«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Visite d’Alassane Ouattara à Montréal

Lettre ouverte du Congrès ivoirien du Canada à Justin Trudeau

Tribune libre de Vigile
lundi 19 septembre 2016
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Monsieur le Premier Ministre,

Vous êtes l’hôte, ces jours-ci, d’une conférence sur la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Plusieurs chefs d’État africains ont été invités, et vous avez annoncé que votre gouvernement verserait 785 millions de dollars pour sauver des vies. Les contribuables canadiens sont généreux. Dans mon pays d’origine, la Côte d’Ivoire, les gens leur en sont infiniment reconnaissants.

Toutefois, il serait préférable, pour lutter contre la maladie, que les pays africains accélèrent leur développement. Premier producteur de cacao dans le monde, la Côte d’Ivoire devrait être riche, elle qui possède de vastes ressources exploitées entre autres par des sociétés canadiennes, par exemple, Golden Star Resources (diamant), Canadian Natural Resources (pétrole) et Endeavour Mining (or). Mais beaucoup d’Ivoiriens sont quand même démunis. Pourquoi ? Parce que la politique d’ingérence des pays occidentaux sur le continent africain favorise davantage les bénéfices de leurs multinationales que le développement.

Parmi les chefs d’État que vous accueillez à Montréal se trouve Alassane Ouattara, le président de la Côte d’Ivoire, qui a pris le pouvoir en 2011 dans un coup d’État sanglant, au terme de plus de huit années de guerre civile parrainée par Ouattara lui-même. Comme vos services vous l’ont sans doute appris, mais contrairement à ce que certains médias ont prétendu, Ouattara a perdu l’élection présidentielle de 2010, puis il a appelé la « communauté internationale » à son aide pour renverser militairement Laurent Gbagbo, qui défendait la primauté du droit et le respect de la souveraineté de son pays, conditions essentielles pour en assurer la prospérité.

Le porte-parole onusien de la fameuse communauté a estimé qu’il serait « injuste » de recompter les voix, comme le proposait Gbagbo, et a préféré que les terroristes fidèles à Ouattara massacrent des civils, notamment à Duékoué, où un millier d’entre eux ont été tués dans la seule nuit du 28 au 29 mars 2011, avec l’aide de l’armée française et sous les regards impassibles des Casques Bleus, qui ont par la suite enseveli pêlemêle une partie des cadavres dans une fosse commune, comme pour faire disparaitre les traces du crime. Quelques jours auparavant, le gouvernement Harper avait envoyé subrepticement un million et demi de dollars à Ouattara et ses chefs de guerre.

Aujourd’hui, près de six ans après l’élection perdue par Ouattara et un an après la mascarade électorale de 2015 largement boycottée par l’opposition, il est toujours au pouvoir. Fidèle à ses méthodes, il emprisonne ses opposants politiques par centaines. Des dizaines de milliers d’Ivoiriens ont été contraints à l’exil, et beaucoup croupissent encore dans des camps de réfugiés, leurs terres et leurs biens confisqués par les bandits au service de Ouattara, qui se livrent à des séances d’humiliation collective, de la torture et des meurtres.

Comble de l’injustice, pendant que Ouattara le dictateur sévit, Gbagbo est emprisonné à la Cour pénale internationale, où il subit un procès qui n’est qu’une grotesque parodie de justice financée notamment par les contribuables canadiens, pratiquement à leur insu, sans que les médias canadiens envoient des journalistes couvrir sérieusement l’affaire sur place. Laurent Gbagbo, un docteur en histoire n’ayant jamais eu recours à la violence au cours de sa carrière politique, est le père du multipartisme en Côte d’Ivoire. Il a été emprisonné plusieurs fois au cours de sa lutte pour la démocratie, y compris par Alassane Ouattara, qui, le 18 février 1992, du temps où il était premier ministre, a même tenté de faire assassiner Gbagbo lors d’une manifestation.

Quand Laurent Gbagbo était au pouvoir, aucun Ivoirien n’était réfugié. L’opposition politique bénéficiait du financement public et de la liberté d’expression. Mu par un désir d’apaisement et de réconciliation, Laurent Gbagbo avait même nommé des opposants politiques à des postes de ministre. Le chef des rebelles, Guillaume Soro, était devenu premier ministre. Le pays se développait malgré la guerre civile allumée par Ouattara.

À l’heure où le ministère de l’Immigration vient d’expulser du Canada Abou Fofana, un simple exécutant du bas de l’échelle des Forces nouvelles, les rebelles terroristes qui ont mis la Côte d’Ivoire à feu et à sang pendant des années, comment expliquer aux Canadiens que leur premier ministre déroule le tapis rouge pour le grand chef de ces mêmes terroristes ? C’est bien d’être généreux avec l’argent des contribuables, Monsieur le Premier Ministre, mais que diriez-vous, aujourd’hui, de cesser de fréquenter les despotes dans les salons de Montréal et de ne plus financer ni encourager les rébellions armées en Afrique ? Que diriez-vous de laisser les Africains libres d’élire leurs dirigeants ?

L’auteur est président du Congrès ivoirien du Canada

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