«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

L’école ne doit pas être un laboratoire social

« Mixité sociale » à l’école : un dangereux gadget terranovien

Sans un cadre républicain solide, c’est une utopie

mercredi 1er février

Un projet de délibération concernant une modification de la sectorisation des collèges sur plusieurs arrondissements (XVIIIe et XIXe) sera soumis au vote lors du Conseil de Paris qui a débuté hier et se finira demain. Il s’agirait de faire correspondre au mieux les capacités d’accueil des établissements avec le potentiel d’élèves résidant dans chaque secteur et de les adapter aux évolutions démographiques. Mais surtout, de « renforcer la mixité sociale ».

« Paris est l’académie où la ségrégation sociale est la plus forte de France », explique Alexandra Cordebard, adjointe au maire chargée des Affaires scolaires. La Ville a donc profité d’une proposition de l’académie concernant des « secteurs multi-collèges » pour engager cette nouvelle sectorisation qui vise à renforcer « l’attractivité » de certains collèges. Comme on dit dans ces cas là, la décision ne fait pas l’unanimité, notamment parmi certains parents d’élèves. L’imposition autoritaire de la mixité sociale risque de créer beaucoup d’effets pervers. En tant qu’enseignant et parent, je voudrais donner mon avis.

Qui protégera les bons élèves ?

La mixité ne peut se concevoir comme horizon que dans un cadre républicain très fort au sein d’une école réinstituée qui prônerait le travail, le mérite et la transmission et sanctionnerait sans états d’âmes les fauteurs de troubles.

Dans le cadre d’une société veule et individualiste, livrée à la marchandisation, à la perte des valeurs et des repères, à la lâcheté et à l’absence de vertu citoyenne de beaucoup d’adultes d’encadrement et d’autorité ; dans le cadre d’une école livrée à un pédagogisme mortifère et nihiliste qui l’aspire par le bas (toujours plus bas !) la mixité est un gadget sociétal « terranovien » qui produira encore plus de chaos pour le plus grand bonheur des contempteurs de l’Institution scolaire et du secteur marchand qui attend tranquillement sa ruine complète.

Au lieu de se livrer à des magouilles gestionnaires, sous couleur de « mixité sociale » à marches forcées, les pouvoirs publics feraient mieux de restaurer partout l’autorité et l’instruction. Je ne jetterai sûrement pas la pierre aux parents qui n’ont pas envie qu’on tartine uniformément sur plusieurs collèges, la gangrène de la violence et du laxisme et que leurs enfants en fassent les frais.

La République doit commencer par garantir la paix et la sécurité partout avant de promouvoir artificiellement la mixité. Supposons que j’aie une petite fille en classe de sixième, mignonne et fragile, qui lit beaucoup et présente toutes les tares de l’immonde bourgeoisie : finesse, délicatesse, sensibilité, goût pour l’étude. Souffrez que je ne veuille pas que du jour au lendemain elle devienne une proie facile pour des petits caïds à qui des adultes (qui sont des bobos bisounours ou des lâches pratiquant le ponce-pilatisme à temps plein : je pense notamment à des principaux de collèges) laissent le champ libre. Qu’elle puisse faire l’objet de rackets, de pressions, de menaces, côtoyer des dealers me rendrait malade. Qu’elle puisse subir l’incurie d’adultes démissionnaires et sycophantes me hérisserait.

Leur « vivre-ensemble » suppose une République implacable

Il faut rétablir la sanction. Dans une société où un groupe d’élèves de ZEP un peu sauvageons qui violent une éducatrice peuvent se voir infliger en punition quelques heures de Travaux d’intérêt collectif (TIC) et un stage de canoë kayak dans les gorges du Verdon, il est permis de s’interroger sur la capacité du gauchisme éducatif à remettre sur les rails une école juste et exigeante. On voit, et c’est cela qui devrait attirer l’attention des réformateurs « progressistes » de plus en plus d’élèves de lycées professionnels (souvent d’origine modeste) qui réclament à cor et à cris des sanctions… et de pouvoir travailler. Pourquoi ne commence t-on pas par résoudre ce type de problème ? Les pédagogistes à la petite semaine préfèrent toujours venir en aide aux racailles, c’est leur fond de commerce. Ils n’aiment pas les élèves méritants et scolaires des milieux modestes qui veulent étudier.

Extrait du film Entre les murs de François Bégaudeau

Le « vivre-ensemble » (slogan au mieux niaiseux) suppose d’abord une République implacable, qui sanctionne toutes les voies de fait, tous les rapports de force au lieu de verser dans la culture de l’excuse sociale et de s’accommoder du Far-West dans les établissements. Le fascisme, c’est la loi du plus fort. On ne rend service à ceux qui sont des caïds, aux fauteurs de troubles, qu’en leur opposant le principe d’une loi inflexible, valable pour tous et qui ne souffre pas d’exception.

Pas d’excuse. Le travail à l’école, c’est sacré. La mixité, horizon utopique et qui comme toutes les utopies peut emporter des désastres, n’est concevable que dans une école où toute démagogie serait éradiquée. Ce n’est pas demain la veille.

Je crois que je préfère récupérer ma fille entière et faire de la peine aux utopistes des beaux quartiers qui font subir aux autres ce qu’eux mêmes ne voudraient en aucune façon pour leurs enfants probablement planqués dans du privé hors de prix.

Fourrier de la privatisation, le laxisme généralisé et le renoncement à instruire du gauchisme utopique aura de toute façon préparé une « ségrégation » bien pire que toutes celles qu’on nous enjoint de faire cesser : les pauvres et les classes moyennes seront dans le public parqués à moindre coût et les nantis iront dans des « high-schools » feutrées où l’entre soi aura de beaux jours devant lui. Pendant qu’on apprendra aux uns à « vivre ensemble » à coups d’EPI (enseignement pratique interdisciplinaire, la fumisterie à la mode) les autres feront du latin, des mathématiques et étudieront les grands textes.


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