«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Une nouvelle offensive souverainiste

Martine à Ottawa !

Martine Ouellet fait les manchettes parce qu’elle veut devenir chef du Bloc québécois, un parti fédéral, tout en demeurant députée à l’Assemblée nationale. On veut l’obliger à choisir Ottawa ou Québec, alors qu’elle veut embrasser les deux fonctions pour un temps.

Mais cette querelle masque une nouvelle plus importante : en prenant la direction du Bloc, Ouellet pourrait redynamiser un parti agonisant.

Non pas que le Bloc pourrait retrouver la puissance de ses belles années. Mais il pourrait retrouver sa pertinence dans un contexte très difficile pour les souverainistes.

Ottawa

Un peu d’histoire. Le Bloc québécois est né dans une conjoncture bien particulière, au début des années 1990, quand le Canada était en crise constitutionnelle.

Après la trahison constitutionnelle de Pierre Elliott Trudeau en 1982, les Québécois avaient divorcé du Parti libéral.

Après l’échec de l’Accord du lac Meech, les Québécois ont congédié les conservateurs. Ils n’avaient pas été à la hauteur de leurs promesses.

Mais la rupture était plus profonde. C’est avec le Canada que les Québécois s’apprêtaient à divorcer. Ils ne voulaient plus faire semblant de se sentir représentés par des partis pancanadiens.

En 1993, ils ont voté massivement pour le Bloc québécois de Lucien Bouchard. Il fallait que les souverainistes occupent tout l’espace politique disponible.

L’échec du référendum de 1995 a compliqué la tâche du Bloc. À quoi pouvait-il servir sans référendum à l’horizon ?

Avec Gilles Duceppe, il s’est trouvé une nouvelle mission : il défendrait les intérêts du Québec à Ottawa. Pendant plus de 15 ans, il a joué ce rôle.

Mais dans ses profondeurs, la société québécoise se lassait de la question nationale. Elle se faisait canadianiser mentalement. À force de rester dans le Canada, on finit par penser au moins un peu en Canadiens.

On connaît la suite. En 2011, il s’est effondré. Que faire alors de ce parti qui semblait condamné à mort ?

La réponse : un véhicule du souverainisme le plus ardent.

C’était l’aventure de Mario Beaulieu. Il ne manquait pas de mérites, mais c’était davantage un militant qu’un chef de parti. À la dernière minute, avant les élections fédérales de 2015, Gilles Duceppe a repris la direction du Bloc.

Sans succès, hélas. Il faut dire que la tâche était impossible. Il s’est bien battu. Et le Bloc, aujourd’hui, a une députation honorable.

Contexte

Mais il y a un nouveau contexte.

À Québec, on sait que Jean-François Lisée devra mettre la pédale douce sur l’indépendance pour un temps. Le PQ veut se faire élire non pas grâce à sa raison d’être, mais malgré elle. Il n’a pas le choix.

Les militants ne savent plus quoi faire. Martine Ouellet pourrait leur redonner de la vigueur.

Sans être la figure la plus charismatique de la classe politique, elle a la poigne d’un chef et des convictions ardentes.

Avec le Bloc, elle trouverait une tribune accordée à son caractère et ses ambitions. Et elle pourrait commander une nouvelle offensive souverainiste.

 


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