«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Cependant, l’entente permettait de venir réparer l’erreur du gouvernement Charest, qui avait privatisé la ressource

ANTICOSTI

Mes collègues ont renié leur parole et leurs convictions

Martine Ouellet explique pourquoi elle s’est abstenue de voter en février pour les trois forages

mercredi 28 septembre 2016

C’est en septembre 2011 que l’enjeu d’Anticosti est devenu majeur, alors que Le Devoir publiait un article avec un titre qui fit l’effet d’une bombe : « 40 milliards de barils de pétrole à Anticosti ». Le texte parlait des données préliminaires obtenues par Junex et Pétrolia, et il soulignait que si la ressource se confirmait, cela pourrait équivaloir à des dizaines, voire des centaines de milliards de dollars. Il n’en fallait pas plus pour que les actions des deux jeunes compagnies s’envolent.

Mais il y avait un os : les permis détenus par ces jeunes pousses avaient été cédés par le gouvernement Charest via une entente secrète avec Hydro-Québec. Jean Charest fut accusé d’avoir commis le « vol du siècle » en privatisant l’île pour une bouchée de pain.

Juste avant sa défaite électorale de 2012, le PLQ avait mis en place un comité pour préparer l’exploitation du pétrole d’Anticosti. Au début de l’automne 2013, je rendais publique l’entente secrète sur Anticosti. Ensuite, le Parti québécois annonçait en février 2014 une entente : le gouvernement reprenait ses droits sur Anticosti et dans l’éventualité d’une exploitation du pétrole, la part la plus importante des profits reviendrait à l’État.

Dès le départ, j’ai émis des réserves sur Anticosti à titre de ministre des Ressources naturelles, je l’ai dit publiquement : « Il est loin d’être certain que le jeu en vaille la chandelle. » Il était loin d’être certain que le potentiel pétrolier allait s’avérer exploitable, le tout dans le respect de l’environnement. Cependant, l’entente permettait de venir réparer l’erreur du gouvernement Charest, qui avait privatisé la ressource.

Quand mes collègues, les anciens ministres Alexandre Cloutier et Jean-François Lisée (par l’entremise de Serge Ménard) m’ont accusée récemment d’avoir signé le contrat, ils ont fait preuve de mauvaise foi, car cette entente n’équivalait pas automatiquement aux trois forages par fracturation pour l’exploration. Avant la fracturation, le ministère de l’Environnement doit délivrer un certificat d’autorisation, le ministère des Ressources naturelles un certificat de complétion des puits, et je travaillais activement pour qu’il y ait un BAPE. Bien des poignées pour éviter la fracturation si les études démontraient que le jeu n’en valait pas la chandelle.

Avec ma première ministre Pauline Marois, nous avons bien travaillé ensemble plusieurs projets de développement économique, mais là où nous avons eu divergence de vision, c’était sur le moment de faire le BAPE sur Anticosti. Il est de notoriété publique que je voulais un BAPE avant l’exploration alors qu’elle et son entourage voulaient qu’il soit après. Même si le contrat était signé, rien n’empêchait le gouvernement Marois d’annoncer par la suite un BAPE avant les trois forages par fracturation.

À l’époque, ma lecture de la situation était que Mme Marois était habituée au processus pour les projets miniers : exploration, ensuite un BAPE puis finalement exploitation. Or, avec mon expérience dans le dossier des gaz de schiste (j’ai participé entre autres à la mission québécoise en Pennsylvanie), je savais que contrairement aux mines, l’environnement est grandement affecté lors de l’exploration pour les projets d’hydrocarbures non conventionnels.

Avec mon équipe au ministère des Ressources naturelles, j’étais en train de monter un dossier et nous étions certains d’être en mesure de convaincre la première ministre et le Conseil des ministres de tenir un BAPE avant les trois fracturations. La défaite électorale ne nous a pas permis de mener à bout ce dossier.

Un des problèmes que nous avions au ministère des Ressources naturelles, c’était le manque d’expertise. Nous n’avions pas d’estimation sur les coûts de production pour des gisements similaires ailleurs dans le monde ou d’analyse d’impact environnemental. C’est pourquoi il était important de faire un BAPE avant d’aller de l’avant afin d’avoir toute l’information tant environnementale qu’économique.

Depuis, plusieurs études ont été publiées sur le dossier en automne dernier via l’Étude environnementale stratégique. À partir de ces chiffres, l’ingénieur-géologue Marc Durand a estimé que le coût de production d’un baril serait d’environ 190 $… alors que le prix de vente actuel oscille autour de 45 $. Aussi bien dire qu’à partir de l’automne dernier, le projet était mort-né.

Ne vous demandez pas pourquoi Philippe Couillard, qui était pour le pétrole d’Anticosti à l’élection de 2014, a fait volte-face à partir de la COP21 : il venait d’apprendre qu’il n’y avait pas d’exploitation rentable sur l’île dans un avenir prévisible. Au lieu d’être honnête avec les Québécois, il a préféré faire de la petite politique sur le dos du Parti québécois et il a tenté de nous faire croire qu’il devait respecter le contrat contre son gré.

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