«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Une absence qui va se faire regretter

Marion et le FN, c’est fini

vendredi 19 mai

Comme il eut été passionnant ce débat qui n’a pas eu lieu entre Marion Maréchal et Emmanuel Macron.

Il nous faudra peut-être attendre jusqu’en 2022 ou 2027 pour assister à cet échange d’une très haute tenue politique et littéraire, puisque Marion s’est postée en « observatrice » des évènements.

Je recommande de lire absolument son témoignage dans le présent Valeurs Actuelles (qui n’a jamais aussi bien mérité son titre) dont voici quelques extraits choisis :

J’ai grandi à l’ombre de la notoriété de mon grand-père, de mon père et, plus tard, de ma tante. J’ai toujours été « la petite fille de… »

[…]

Je n’ai parlé que lorsque j’avais quelque chose à dire afin de ne pas être uniquement dans le slogan médiatique mais dans une vraie construction politique.

[…]

En politique, on perd les amis capables de nous critiquer. Il y a un phénomène de cour qui s’installe, d’autant plus quand il y a des jeux de pouvoir dans les partis. Surtout quand on a face à soi des gens qui passent leur temps à essayer de diviser, politiquement et humainement.

[…]

A 27 ans, j’ai eu peur de devenir comme certains responsables politiques, des moulins à slogans et ne servir que des éléments de langage.

[…]

Mon jeune âge a été immédiatement un handicap en termes de crédibilité. Ma jeunesse a été davantage un handicap que ma féminité.

[…]

J’ai toujours refusé de jouer les victimes. À une certaine époque, les gens s’enorgueillissaient d’être des héros, aujourd’hui ils se félicitent d’être des victimes. Je trouve délétère cette victimisation permanente eu égard à son sexe, à son handicap, à ses origines. Je le dis franchement : ma féminité a été un atout. J’ai toujours trouvé paradoxal que les femmes, surtout à gauche, s’enferment dans cet élan victimaire pour se justifier.

[…]

Je pense que la stratégie victorieuse réside dans l’alliance de la bourgeoisie conservatrice et des classes populaires. Je crois que la droite traditionnelle et les classes populaires ont un avenir commun, c’est celui de leur l’identité. L’identité, c’est ce qui donne le sentiment d’être un même peuple, en dépit des lieux de vie différents, des modes de vies différentes. L’enjeu essentiel de civilisation, à mon sens, est de savoir comment conserver, protéger, transmettre et vivifier le courant social de notre identité.

C’est là qu’intervient la question de l’école, de la transmission, de la culture, de nos traditions, de notre patrimoine, d’un certain mode de vie.

Si on s’attache à la transmission et à la vivification de la France, nation littéraire, nation philosophique, nation historique, alors on peut défendre ce courant social et sauver le pays des fractures qui l’attendent.

[…]

La question identitaire permet de transmettre les clivages avec des symboles, la Marseillaise, la devise, notre patrimoine républicain et une dimension charnelle, notre terre, notre terroir, notre gastronomie, la pierre locale avec laquelle on construit sa maison.

[…]

Quand une partie de la France défend le mariage et la filiation, elle défend une partie de l’identité française avec une certaine idée des rapports humains basée sur le bien commun et l’intérêt des plus faibles, plutôt que sur la jouissance et l’envie de l’individu dans une liberté sans limite.

[…]

C’est un constat identitaire des classes populaires axé sur les questions liées à l’immigration et au multiculturalisme. Les moteurs de vote sont essentiellement spirituels, culturels et identitaires. Les masses ne bougent plus autour de l’économie mais autour du conservatisme, que ce soit l’identité, le mode de vie, le patrimoine, les entreprises et le modèle économique à défendre en régulant la mondialisation.

[…]

Je défends la conservation de ce qui est beau et juste dans notre histoire. Les leçons de nos expériences passées et une certaine vision de l’homme, de sa dignité, du refus de sa marchandisation et cela est partagée par une majorité de Français.

[…]

Le clivage droite/gauche continue d’exister mais il est inexact dans la structuration actuelle des partis. Pour être plus exacte, je dirais que les deux grands partis, Les Républicains et le PS, se retrouvent dans un bloc centre droit, centre gauche, en accord sur tous les sujets fondamentaux.

[…]

L’union patriotique, que j’appelle de tous mes vœux, n’a pas de sens avec les partis actuels. Je ne vois pas comment le FN pourrait s’allier avec Les Républicains au regard de la façon dont ils gouvernent et le logiciel qui est le leur.

Ce qui reste possible, c’est l’union des hommes de la droite conservatrice, comme Nicolas Dupont-Aignan, Philippe de Villiers et même des personnalités comme Henri Guaino, Jacques Myard, Pierre Lellouche, Alain Marsaud, Eric Ciotti ou Laurent Wauquiez. Ce dernier est-il sincère ? Est-il capable de mettre en place des alliances intéressantes ? Seul l’avenir le dira. Il fait partie de ceux dont les déclarations laissent penser qu’on aurait des choses à se dire et à faire ensemble. Le poids du FN force aujourd’hui à se repositionner.

Tout sera peut-être différent dans dix ans. La génération qui vient à mis un bulletin de vote FN dans l’urne, elle est complètement décomplexée.

[…]

Philippe de Villiers mène un combat culturel, Eric Zemmour un combat journalistique et Patrick Buisson un combat idéologique. Chacun à sa manière fait bouger les lignes et il en surgit une droite intellectuelle, mais ils sont bien peu nombreux.

[…]

Je suis à la confluence de la droite légitimiste et de la droite Bonapartiste mais j’appartiens surtout à la droite « Buisson », très marquée par son livre « La cause du peuple* » où ont été exprimées d’une manière claire les fondements de cette droite nationale, identitaire et social qui est la mienne.

[…]

Je crois que nous sommes confrontés aujourd’hui à une élite d’émigrés spirituels, au sens où, spirituellement, ceux qui nous dirigent ne sont plus nos compatriotes. Leur vie est à l’échelle mondiale, ils passent leur temps dans les business class entre New York, Doha et Singapour ; la France est étriquée à leurs yeux, ils ne raisonnent plus à l’échelle nationale. Leur cynisme est d’autant plus fort que ces gens se sont évertués à briser les frontières des Français pour fabriquer de nouvelles frontières à leur profit grâce à l’argent.

Ils ont, eux, des frontières géographiques, vivent dans les meilleurs quartiers en se préservant des problèmes liés à l’immigration et aux tensions culturelles qu’ils imposent aux Français.
Ils ont, eux, des frontières sociales, se cooptent aux meilleurs postes, alors qu’il n’y a jamais eu aussi peu de fils d’ouvriers dans les grandes écoles.
Ils ont, eux, des frontières scolaires, mettent leurs enfants dans les écoles privées quand les enfants des Français doivent subir les lamentables programmes et méthodes qu’ils ont mis en place.
Et je trouve cela profondément injuste. En face, les patriotes sont tout simplement les partisans de l’enracinement, ce qui n’empêche pas d’être lucide sur les défis de la mondialisation.

Macron en est une belle incarnation.

À ses yeux, la France est une start-up multiculturelle, un business, qui doit être le plus rentable possible. S’il faut faire rentrer un million d’immigrés dans le pays parce que c’est rentable, quelles que soient les conséquences sociales, il le fera. Pour lui, la France est un territoire, pas une patrie ; c’est une population, pas un peuple ; ce sont des individus, pas des personnes.

Macron accomplit Mai 68. Avec lui, c’est l’idéologie du progrès, le culte du renouveau, qui implique nécessairement de faire table rase du passé. C’est l’idée soixante-huitarde selon laquelle l’homme ne peut s’émanciper que s’il se délie de tout héritage, de toute autorité, de tout cadre culturel. Je pense que c’est une erreur fondamentale.

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Macron considère que la société apaisée qui fonctionne est celle dans laquelle les liens sociaux sont uniquement régis par les liens économiques, les liens égoïstes, le contrat. L’État est réduit au minimum, c’est le libéralisme intégral, une idéologie née à gauche, où l’individu prime sur toute autre considération. Macron ne voulait d’ailleurs pas avoir de programme, mais proposait un « contrat avec la nation ». Cela a des conséquences politiques très claires : quand vous avez une distension brutale du lien social, avec le terrorisme par exemple, que répond M. Macron ? Qu’il faut deux points de PIB en plus, qu’il faut réduire le chômage et investir dans les banlieues françaises. Il apporte une réponse strictement économique, alors qu’en fait, cette distension du lien social ne relève pas principalement de l’économie, mais du domaine moral et culturel. Ces gens-là n’arriveront pas à répondre à ces défis, ils sont à côté de la plaque, ils sont dans la négation anthropologique. Ce qui fait un peuple, ce n’est pas le contrat, c’est la pure gratuité.

Cette vision de la société me fait peur

Moi, je ne trouve pas plus humain de mettre en place un modèle économique qui fait fabriquer nos produits par des esclaves à l’autre bout du monde, d’avoir un Whirlpool en Pologne plutôt qu’en France, de créer des mouvements de population qui rendent tout le monde malheureux et génèrent des situations tendues et conflictuelles, que les droits de l’enfant d’avoir un référent père et mère soient niés, que les femmes louent leur ventre et vendent leur bébé. Cette vision de la société me fait peur.

C’est ma génération qui va payer les fractures territoriale et sociale ; qui va subir à grande échelle les cassures entraînées par le multiculturalisme ; qui va devoir combattre le fléau de l’islam politique et radical qui gangrène les banlieues ; qui va encore probablement connaître des dizaines de morts lors d’attentats ; qui va subir la casse sociale, le chômage de masse ; qui va payer les abus de la génération 68, qui a joué la cigale tout l’été et nous laisse des déficits incommensurables, des privilèges de classe intenables et irréformables…

C’est ma génération qui va devoir se retrousser les manches et relever ces défis immenses.

J’appartiens peut-être à une génération un peu dure, mais la vie est dure. Le chômage nous touche particulièrement, les jeunes sont les plus confrontés à l’insécurité du quotidien, à la cohabitation multiculturelle, aux difficultés de logement. Ma génération est désenchantée, elle sait que les lendemains ne chanteront pas et a compris qu’elle vivra moins bien que celle de ses parents. Nous sommes raides, mais l’angoisse est importante.

[…]

Je n’exclus pas de mener un combat parallèle. Si ma reconversion professionnelle me le permet, j’essaierai de le faire. Mais en tout cas, je ne ferai pas que cela.

Nous vous regrettons déjà Marion Maréchal, revenez-nous vite. La droite a besoin de vos lumières. Vous venez de nous quitter et nous sommes déjà orphelins !

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Manuel Gomez pour Dreuz.info.

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