«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Macron est très mal élu, encore plus mal que Hollande. ... Pire, sa victoire semble volée

Macron, le très mal élu

dimanche 14 mai

Cette campagne présidentielle aura défié toute logique. Elle voit en effet la victoire d’un ancien conseiller puis ministre de l’économie du gouvernement le plus catastrophique qui soit depuis longtemps. L’élection d’un jeune de moins de 40 ans à l’expérience politique tout aussi courte que fâcheuse n’est-elle pas stupéfiante ? Comme poussés par des pulsions suicidaires mimétiques, les électeurs se sont rués sur son programme, alors que celui-ci ressemble terriblement au programme appliqué par ce gouvernement funeste dont on pensait que plus personne ne voulait.

 

Cette campagne présidentielle voit par ailleurs l’élection d’une personnalité dont l’approximation ou l’exagération des déclarations a, à juste titre, inquiété une bonne partie des citoyens.

 

Enfin, comble du quiproquo, dans un contexte de rejet des élites politiques, les Français se sont débrouillés pour élire le candidat le plus conforme qui soit à ce « système » qu’ils abhorrent tant, ce système politique qui les dégoûte à plus de 80% (87% de « défiance » selon le Cevipof en 2016) : un énarque issu de l’inspection des finances et du PS, excusez du peu !

 

Si on appelle un « miracle » une série d’évènements qui restent incompréhensibles et qui n’avaient en principe aucune chance de se réaliser, alors l’élection de E.Macron en est un. Mais ne soyons pas naïfs. Il s’agit simplement d’une série d’incidents et de coups de poker derrière lesquels se dissimulent l’interventionnisme étatique et l’élitisme opportuniste qui caractérisent si bien l’hexagone socialiste.

 

 

Macron, rescapé du désastre gouvernemental

Générer plus de 1 200 000 chômeurs (sans compter les 500 000 comptabilisés en formation) pendant que les Anglais et les Allemands (pour ne citer qu’eux), sur la même période, en ont perdu respectivement 400 000 et 500 000 relève de l’exploit.

 

Accroître le nombre d’emplois précaires et la grande pauvreté en pleine reprise économique post-crise du crédit tient du prodige.

 

Obtenir de tels résultats tout en augmentant fortement la pression fiscale, et sans parvenir à stopper le gonflement de la dette de l’Etat, là, c’est tout simplement diabolique.

 

Il faut donc féliciter E.Macron pour avoir quitté le navire à temps, et pour avoir su donner l’impression de ne pas être coresponsable de son naufrage.

 

Bien sûr, certains électeurs savent que E.Macron a conseillé Hollande sur ces hausses d’impôts à contre cycle, puis n’a entrepris aucune réforme libérale de fond une fois ministre de l’économie. Saluons donc son talent dans le domaine du marketing. L’homme s’est présenté sous une nouvelle étiquette, loin de celle carbonisée du PS, avec un positionnement consensuel et attrape-tout. Il a par ailleurs bénéficié de qualités objectives indéniables, perçues par les électeurs « les moins secondaires » comme autant de gages d’efficacité, à savoir sa jeunesse et son visage avenant.

 

 

Macron, stéréotype de l’élite politique à la française

« Je n’ai jamais vu des étudiants aussi fermés d’esprit » disait M.Crozier, sociologue des organisations et ancien juré de cette école du pouvoir unique au monde, l’ENA, dont seuls quelques rares pays africains ont voulu dupliquer le modèle. Au-delà des lacunes régulières en géographie, nombreuses ont été les déclarations de E.Macron à démontrer une absence inquiétante de repères intellectuels hiérarchisés. A croire que finalement, seul ce qui peut faire gagner des voix est bon à dire, et à penser, ce qui est plus grave encore.

 

E.Macron est énarque bien évidemment, après un parcours scolaire de « bêtes à concours » tels qu’on sait encore les sélectionner puis les élever en France, dans les haras spécialisés de l’Education Nationale, avec pour résultat final une excellence faite d’élocution et de confiance excessive en soi, cette confiance au sujet de laquelle John Kenneth Galbraith écrivait dans son essai « Anatomie du pouvoir » : « le pouvoir échoit toujours à ceux qui sont capables de trancher dans l’inconnu avec la plus parfaite assurance. Le pouvoir n’élit pas ceux qui savent mais ceux qui, souvent par bêtise, croient savoir et ont le don d’en persuader les autres » (Histoire Immédiate/Seuil).

 

Déclarer que « la culture française n’existe pas  » relève en effet d’une terrible méconnaissance de l’histoire des sciences, des arts et de la littérature. C’est même criminel car cette assertion laisse croire :

-que la culture française s’opposerait à la culture européenne, alors qu’elle en est une composante essentielle (au même titre que la grecque, l’italienne, l’allemande ou d’autres dans leurs domaines respectifs d’excellence à travers les âges)

-que la culture française s’opposerait à la culture mondiale, alors qu’elle devrait au contraire s’en rapprocher plus rapidement qu’elle ne le fait.

 

Sans doute E.Macron a-t-il voulu séduire le cœur de cible des bobos socio-culs et des gauchistes tiers-mondistes à la culture humaniste limitée ? Quoi qu’il en soit, oser de telles affirmations trahit forcément de sacrées lacunes en matière de jugement. Cette saillie rappelle d’ailleurs le déni d’un autre énarque, A.Juppé, face aux difficultés en matière d’immigration musulmane. Son débat avec A.Finkielkraut sur le sujet (Le Point, 13/01/16) représente à ce titre une mine extraordinaire pour les anthropologues qui se pencheront plus tard sur notre époque formidable et sur la lucidité de nos « hauts fonctionnaires ».

 

 

Macron, candidat choisi par le PNF puis par les médias

La victoire d’E.Macron est une victoire aussi facile qu’artificielle. Une sorte de victoire à la Pyrrhus au vu de l’ampleur des moyens mis en œuvre pour y parvenir.

N’oublions pas que lorsque F.Fillon a dominé les primaires de la droite, primaires autrement plus exemplaires que celles du PS qui ont suivi et qui ont été aussitôt « repimpées » à grand renfort de triche sur les chiffres de participation, il évoluait aux environs de 28% des intentions de vote, très loin devant M.Le Pen et E.Macron (10/02/17, l’Express). Deux mois plus tard, et les déclarations du Canard enchaîné suivies de l’enquête menée tambour battant par un Parquet National Financier tout d’un coup sous amphétamines, F.Fillon s’est écrasé sur le seuil des 18% et n’aura même pas atteint les 20% lors du premier tour, soit une chute définitive de 10% environ des intentions de vote ! Cette dégringolade rappelle celle de H.Clinton quelques jours avant les élections, après les « révélations » du FBI, dégringolade qui l’a éliminée face à D.Trump. E.Macron pouvait-il espérer meilleur coup de pouce que cet activisme forcené (et officiel qui plus est) pour transformer F.Fillon en paria de la République ?

 

Dans une nation de gens épris de Droit et de rigueur morale, à l’esprit libre et non militant, cet acharnement pseudo-judiciaire*[1] immédiatement déclenché entre les deux tours de l’élection présidentielle (pour des faits connus depuis longtemps) aurait bien évidemment soulevé un tollé. On aurait même pu rêver d’un Conseil Constitutionnel demandant à décorréler le calendrier judiciaire de l’électoral, quitte à retarder de quelques semaines les élections. On aurait pu tout aussi bien rêver d’une profession journalistique hurlant à la manipulation. Hélas, nous sommes en France, dans un pays au logiciel totalement imbibé de morale socialiste, cette morale qui a visiblement pris l’ascendant sur le Droit et le respect de la Constitution, lorsqu’il s’agit de ses propres intérêts. Et rien de tout cela ne s’est donc produit.

 

Il fallait surtout favoriser le soldat Macron, unique descendant possible d’un PS déchiqueté. Et la meute des médias (à quelques très rares exceptions près) s’est mobilisée comme un seul homme pour y parvenir, agitant d’une part le chiffon rouge anti-FN et tentant d’autre part, vieux réflexe gauchiste français, de salir F.Fillon en l’assimilant à M.Le Pen. Le titre d’un article du Monde[2] du 16/03/17 résume à lui tout seul cet incroyable acharnement contre les deux candidats de droite, sans aucune espèce de discernement : « François Fillon, Marine Le Pen : même mépris de la loi  ». Alors que le FN est réellement accusé pour plusieurs emplois fictifs et doit payer des amendes, l’enquête diligentée contre F.Fillon est toujours en cours !

 

 

Un quinquennat qui s’annonce mal

On l’a vu, la gauche est incapable de gérer le pays. Mais dès lors qu’il s’agit d’élections, elle sait déployer un véritable savoir-faire pour se maintenir au pouvoir. Tous les moyens sont bons semble-t-il, et pas seulement les plus honnêtes et les plus démocratiques. Déjà, F.Hollande avait gagné grâce à un concours de circonstances, par défaut (de la même façon qu’il s’était retrouvé à la tête d’un PS divisé), et avec de sacrés coups de pouce plus ou moins naturels : diffamation systématique contre N.Sarkozy, splendide hara-kiri symbolique de D.Strauss-Kahn, exploitation de la crise du crédit mise sur le dos du gouvernement, promesses de tondre encore plus les riches pour surfer sur la jalousie si répandue dans l’hexagone, et last but not least, l’assentiment général des médias qui bien évidemment ne se sont pas attardés sur la dangereuse ineptie de son programme économique et fiscal.

 

Cette fois-ci, pour E.Macron, les socialistes se sont surpassés, avec des moyens sans commune mesure. A croire que F.Fillon et son programme d’inspiration libérale, en donnant toutes ses chances au pays de redresser la barre, allait signer la mort définitive des lubies nostalgico-marxistes qui caractérisent un PS dont on attend toujours le Bad Godsberg (1959 tout de même). La honte historique, le camouflet impossible, quelque chose d’insurmontable pour l’orgueil socialiste, d’où ce déploiement de moyens sans précédents.

 

Nombreux sont les électeurs particulièrement remontés contre ce hold-up anti-démocratique. Il suffirait d’ailleurs que E.Macron reconstitue dans son gouvernement le PS moribond pour que le pot aux roses apparaisse au grand jour. Mais peut-il faire autrement, au vu de ses soutiens, dont presque tous sont recrutés chez les socialistes et les communistes, et dont certains étaient déjà dans l’équipe de F.Mitterrand ? E.Macron bénéficiera-t-il d’ailleurs d’une majorité à l’assemblée ? La faible base de son électorat captif, la structure fragile de sa victoire (succession de coups tordus et de diabolisation de ses adversaires successifs), le fort taux d’abstention (25%[3]), et le probable déchaînement de la droite républicaine lors des législatives augurent un mandat pénible si ce n’est pas une cohabitation immédiate.

 

E.Macron est très mal élu, encore plus mal que F.Hollande. En dépit de ses 65%, son élection ne ressemble en rien à un vote d’adhésion. Pire, sa victoire semble volée. Une part non négligeable des électeurs la considèrent illégitime. Il sera très difficile de les convaincre du contraire.

 

Claude ROBERT, 7.5.2017

 

 

 

 

 

 

 

[1] l’appel des 13 juristes jette le doute sur la légitimité du PNF et sur les méthodes utilisées

 

[2] journal « au dessus de tout soupçon » comme le dit ironiquement A.Finkielkraut, car le Monde constitue la référence officielle et indiscutable de la cléricature gauchiste si ce n’est le phare pour la quasi-totalité des médias et intellectuels 

[3] Auxquels il faut rajouter près de 10% blancs ou nuls


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