«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Le blé russe

Maduro n’est pas seul – Poutine le rejoint

samedi 20 mai

Les dernières déclarations du président Poutine relatives au conflit interne qui s’accentue entre le gouvernement légitime de Nicolas Maduro et une opposition de plus en plus violente ont de quoi faire réfléchir les alliés régionaux de cette opposition qui souhaiteraient bien une intervention militaire. Déjà, en mars 2015, la Russie avait répondu oui à la requête du gouvernement vénézuélien contre lequel le président étasunien d’alors, Barack Obama, avait déclaré comme une menace à la sécurité nationale des États-Unis. Une déclaration qui l’autorisait, pratiquement, à intervenir militairement au Venezuela.

Cette fois-ci, cette intervention du Président de Russie auprès du gouvernement vénézuélien revêt un caractère tout particulier. Celle-ci se réalise la journée même où le président de Colombie, Manuel Santos, est à la Maison-Blanche en compagnie de son homologue étasunien, Donald Trump. Au nombre des sujets abordés figure celui du Venezuela, présenté comme une tragédie humaine sous la gouverne d’un régime politique qui se révèle être un véritable fiasco. Bien que riche en pétrole et minerais, sa population vit dans la famine. Il faut s’unir, disent-ils, pour sortir le peuple vénézuélien de cette misère humaine. Rien n’est dit, évidemment, de cet acharnement pour renverser ce régime depuis le jour où il a vu le jour.

Des millions de dollars ont été investis et continuent de l’être pour créer les conditions permettant de justifier une intervention militaire en vue de renverser ce régime. L’opposition interne est mise à contribution pour dénoncer ce gouvernement, qu’elle qualifie de dictatorial, et le provoquer sous diverses formes. Elle canalise les fonds destinés pour créer des zones de violence et susciter la peur et le mécontentement de la population. La cause de tous ces malheurs est refilée, comme par magie, au gouvernement. La presse nationale et internationale se charge de cette magie. Elle sait comment transformer le vrai en faux et le faux en vrai. L’important, c’est que l’opinion publique en arrive à dire : nous en avons assez de ce gouvernement.

Il va de soi que l’OEA, organisme régional sous contrôle officieux des États-Unis, est mis à contribution pour donner une couverture régionale et internationale à toute intervention militaire visant le renversement du présent régime. Les principaux responsables de cet organisme ne se font pas de scrupule avec des questions d’éthique et de solidarité. À ce niveau, le pouvoir de l’argent et sa force persuasive à corrompre les plus faibles font le reste du travail. Il faut toutefois reconnaître l’intégrité et la grandeur d’un grand nombre de ceux et celles qui siègent au sein de l’OEA et qui ont su résister tout autant aux billets verts qu’aux menaces.

Au nombre de ces alliés visant la fin de ce régime, il y a la Conférence épiscopale du Venezuela, adversaire féroce de la Révolution bolivarienne depuis ses tout débuts. Elle a participé, à visage découvert, à toutes les tentatives de renversement de ce régime. En 2002, elle était là pour célébrer un premier coup d’État contre Chavez. Malheureusement, l’intervention du peuple et d’une partie de l’armée demeurée fidèle au gouvernement constitutionnel ont vite transformé cette joie en un cauchemar. Cette fois-ci, ce même épiscopat n’en démord pas et se prête sans scrupule aux activités clandestines et violentes de l’opposition et souhaite une intervention extérieure pour mettre fin à ce régime.

C’est dans ce contexte que réapparaît Vladimir Poutine qui répète à qui veut l’entendre que le droit international doit être respecté et que les problèmes internes du Venezuela doivent être résolus par les Vénézuéliens et Vénézuéliennes. S’il s’engage dans ce processus de paix, c’est d’abord pour répondre à une invitation des autorités légitimes du pays et dans le but de faciliter la rencontre des groupes opposés afin qu’ils puissent trouver une solution à leurs problèmes. C’est également pour que soit respecté le droit international de non-intervention de la part de ceux qui auraient la tentation d’intervenir sans l’accord des autorités compétentes.

Pour mieux comprendre ce que représente la présence de Poutine au Venezuela, il faut regarder le rôle qu’il a joué et continue de jouer en Syrie. Ce pays était envahi, depuis 2011, par des forces étrangères et des mercenaires qui se confondaient avec une opposition officielle. La soi-disant coalition internationale se présentait comme une force luttant contre le terrorisme et contre un gouvernement tortionnaire et cruel. Il fallait mettre fin à ce régime dirigé par Bachar Al Assad, qualifié de dictateur. Des groupes mercenaires et terroristes, à la solde de cette coalition, faisaient le travail de sabotage et servaient de couverture morale, pour la coalition internationale, de lutte contre le terrorisme.

La Russie, à l’invitation du président Bachar Al Assad, s’est présentée en Syrie, en 2014, et dans l’espace de quelques semaines, elle avait fait plus pour repousser les terroristes, qu’en avait faits la coalition internationale en deux ans. Ses interventions ont permis de mettre à nu les véritables intentions des divers acteurs en les confrontant à la réalité du droit international à respecter et à la volonté réelle d’asseoir à une même table les principaux belligérants de manière à trouver une entente permettant de sortir le pays du marasme dans lequel la guerre l’a enfoncé.

L’arrivée de Poutine au Venezuela va vite confronter les véritables intentions de ceux qui veulent aider le Venezuela à s’en sortir. Il a d’ailleurs souhaité que ses collègues régionaux se joignent à ses efforts pour que le Venezuela retrouve la paix et la prospérité.

Pour ceux qui seraient tentés d’envahir militairement le Venezuela, mieux vaut qu’ils y pensent à deux reprises avant de passer à l’action. Les sept bases militaires des États-Unis en Colombie et la quatrième flotte navale dans le Pacifique Sud demeurent toujours une menace pour le Venezuela, mais l’arrivée d’armements modernes et sophistiqués devra être prise en considération.

Espérons que les bonnes volontés, dépouillées de leurs ambitions de pouvoir et de domination, sauront trouver la voie de la paix.

Oscar Fortin

source : http://humanisme.blogspoot.com

NOTE : Lors de la communication téléphonique de Maduro à Poutine, ce dernier s’est engagé, entre autres, à envoyer tous les mois un chargement de 60 mille tonnes de blé pour alléger les besoins du peuple vénézuélien. Il ne commence pas par envoyer des armes pour faire la guerre, mais des aliments pour soulager la faim. C’est déjà un bon commencement.


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