«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Et si on vendait l’indépendance

Lettre aux indépendantistes

Comme si c’était un produit

Tribune libre de Vigile
lundi 14 mars 2016
965 visites 9 messages

Je n’ai pas l’habitude de m’exprimer dans des forums, mais les résultats de la dernière élection fédérale et la perspective d’une élection décisive en 2018 me forcent à sortir de ma réserve et exprimer mon opinion.

Vendons l’indépendance !

Et si on vendait l’indépendance comme si c’était un produit ? Faisons la promotion de l’indépendance comme on fait la promotion d’une mode. Mettons des slogans pro-indépendance sur des panneaux publicitaires surplombant le boulevard Décarie. Plaçons des annonces à la télé et la radio vantant les mérites de l’indépendance.

Bien que les indépendantistes soient actifs sur le web, les sites web et les réseaux sociaux n’attirent majoritairement que les convaincus et les politisés. Il nous faut un moyen de communication plus public, plus concret et plus réel, visible à tout le monde, incluant les apolitiques et les indécis. De toutes façons, le réel et le virtuel ne sont pas exclusifs. Un panneau peut porter l’adresse d’un site indépendantiste, et les indépendantistes peuvent prendre une photo du panneau et le poster sur leur page Facebook, sur YouTube, et ainsi de suite.

Bien sûr, il y a la question de l’argent. Je ne connais pas le coût d’un spot publicitaire à la télé, la radio ou sur un panneau, mais je sais que ce n’est pas donné. Il faudra donc faire une campagne de faible intensité mais de longue durée. De toute façon, si les annonces publicitaires sont rares, elles seront de ce fait même d’autant plus précieuses. Chacune serait donc un évènement en soi. Et si les canadians lancent une contre-campagne publicitaire, et ben, au moins on serait en train de discuter de la question nationale sur la place publique. Ce sera déjà une victoire, surtout que les fédéralistes tiennent à ne pas parler de cette question. Ils veulent le silence, pas un débat. On peut les comprendre, puisque que la vérité est du côté des indépendantistes (c’est peut-être notre seul avantage).

En plus, au niveau des perceptions l’inégalité des moyens peut jouer en faveur des indépendantistes. Tout le monde sait que les fédéralistes ont beaucoup d’argent. Une publicité bien léchée de leur part n’étonnerait personne. Cependant, une publicité modeste mais assumée des indépendantistes, financée par des contributions populaires, risquerait d’impressionner bien des gens. Des fois, ce ne sont pas les moyens qui comptent, mais le simple fait de résister.

Il semble que le PQ va mettre sur pied un institut de recherches sur l’indépendance du Québec. Je pense que c’est une très bonne initiative, mais je pense aussi qu’il y a des limites à produire des rapports savants bourrés de chiffres. Les publicités pour l’indépendance doivent être plus personnelles. Elles doivent démontrer que le Québec est une société colonisée (comme le démontre J. Maurice Arbour dans son essai «  Cessons d’être des colonisés !  », à lire absolument !), ainsi que les effets sur les individus de cette colonisation. Le francophone refoulé et cynique, l’anglophone francophobe, le Quebec bashing, sont des effets de cette colonisation.

Ces publicités devraient parler de libération, de liberté, de bons (les indépendantistes) et de méchants (les colonisateurs canadian et les francophones colonisés qui trahissent leur pays). Elles devraient laisser entendre que le fédéralisme canadien n’est pas un choix légitime car la fédération elle-même est illégitime. Elles doivent être drôles, décapantes, mordantes et baveuses (on pourra peut-être ressusciter le sketch de RBO «  Les rejets du patrimoine  »). Elles devraient non seulement encourager de la fierté pour le Québec, mais aussi un dégout envers le Canada. Bref, ces publicités devraient tenter de changer avant tout la culture du Québec, plutôt que de militer pour un parti ou un référendum. Enfin, je le répète, je sais que les publicités ne sont pas gratuites, mais peut-être que si la récolte des fonds visait quelque chose de concret, plutôt que des affaires qui ne concernent que les convaincus, ça délierait les cordons de certaines bourses. Bien sûr, cette collecte de fonds devrait permettre à ceux et celle qui le désire de faire une contribution complètement anonyme. Étant donné la mainmise fédéraliste sur l’économie, il faut se montrer compréhensif envers les personnes voulant l’anonymat par peur de représailles.

La démarche Catalane

Il me semble aussi que les indépendantistes devraient s’inspirer de la démarche Catalane vers son indépendance. C’est-à-dire qu’il faut privilégier une approche déclaratoire. Il faut déclarer son indépendance, simplement et unilatéralement. S’il faut un référendum, alors tenons le à la fin du processus, pas au début. Mais si les fédéralistes pleurnichent trop, alors disons-leur  : OK, nous allons tenir un référendum, mais seulement si le Canada promet, par écrit, qu’ils ne tricheront pas cette fois et que, s’ils trichent encore et qu’ils se font prendre, alors le Québec aura un droit de sécession automatique et immédiat. Dans l’éventualité très probable que le gouvernement fédéral refuse, il devra alors expliquer pourquoi il ne renonce pas à la tricherie.

Essentiellement, je dis qu’il faut être audacieux et de ne pas se sentir limité par les règles canadians qui sont conçues pour nous faire perdre. De toute façon, quand vient le temps de défendre la national unity, nous savons tous que la légalité canadienne ne vaut pas grand-chose. Et quand on se fait attaquer, il faut non seulement se défendre, mais aussi contre-attaquer. Nous pouvons contre-attaquer en se servant de la mauvaise foi, l’hypocrisie et la francophobie canadian érigés en système, et en la revoyant contre eux.

Par exemple, selon M. Arbour, la cour suprême du Canada invalida le droit de véto du Québec en 1981 en arguant que la constitution de 1867 ne fut ni un pacte, ni un contrat. On pouvait donc la modifier sans le consentement de toutes les parties, dont le Québec. Or, lors du règlement sur la sécession du Québec en 1998, la cour statua que le Québec ne pouvait se séparer sans le consentement de toutes les autre provinces puisque la constitution est un pacte et ne peut donc être modifiée sans le consentement de toutes les parties ! Ne pourrions-nous pas faire appel à une cour internationale pour trancher cette question ? Évidemment, on ne peut s’adresser à la cour suprême, ils font partie du problème ! Donc, si cette cour internationale trouve que la constitution de 1867 fut un pacte, alors la constitution de 1982 serait invalidée. Si elle trouve que la constitution n’est pas un pacte, alors le Québec pourra déclarer son indépendance unilatéralement. De plus, lors de la prochaine campagne électorale le PQ pourra promettre d’utiliser la clause nonobstant sans hésiter pour défendre les intérêts du Québec. S’il s’avère que cette promesse plait à l’opinion publique, le PQ pourra renchérir en promettant d’utiliser cette clause de façon préventive, pour tout et pour rien. Ca pourra attirer des votes de jeunes gens qui veulent tout simplement «  fourrer le système  ». Qui sait ? Ce sera peut-être une façon de tirer profit du cynisme ambiant.

Enfin, je voulais partager mes pensées avec la communauté indépendantiste. J’espère que ces réflexions sont d’un intérêt quelconque et je vous remercie pour votre attention.

Commentaires

  • Normand Paiement, 19 mars 2016 07h43

    Madame Saint-Denis,

    Pour rappel, cet extrait d’un article portant sur la Commission Gomery (chargée d’enquêter sur les commandites) et paru dans Le Devoir du 22 janvier 2005 nous donne un bon aperçu de ce que coûtait, il y a vingt ans, le genre de publicité dont vous parlez... et de ce à quoi nous devrions nous attendre avant longtemps :

    « Selon M. Dingwall, M. Guité avait surtout impressionné pour son travail pendant la campagne référendaire de 1995, où il avait été responsable de la publicité du gouvernement fédéral. Ottawa, par l’entremise de M. Guité et son équipe, avait dépensé pas moins de huit millions $ pour acquérir tous les panneaux publicitaires disponibles au Québec, et ainsi empêcher le camp des souverainistes d’afficher leurs publicités. » (http://www.ledevoir.com/politique/canada/73173/commission-gomery-charles-guite-un-modele-a-suivre)

    Si nous voulons éviter que l’histoire ne se répète, nous avons intérêt à nous lever de bonne heure et à agir rapidement !

    Je vous suggère de faire part de vos suggestions à PKP. On ne sait jamais...

    Cordialement,

    Normand Paiement

  • Robert Lachance, 17 mars 2016 07h20

    Quelqu’un peut se risquer à vendre la peau d’un ours avant de l’avoir prélevée parce que des acheteurs éventuels savent ce qu’est une peau d’ours et qu’il est en mesure de livrer la marchandise en cas de vente. Dans l’état actuel des choses, je ne vois pas qui serait en mesure de livrer un pays s’il se présentait un électorat plurinational, majoritaire acheteur.

    Le 14 mars récent, René Boulanger et Maxime Laporte ont publié dans Le Patriote sur le blogue de la SSJB un long texte intitulé La stratégie référendaire, un cul-de-sac. Fort bien !

    J’ai compris qu’ils misent sur une prise du Pouvoir québécois par un camp indépendantiste et alors, la réalisation de nombreux travaux spécifiques préalables, dont devenir une république, avant la tenue d’un référendum entérineurs d’un produit.

    Ça m’apparaît une nouvelle orientation, ouverte à un Canada renouvelé avec ou sans un Québec davantage indépendant.

  • D. Drouin, 16 mars 2016 03h35

    Ça fait du bien, madame, de lire enfin sur Vigile autre chose que des jérémiades à n’en plus finir sur le passé, des accusations et des critiques pas toujours justifiées sans parler d’autant d’idées farfelues. Vos suggestions constructives sont rafraîchissantes.

    Je me demande toutefois si le genre de publicité que vous proposez n’est pas interdit hors d’une période électorale. Mes recherches à ce sujet ont été infructueuses.

    À supposer que ce soit possible, il faudra s’attendre, comme vous le soulignez, à ce que les fédéralistes en fassent autant avec beaucoup plus de moyens que le PQ qui est très endetté. Contrairement à vous, je ne pense pas que cette inégalité jouerait en la faveur des indépendantistes.

    Mais je suis tout à fait d’accord avec vous, Il nous faut un moyen de communication plus public que les réseaux sociaux.

    Ceci vous donne une idée des coûts d’une pub.
    http://www.lesaffaires.com/archives/generale/annoncer-ca-coute-combien-/523694

  • L. Lalancette, 15 mars 2016 13h37

    Je suis entièrement d’accord. Demandez aux indépendantistes de contribuer financièrement à des projets/actions concrètes, va effectivement dénouer les bourses. Je prends en exemple, Option nationale, qui a produit et distribué gratuitement le livre qui fait dire oui, les indépendantistes ont contribué monétairement pour ce projet parce que l’$ était destiné au livre et non pas au parti. Il faut occuper l’espace public, partout, sur tout le territoire... soyons créatif... soyons l’indépendance. Vive la future république du Québec !

  • Ouhgo St-Pierre, 15 mars 2016 11h11

    "Il semble que le PQ va mettre sur pied un institut de recherches sur l’indépendance du Québec. "
    Oui, et ce pourra être la source des "punch" publicitaires.
    Publicité endogène : et non à partir des lois exogènes, kénédians ! (clause nonobstant)

    Les Écossais, les Catalans et autres peuples en lutte ont longtemps pensé que le peuple québécois servirait de fer de lance dans ce combat solidaire, ils nous ont observés, étudié nos référendums, attendu après nos mouvements... qui ne sont pas venus ! On a triché contre nous, et Nous nous sommes affaissés, à partir du moment où nous fûmes même parmi les Brutus qui ont poignardé le père, César-Parizeau, témorés devant les attaques vicieuses à la xénophobie. Parizeau pointant "des votes ethniques", désignait sans équivoque le West Island, notre ver solitaire, qui nous ronge de l’intérieur depuis la conquête. "Ces Gens-là", ethnie tissée serrée, votent systématiquement et traditionnellement contre notre volonté autonomiste française. Même nos élites morales se sont dégonflées et ont condamné, à jamais, celui qui venait d’être frappé sous la ceinture au référendum de 1995. C’est de l’Histoire. Mais ce parti politique doit maintenant laver sa honte. Qu’il saisisse l’exemple de Djemila Benhabib, une dévoilée volontaire, qui vient de publier : "APRÈS CHARLIE, Laïques de tous les pays, mobilisez-vous !"

    Il doit être révolu le temps où la simple accusation de xénophobie (attaque contre la Charte) suffisait à nous écraser. L’intégrisme religieux ne se cache même plus pour annoncer son projet hégémonique contre les "mécréants". Soyons donc fiers de proclamer notre présence pluricentenaire sur ce territoire que nous avons défriché, habité, développé, rendu terre d’accueil pour les gens respectueux.

  • Carol Morissette, 15 mars 2016 10h58

    On se penserait déjà en Arabie Saoudite , la censure partout même dans les chiottes.

  • Carol Morissette, 15 mars 2016 10h55

    Nous les indépendantistes n’avons pas les moyens d’avoir une publicité
    à la T.V. mais ce macaque de Charkaoui passe à la T.V. régulièrement et
    prône la violence et cela tout à fait gratuitement.Peut-être devrions-nous changer notre manière de faire ,Avec les loups faut hurler sinon on risque de se faire bouffer.

  • Robert Lachance, 15 mars 2016 08h33

    J’imagine que l’indépendance pour vous, c’est ce que donne à lire La souveraineté du Québec : Hier, aujourd’hui et demain de Jacques Parizeau, 2009.

    C’est le LIT de Jean-Martin Aussant, fondateur d’Option nationale en 2011, la capacité légale qu’un peuple adulte et effectif se donne de faire toutes ses lois, de gérer tous ses impôts et de conclure tous ses traités. Plurinational ?

    C’est la graduation du Québec de détenteur d’un « diplôme » de province à détenteur d’un diplôme de pays, statut que m’a inspiré la lecture de certaines pages du blogue de Bernard Drainville.

    Ceci écrit, c’est qui « on » dans « Et si on vendait l’indépendance … » : Nous qui écrivons et lisons textes et commentaires ici à Vigile Québec ? Un PQ renouvelé ? Un ON augmenté ? Un QS orienté ? Un OUI-Québec efficient ? Un mouvement spontané à venir genre Printemps Érables ou arabes ?

    Dans mon livre à moi selon l’expression, non-écrit, pour avoir lu La juste Inégalité : Essai sur la liberté, l’égalité et la démocratie, Robert Dutil 1995, ce serait environ 80 000 gens du pays. Ce nombre retient le 4 % dynamique, politisé, du 35 % de répondants représentatifs de l’électorat québécois.

    Ces tendres et/ou braves représentant.e.s, au sondage Léger début février dernier, ont répondu POUR à la question « Si un référendum sur la souveraineté du Québec avait lieu aujourd’hui, voteriez-vous POUR ou CONTRE la souveraineté du Québec ? »

    Dans un livre à venir, ce serait le 4 % dynamique du X % de répondants représentatifs de l’électorat québécois, environ 100 000 gens du pays, qui à un prochain sondage Léger répondraient dans l’ordre OUI et NON aux deux questions claires suivantes :

    1 - Voulez vous que le Québec gradue de province à pays ?

    2 - Voulez-vous que le Québec demeure une province ?

    Dans ce livre, X est espéré plus grand que 35 %. Le nombre de politisées gens du pays s’élèvent à 100 000 parce que les moins de 18 ans y comptent pour 1,5 million, via la procuration de parents si estimée nécessaire bien entendu… du du du.

    Capitaine Bonhomme, sors de ce corps !

  • Pierre Desfossés, 14 mars 2016 23h48

    Bonjour madame Saint-Denis,

    que de bons textes ces temps-ci sur Vigile et particulièrement le votre ! Parler d’indépendance, promouvoir l’option indépendantiste tout le temps, en toute occasion, par tous les moyens, comme le réclame continuellement monsieur Cloutier par exemple, et comment donc ! Mais les hautes instances du PQ ne bougent jamais sur ce point. C’est désespérant. Pourtant , moi aussi je suis de ceux qui pensent que c’est là une absolue nécessité. Pourquoi le PQ ne bouge-t-il pas ? Simple question d’argent ? J’espère qu’il n’y a pas de raison plus grave. Vous écrivez : si la récolte des fonds visait quelque chose de concret, plutôt que des affaires qui concernent que les convaincus, ça délierait les cordons de certaines bourses.¨ Entièrement d’accord. Moi le premier je ferais un effort au maximum de mes capacités, soyez-en assurée.

    Votre texte est un des plus inspirant que j’ai lu sur Vigile depuis un bon moment. Il nous sort du théorico-théorique et nous invite à l’action concrète. A la vraie lutte politique . Et merci de me faire connaître un texte et un auteur que j’ignorais totalement, celui de monsieur J. Maurice Arbour, ¨Cessons d’être des colonisés¨.
    J’espère qu’il est facile de se le procurer.

    Un dernier mot pour vous dire comment j’apprécie votre sensibilité politique et votre esprit stratégique. Ce sont des battantes et des combattantes comme vous dont la cause a besoin.

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