«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Luttes sociales - À la défense des gagne-petit

La Société essaime dès 1850, tant au Canada qu’aux États-Unis

jeudi 4 juin 2009

Dès 1843, la Société Saint-Jean-Baptiste devient un acteur social. D’autres décisions et mesures suivront.Olivar Asselin a convié, au cours de sa présidence (1913-14), la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) de Montréal à se substituer aux pouvoirs publics défaillants. Ce rôle, Ludger Duvernay et les membres fondateurs l’avaient assigné à leur association à une époque où la notion même de pouvoirs publics était fort restreinte et dans un contexte où la dépolitisation imposée par Mgr Ignace Bourget à l’héritière des Patriotes l’avait fortement poussée à se consacrer exclusivement à la cause sociale.

La charte adoptée en 1849 spécifiait donc que l’Association Saint-Jean-Baptiste avait pour but « d’aider et secourir les personnes de cette province d’origine française [...] qui se trouvent dans la nécessité de recourir à l’assistance de leurs concitoyens [...] ainsi que de répandre l’éducation parmi elles, et contribuer à leur progrès moral et social ».

Déjà, en 1843, leur premier geste avait été de sacrifier le banquet du 24 juin pour verser des secours aux victimes de l’incendie qui avait détruit le village de Boucherville. Plus tard, il reviendra à la Société Saint-Vincent-de-Paul, formée en grande partie de membres de la SSJB, de s’occuper des nécessiteux.

La SSJB inspire aussi les ouvriers. Un des tout premiers regroupements, la Société canadienne des menuisiers et des charpentiers de Montréal, est l’oeuvre de Louis Archambault, un membre assidu de la SSJB, et pendant plusieurs années le char des typographes sera le clou du défilé du 24 juin. « Il était traîné, peut-on lire dans La Minerve de 1877, par dix chevaux, richement harnachés, et portait une petite presse Gordon qui imprimait des programmes de la fête, que de jeunes apprentis distribuaient à la foule. Son dôme portait les inscriptions suivantes : ’’La presse est le flambeau de la civilisation’’, ’’Honneur à Gutenberg’’. »

Vint le Monument-National

En 1890, le président L. O. David fonde le Monument-National en tant que centre éducatif. Le gouvernement provincial accorde une subvention de 10 000 dollars, à la condition qu’on y organise des cours d’instruction publique gratuits.

On y donne des cours de marine, d’électricité, d’architecture et de plusieurs autres techniques. Ce sera le noyau des écoles techniques de Montréal et de Québec créées en 1907, en même temps que de l’École des hautes études commerciales. Le Monument-National donne également naissance en 1922 à l’École des beaux-arts.

Il faudra attendre beaucoup plus longtemps avant que l’État ne prenne en charge les fonctions assumées par la Caisse nationale d’économie, fondée en 1898, dont l’objectif était de permettre aux cotisants de se bâtir une rente viagère pour leur retraite. Il en sera de même pour les aspirations à l’émancipation économique des Canadiens français, symbolisée par la création de la Société nationale de fiducie en 1918.

Actions politiques

Le rôle supplétif de la SSJB ne s’arrête pas là. Longtemps avant l’apparition de la doctrine Gérin-Lajoie, elle joue le rôle de ministère des Affaires étrangères du Québec. Elle entretient des liens serrés avec des sociétés soeurs créées sur son modèle, à partir de 1850, au sein de la diaspora canadienne-française en Ontario, au Nouveau-Brunswick, dans les provinces de l’Ouest canadien, mais également aux États-Unis. Pendant les deux conflits mondiaux, elle veille à contrer l’image négative du Québec véhiculée par les journaux londoniens et new-yorkais.

Elle est de toutes les bagarres pour la reconnaissance des droits du français. Elle prodigue les conseils, assure les liaisons et fournit les fonds. Mais la lutte est inégale et son association avec le clergé s’avère finalement néfaste pour la cause. Les gouvernements américain et canadien concluent des ententes avec le Vatican pour imposer aux minorités francophones un clergé irlandais catholique anglophone en vue de les assimiler. La foi n’est plus gardienne de la langue.

C’est lors des États généraux du Canada français de 1967 que le tournant décisif est pris. Le rêve d’une nation canadienne-française disséminée à travers l’Amérique fait place à la quête de l’indépendance du Québec.

Parallèlement à ce tournant, la SSJB prend progressivement ses distances avec le discours clérical anticommuniste des années Duplessis. Le Québec n’est plus à l’heure de la survivance, mais à celle de la décolonisation. La SSJB rejoint le camp des forces progressistes et syndicales, qu’elle regroupe au sein du Mouvement Québec français en 1970.

La Révolution tranquille et le rôle nouveau accordé à l’État délestent la SSJB de plusieurs des responsabilités sociales qu’elle assumait tant bien que mal à cause de « pouvoirs publics défaillants ». La gratuité scolaire force le Prêt d’honneur à se redéfinir. Les sociétés d’État prennent en charge les aspirations d’émancipation économique portées vaillamment, depuis 175 ans, par les membres de notre vénérable société nationale.

Concluons avec cette citation de Robert Rumilly, l’historien de la SSJB. En 1948, il écrivait : « Les directeurs généraux de la SSJB sont des bénévoles, pris, comme tout le monde, par les exigences de leur profession et les soucis de leur famille. Ils ne retirent de leur effort non seulement aucun bénéfice, mais aucun prestige, puisque la mode est toujours de les brocarder. L’élite, ainsi qu’on appelle les gens instruits, les gens en place et les gens riches, l’élite les regarde de haut, avec un tiers de sourire. La masse aime bien leur Société, mais néglige d’y adhérer. Les gouvernements, soupçonneux, voudraient la voir dissoudre. Or constatez la noblesse, l’ampleur et la persévérance de leur effort. »

Soixante ans plus tard, le jugement est le même.

***

Pierre Dubuc est rédacteur en chef de L’Aut’journal.


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