«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Lois fédérales et identité culinaire

Les petites hypocrisies du Devoir

Tribune libre de Vigile
jeudi 23 février
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En page A-3 du Devoir de ce matin, le 23 février, le chroniqueur Michel David s’amuse à mettre en évidence la mentalité « tit-peupe » du Québec avec un texte sur l’identité culinaire des Québécois et il importe de lui rappeler que lui-même œuvre pour « tit-journal ».

Rappelons ici que la chronique de monsieur David traite, entre autres, de la réaction des Québécois à la description qu’avait faite de la cuisine québécoise le Guide du routard en 1993, ainsi que de leur réaction dans le cadre de l’affaire du chef français Joël Robuchon au Casino de Montréal. C’est vrai, le Québec est beaucoup plus prompt à s’indigner pour des choses comme le français aux Olympiques que pour ce qui compte vraiment.

Oui, je sais que les lecteurs de Vigile sont tannés d’entendre parler de cette histoire là, mais je la répète au bénéfice de monsieur David. Disons que je lui tends un miroir et qu’il n’aimera probablement pas ce qu’il va y voir.

Ne vous en faites pas, je vais abréger. En 1976, donc, le Commissaire aux langues officielles recommandait une réforme de la version française des lois fédérales. Grosso modo, il souhaitait une amélioration de la qualité de la version française et demandait que l’on mette les francophones et les anglophones sur le même pied à titre de rédacteurs à la Section de la législation.

Le ministère de la Justice voulait bien faire un effort du côté de la qualité du français, mais il ne voulait absolument pas mettre les francophones et les anglophones sur le même pied. D’abord, les anglophones n’étaient pas suffisamment bilingues pour traduire un projet de loi préparé en français. Et, ensuite, même s’ils l’avaient été, ils n’étaient pas vraiment chauds à l’idée de recevoir un texte à cinq heures de l’après-midi pour traduction en soirée. À la sécurité, à la Justice, il y a une employée qui pensait que je travaillait de nuit...

Alors, le ministère a embauché deux linguistes européens sans formation juridique, Alexadre Covacs et Bernard Méchin, auxquels nous devions remettre nos traductions pour révision. Disons-le sans détour, comme monsieur Robuchon, ils étaient français.

Les linguistes donnaient une allure civiliste à la version française, alors que la version anglaise, elle, affichait résolument sa facture issue de la common law. Il en résultait évidemment de nombreuses divergences entre les deux versions des lois fédérales.
Imaginez, non seulement étions-nous à la remorque des rédacteurs anglophones, mais encore devions-nous remettre nos traductions à deux linguistes d’origine française qui reprenaient tout ce que l’on faisait. Pensez-vous que le ministère avait embauché deux linguistes français de façon tout à fait anodine, sans y penser ?

Et, là, sur la base des divergences ainsi introduites dans les lois fédérales, on nous contraignait d’affirmer que nous faisions de la rédaction. Des avocats francophones de la Section se sont présentés comme tels à plusieurs reprises dans des publications du Barreau du Québec. J’ai refusé de me présenter comme tel. Je voyais cela comme une trahison. Et, j’ai été congédié. Aujourd’hui, cependant, je me demande si on peut trahir quelqu’un qui veut être trahi...

À tout événement, lorsque j’ai approché le Barreau pour obtenir son appui, on m’a traité comme le dernier des crétins. Lorsque les anglophones du Québec ont demandé la reprise de la version anglaise du nouveau Code civil, le Barreau s’est empressé de les appuyer. Et, elle a été reprise la version anglaise du nouveau Code.

Lorsque j’ai approché le Devoir pour que l’on rende mon cas public, on m’a ignoré comme le dernier des misérables. Alors, oui, c’est vrai, le Québec fait « tit-peupe », mais le Devoir également...

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