«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Beaucoup d’énergie pour un débat pas si intéressant !

Loi 101 et cégeps : les militants du PQ se rabattent sur une « proposition de compromis »

samedi 9 septembre

Des délégués du Parti québécois veulent verrouiller les portes des cégeps anglophones aux personnes allophones, sauf celles qui ont fait leur scolarisation primaire et secondaire en français. Ils soumettront cette proposition à l’ensemble des 1500 participants du congrès national du PQ, qui sont réunis ce week-end au Palais des congrès de Montréal afin d’adopter le programme de leur formation politique en vue des prochaines élections générales.

 

Les partisans et détracteurs de l’élargissement de la loi 101 aux cégeps dans les rangs du PQ se sont en effet rabattus sur une «  proposition de compromis  » samedi midi, soit celle d’«  instaurer pour les personnes qui n’ont pas droit à l’école anglaise et qui n’ont pas reçu leur instruction primaire et secondaire en français, par exemple parce qu’elles sont au Québec depuis peu, l’obligation de fréquenter un cégep francophone  ». Ainsi, les francophones, ainsi que les membres de la communauté historique anglophone, pourront continuer de fréquenter des collèges anglophones.

 

Il s’agit d’une «  mesure très ciblée pour certains cas  », a fait valoir Guillaume Rousseau. D’ailleurs, les «  droits de la minorité historique anglophone  » demeureront intacts advenant sa mise en œuvre, a insisté le membre sortant de l’exécutif national du PQ. «  Ne laissez personne vous dire que la proposition […] va contre les droits des anglophones. […] Il n’est pas question de fermer des cégeps anglais, ça, c’est faux  ! La vérité, c’est qu’on veut s’assurer d’un meilleur développement des cégeps de langue française partout au Québec, y compris en régions  », a-t-il déclaré devant des dizaines de militants péquistes rassemblés dans la grande salle du Palais des congrès.

 

«  Si on veut renforcer le français, langue commune [de tous les Québécois], il faut renforcer le français comme langue d’enseignement collégial  », a poursuivi M. Rousseau, tout en se disant «  favorable au bilinguisme individuel, au multilinguisme individuel  ». Dans cet esprit, la déléguée d’Iberville Anne Miller a convaincu ses confrères et ses consœurs de forcer le prochain gouvernement péquiste à redoubler d’efforts afin de «  favoris [er] l’apprentissage intensif de l’anglais langue seconde ou du français langue seconde au moment le plus efficace à la fin du primaire ou du secondaire  ».

Assécher les cégeps anglos ?
 

Le délégué de Nelligan Daniel Roy a pour sa part tenté d’amender la «  proposition de compromis  » afin d’interdire à tout francophone ou allophone, dont l’un ou l’autre de ses parents n’a pas étudié en anglais au Canada, de fréquenter un cégep anglophone. «  Ça prend de l’audace et de l’ambition. Il ne faut pas se laisser guider par la peur. On ne doit pas renier nos principes. On ne doit pas se limiter à des demi-mesures. Le français est la seule langue officielle et commune au Québec dans l’espace public, au travail et à l’école. Alors, l’enseignement doit se faire dans la langue nationale, sauf pour la minorité historique [anglophone]  », a-t-il plaidé, mais en vain.

 

Le délégué de Beauharnois Marc Laviolette a appelé les autres participants à renoncer à l’idée de proposer l’élargissement de la portée de la Charte de la langue française aux cégeps. «  On peut se faire plaisir. J’ai hâte de voir quand ça va arriver en plénière et ça va voter contre la loi 101 au cégep. L’idée, c’est qu’on atteigne le but. Le but, c’est de réduire les transferts linguistiques  », a affirmé le membre du club politique SPQ-Libre. «  Chat gris, chat blanc, l’important c’est qu’il attrape la souris  », a-t-il ajouté, tout en pointant un extrait de la «  proposition de compromis  » auquel il s’est rallié.

 

Celui-ci stipule qu’un gouvernement péquiste devra «  s’assurer que le financement des cégeps anglophones réponde en priorité aux besoins de la communauté historique anglophone et par conséquent qu’il soit graduellement aligné sur le poids démographique proportionnel de cette communauté  ». Si celle-ci se retrouve dans le programme politique du PQ, puis est mise en œuvre par le gouvernement du Québec, elle ralentira immanquablement les transferts linguistiques, est persuadé M. Laviolette.

D’ailleurs, cette proposition «  ouvre la porte  » à une révision du «  modèle de financement  » des cégeps pour «  ne pas seulement tenir compte du financement par étudiant  », a fait remarquer M. Rousseau aux journalistes. «  J’ai l’impression que cette deuxième interprétation plus large […] s’appliquerait dans un deuxième temps, donc, par exemple, dans un deuxième mandat  », a-t-il soutenu.
 

Pénalités financières

 

Les militants péquistes se sont aussi rangés derrière la proposition de l’association régionale de la Montérégie visant à «  supprimer toute forme de subvention aux établissements d’enseignement supérieur francophones [cégeps et universités] offrant des programmes où l’enseignement se fait majoritairement dans une langue autre que le français, à l’exception des départements de langues  ». Ils ont par ailleurs adopté une proposition pour diminuer le financement des écoles privées et pour revoir le financement des écoles publiques.

 

Des bonis pour les femmes

 

Ailleurs dans les ateliers, des militants péquistes se sont entendus pour «  favoriser la participation des femmes à la vie politique  » en obligeant tous les partis à atteindre la parité «  dans le recrutement et la sélection des candidatures  ». Pour le faire, les délégués ont suggéré d’octroyer une bonification de financement aux partis qui feraient élire au moins 40 % de femmes lors d’une élection générale. La mesure, a fait valoir une militante, servirait à éviter que les partis présentent des candidatures féminines dans des circonscriptions où la victoire n’est pas à portée de main. À ce jour, 28,8 % des élues de l’Assemblée nationale sont des femmes. La proportion de députées au Parlement du Québec a atteint un sommet historique en 2012, à 32,8 %.

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