«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Une chimie délicate

Libre opinion - Quelques réflexions pour les ministres économistes

lundi 28 avril 2014

Le gouvernement de Philippe Couillard vient de nommer quatre économistes à des postes-clés de son gouvernement. Mais ces derniers proviennent tous du milieu de la finance et des banques, soit bien loin de l’économie réelle et des PME qui continuent à être la première source d’emplois et surtout d’adaptation aux grands changements économiques en cours. De plus, il est fort probable qu’ils ont tous été formés avec la théorie des modèles mathématiques que, pourtant, un des pères de ces modèles, Léon Walras, ne voyait que comme « une première approximation de la réalité… que les jeunes économistes s’imaginent rendre de plus en plus scientifique à mesure qu’ils la rendent de plus en plus confuse et obscure ».

Ce qui explique probablement pourquoi, durant la dernière campagne électorale, on a essayé de limiter les « vraies affaires » à ces analyses trop simples sinon simplistes dont Milton Friedman disait que si elles ne pouvaient pas expliquer la réalité, « c’est la réalité qui était fausse ». Par exemple, on connaît bien l’influence des arts et de la culture sur l’imagination et ainsi sur l’innovation. De même, on reconnaît l’importance de la richesse et de la précision d’une langue pour développer l’information tacite qui favorise le partage de l’information, celle-ci transformée en connaissance produisant finalement les occasions qui permettent aux PME de se démarquer. Enfin, on sait que la confiance est à la base des affaires et ne relève aucunement de ces calculs.

Au contraire de la collusion et de la corruption, démontrées par la commission Charbonneau et l’UPAQ, et qui empoisonnent graduellement tout le développement des entreprises. Au début, la magouille se limite aux infrastructures. Puis elle passe aux changements de zonage. Pour enfin en arriver à la rénovation de maisons, à celle des restaurants, et finalement partout. Pendant qu’une partie des profits qui en sont issus finit dans les poches de la pègre et des paradis fiscaux, bien loin des impôts pour payer les services publics. Ce qui explique que le cynisme ambiant ne provient pas uniquement des politiciens, mais de ces magouilles qui font que tout citoyen finit par comprendre qu’en restant honnête, il est le dindon de la farce.

Les PME en souffrent

Mais surtout, de tels comportements, auxquels a participé au moins passivement la moitié de la députation libérale actuelle, faussent de plus en plus les règles du jeu en affaires. Ainsi, le petit entrepreneur ne sait plus préparer ses contrats ni comment calculer ses marges de profit : avec ou sans les enveloppes brunes, avec ou sans entente avec ses concurrents, quand se fera-t-il prendre ? Finalement, il ferme boutique ou refuse d’entreprendre. Sans compter l’effet majeur sur les finances publiques, comme on le voit avec une diminution moyenne du coût des contrats publics de 25 %, comparés à ceux d’il y a trois ans.

Les études montrent qu’il est à peu près impossible de faire disparaître toute corruption et tout travail au noir et qu’on peut les supporter si, au total, ils ne dépassent pas 5 % des transactions économiques. Mais, quand ils touchent plus de 10 %, comme cela semble le cas au Québec depuis quelques années, c’est toute l’économie qui en souffre, et particulièrement les petites entreprises.

En plus, non seulement il y a de moins en moins de citoyens qui paient leur juste part pour obtenir en retour les services publics (soins de santé, instruction scolaire, garderies, soutien aux personnes âgées…), mais, en outre, l’État, pour compenser, doit augmenter les taxes et les impôts diminuant encore plus la marge de manoeuvre des entrepreneurs.

Bref, le défi de ces économistes est de se méfier des théories économiques pour comprendre comment fonctionnent les entreprises, et notamment les PME. Espérons que leurs conseillers sauront enfin leur enseigner ces « vraies affaires ».


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