PKP nous a redonné un peu d’espoir mais ça n’a pas duré. Il reviendra peut-être un jour. Si à ce moment-là, avec des alliances, nous avons réussi à rebâtir le nécessaire rapport de force politique, de plus en plus de gens seraient sensibilisés, responsabilisés quant à l’avenir du peuple. Et, à ce moment-là, un PQ redevenu authentiquement indépendantiste aurait des chances de réussir.

  • André Gignac, 12 septembre 09h31

    Monsieur Verrier

    Dans votre avant dernier texte, vous exprimiez que le vrai but souhaité par les péquistes ou les souverainistes, c’était un renouvellement de la constitution "canadian". Cet été, par deux fois, Trudeau fils a rejeté cette idée de renouvellement ou de discussions sur ce sujet. Soit que nous continuions à rêver en couleur pour un renouvellement de la constitution du pays des autres ou que nous claquions la porte par l’indépendance du Québec. À un moment donné, il faut se respecter et se brancher une fois pour toute.

    Mon choix est fait depuis longtemps. Avec tout ce qui se passe présentement au Québec : le déclin du français, l’arrivée massive des migrants à nos frontières ; l’indépendance doit se faire à la prochaine élection en 2018 avec une élection référendaire suivie d’une déclaration unilatérale d’indépendance. C’est la seule solution envisageable ! Regardez ce qui se passe en Catalogne ; les Catalans vont bientôt avoir leur pays avant nous. Le temps joue contre nous et nous devons agir en conséquence.

    INDÉPENDANCE OU ASSIMILATION !

    André Gignac 12/9/17

  • Claude Bariteau, 11 septembre 14h48

    Votre alignement prône la recherche d’alliés francophones hors Québec, ce qui consiste à remodeler la « nation ethno-culturelle » prisée par le chanoine Groulx et, conséquemment, à rejeter le projet de faire un pays du Québec.

    Votre analyse de l’approche britannique de cloisonnement provincial se veut le rétablissement d’une nation inventée par des promoteurs du Canada au Québec alors qu’il faille plutôt décloisonner le mythe des Canadiens-français du Québec porteurs du pays du Québec en cimentant une alliance au Québec entre les promoteurs du pays quelles que soient leurs origines, ce qu’ont fait les Patriotes.

    Un pays naît ainsi. Et une nation ethno-culturelle ce constitue autrement en écho aux ancêtres et aux traditions.

    La nation canadienne-française fut un produit mythifié par des dirigeants britanniques alliés aux élites locales de descendance française. J’imagine que c’est ce que vous entendez faire valoir en concordance avec ce que vous estimez être la question nationale au Canada.

    Si c’est ça, vous contribuerez à renforcer les idées de la CAQ et du PLQ alors qu’il importe de renforcer les liens entre les Québécois et les Québécoises de toutes origines avec un projet de pays qui correspond à leurs visions attentes, ce qui est le seul vrai défi pour décloisonner le pseudo-isolement découlant des débats de 1967.

  • Marcel Haché, 11 septembre 10h47

    « On se prend de vertige quand on pense que le Québec francophone semble se dissoudre lentement dans le Québec canadian » Gilles Verrier

    L’illusion consiste à s’imaginer que c’est la Chine qui a avalé Hong Kong en 1997, lors de la restitution de cette colonie britannique à la Chine, alors que la réalité la plus implacable est que c’est Hong Kong, l’ex-colonie britannique, qui s’est mise à avaler la Chine.

    La « province de Québec » était destinée à « contenir » tout élan d’émancipation pouvant provenir d’un sentiment national. C’est devenu la prison constitutionnelle dorée d’une nation.

    Partout, dans l’Empire britannique, les anglais ont tracé des frontières pouvant desservir les intérêts des peuples conquis puis colonisés, afin de mieux assurer la poursuite de leurs propres intérêts impériaux.

    Il y a encore un Canada qui parle français. Mais le « Canada français » de naguère n’existe plus, et n’existera jamais plus. Le Québec, c’est Nous et Nous seuls. Si Nous n’arrivons pas à constituer un état-nation au Québec, pour Nous seuls,- Nous seuls ne signifiant pas qu’un gouvernement québécois devraient s’empêcher de regarder par-dessus la Clôture…- il y aura encore longtemps un Québec qui pourra lui itou survivre en français, mais le Québec deviendra le Quebec bien plus rapidement qu’on ne le croit.

    Depuis les débuts, soit depuis les années soixante, les indépendantistes ont constamment surévalué l’importance que notre nation attache à la langue française ainsi que l’attachement à son territoire. Eh bien, M. Verrier, lorsque les indépendantistes auront porté un « second regard », comme vous le souhaitez avec raison, ils seront contraints de remarquer que le nationalisme qui a porté Maurice Duplessis si longtemps et avec autant de succès, ce nationalisme n’a jamais porté ni sur le bon parler français non plus que sur les frontières qui Nous avaient été imposées.

    Mais d’ici là, hélas, les péquisteux auront puissamment contribué à « normaliser » une question nationale qui a perdu tous ses repères avec la normalité. C’est que Nous sommes simplement une nation normale, mais mise dans une situation anormale.

    Les mémoires de Georges-Émile Lapalme (« Le vent de l’oubli » et « le paradis du pouvoir ») ont quant à moi toute la sagesse qui a toujours manqué à René Lévesque ainsi qu’à tous ses péquistes, devenus depuis ces péquisteux qui sévissent. On jase.

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