«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Patriote de l’année 2008

Nous ferons l’indépendance parce que nous en sommes capables

Je vois le pays dans leurs yeux qui brillent quand on leur parle de liberté.

mardi 11 novembre 2008

Monsieur le président,
Mesdames et messieurs les membres du Conseil général,
Chers amis,

Comment vous dire ma joie, comment vous dire l’émotion que me procure la reconnaissance qui m’est aujourd’hui accordée ? Il me semble avoir fait si peu au regard de ce qu’il nous reste à accomplir. Et je dois tant à la persévérance de tous ceux et celles qui, avant moi, ont reçu cet hommage.

Je ne serais certainement pas ici aujourd’hui si je n’avais pas d’abord pu bénéficier de l’immense héritage de tous ceux et celles qui ont fait la cordée, d’une génération à l’autre, pour faire de l’Action nationale ce qu’elle est devenue. Voilà bientôt presque cent ans qu’en ses pages se déploie une très tenace, une très ancienne espérance.

Comment s’opère le mystère de durer ? Comment se tisse la trame d’une détermination si essentielle à tout ce qui fait l’histoire d’un peuple ? Dans la solidarité sans cesse renouvelée, aurait très certainement répondu mon prédécesseur à qui je dois tant.

« Les petits ruisseaux font les grandes rivières » répétait souvent Rosaire Morin pour nous rappeler à tous qu’il n’y a jamais de geste trop petit pour servir l’œuvre commune. Je voudrais rappeler ici que je lui dois beaucoup, que le Québec lui doit beaucoup et que ce qu’il a fait se prolonge dans des héritages dont nous ne soupçonnons peut-être pas encore toute la puissance d’émancipation.

Il l’a dit et répété des millions de fois : le pays est à portée de mains, il n’en tient qu’à nous de libérer toute l’énergie retenue par tant de doutes, sabotée par tant d’échecs. Les défaites ont fait la trame de notre histoire, c’est vrai. Mais jamais nous n’avons renoncé à poser sur cette trame une espérance qui nous a rendus capables de grandes choses. Nous avons tissé notre destin dans une adversité constante, certes, mais avec un talent exceptionnel pour déjouer toutes les raisons de céder au fatalisme. Nous sommes faits pour ruser avec l’impossible.

C’est ma conviction profonde, nous ne sommes jamais si créatifs que lorsque les voies de la facilité nous sont interdites. C’est dur et exigeant. C’est inconfortable, souvent affligeant, mais c’est notre lot. Cela nous joue de très mauvais tours. Cela nous a rendus vulnérables à des formes très pernicieuses d’autodénigrement. Nous avons une déplorable accoutumance au mépris. Cela brouille le regard que nous portons sur nous-mêmes. Et cela nous empêche trop souvent de jouer nos atouts. Nous avons une propension au défaitisme avec laquelle nous savons mal composer.

Pourtant, nous avons partout sous les yeux, dans nos milieux, dans nos régions, dans nos quartiers, partout nous avons les preuves éclatantes que nous sommes capables. Et nous avons toujours et encore du mal à nous en convaincre nous-mêmes. Mais cela ne durera qu’un temps, j’en suis certain. Nous viendrons à bout de ce qui nous entrave. Et nous en viendrons à bout par le travail de la pensée, par la puissance des œuvres créatrices, par le patient questionnement du monde avec lequel nous finirons bien par nous raccorder.

Ce n’est pas vrai que nous aurons trimé pendant quatre siècles pour nous dissoudre dans l’impuissance. Nous souffrons de la faiblesse des velléitaires qui nous gouvernent ou qui aspirent à le faire. Nous en souffrons aujourd’hui comme hier. Parce que nous vivons encore sous l’empire d’une douleur aussi ancienne que notre souffle et qui nous effraie. Nous n’avons pas encore appris à transformer nos capacités de résistance en puissance de riposte. Et pourtant cela s’apprend. Tous les peuples doivent l’apprendre.

Nous le faisons à notre rythme en avançant dans les fardoches de l’histoire, comme dirait Gaston Miron. C’est laborieux mais pour faire son chemin, il faut d’abord avoir l’idée de chemin. Pour tracer sa voie, il faut savoir lire les cartes, apprendre les paysages, trouver les raccourcis, éviter les marécages. Pour se faire un itinéraire, il faut avoir les idées claires. C’est à cela que s’emploie L’Action nationale, c’est un patient travail d’abnégation et j’en remercie tous nos collaborateurs, tous nos lecteurs.

L’honneur qui m’est fait aujourd’hui, je l’accueille non pas tant pour mesurer le chemin parcouru que pour renouveler l’engagement à ne reculer devant aucun effort pour ouvrir les voies de l’avenir, pour raccorder le labeur et l’espoir.

« Nous savons que nous ne sommes pas seuls » a écrit Michèle Lalonde dans l’un des plus grands appels au dépassement jamais lancé dans notre littérature. Nous sommes nombreux, ici même en nos frontières réelles ou imaginaires comme ils sont nombreux partout dans le monde ceux-là qui aspirent à la noble condition de peuple libre.

La souveraineté n’est pas dépassée comme nous le répètent les apôtres de la soumission. Des pays, comme dit Jacques Parizeau, il se trouve qu’il y en a de plus en plus, pas de moins en moins.

L’indépendance n’est pas aussi lointaine que voudraient nous le faire croire ceux-là qui en repoussent les exigences. Elle est toujours à l’ordre du jour. Surtout quand les campagnes électorales se conduisent pour nous distraire de l’essentiel.

Et l’essentiel, c’est que le Québec n’a plus même les moyens de gérer l’enclos où le Canada le tient enfermé. Cela fait tourner les moulins politiciens, mais tôt ou tard, les vrais choix politiques s’imposeront car on ne peut éternellement tourner le dos au réel. La gouverne provinciale condamne à gérer les problèmes, elle interdit la mise en œuvre de véritables solutions structurantes. Elle nous condamne au bricolage et nous force à piétiner nos propres espérances.

Car, voyez-vous, il n’y a pas d’à peu près en ces matières, un peuple se gouverne lui-même ou il se contente de ce qu’on lui laisse. Et le Canada ne nous laissera jamais rien d’autre que les moyens d’une existence anémique, conduite selon des priorités et des finalités qu’il nous impose. Cela nous laisse la lamentation perpétuelle comme horizon, le quémandage comme projet de société. Et les « sorry I don’t speak french » pour empoisonner Montréal.

Si voulons continuer à vivre en français ici, dans le pays que nous avons façonné, si nous voulons continuer d’y vivre dans l’expression du génie propre que nous y avons cultivé, nous n’avons pas d’autre choix que de faire l’indépendance. Et nous la ferons.

Nous la ferons le jour où nous serons disposés à vivre sous le signe de l’intransigeance que nous dictent les plus grandes œuvres de notre culture. Les fulgurances de Riopel, les fabuleuses chouennes de Pierre Perrault, l’absolue pureté de la langue d’Anne Hébert ou les élans tragiques de la musique d’André Mathieu n’ont pas atteint l’universel en pactisant avec la médiocrité.

Nous ferons l’indépendance parce que nous en sommes capables. Nous la ferons en redisant haut et fort notre confiance inébranlable dans la capacité du peuple du Saint-Laurent de se tenir droit dans ses lumières et fier de les porter aux autres nations du monde.

Nous la ferons, j’en suis certain, parce que je vois, où que j’aille, du Témiscamingue à la Gaspésie, de Rochebeaucourt à Tadoussac, de Pointe-Aux-Trembles à Mistassini, je vois le pays dans les regards des hommes et des femmes de grande vaillance. Je vois le pays dans leurs yeux qui brillent quand on leur parle de liberté.

Robert Laplante
Allocution à l’occasion de sa nomination au titre de Patriote de l’année
9 novembre 2008

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