«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Les partis doivent s’engager à prendre des mesures sérieuses pour le français

lundi 1er décembre 2008

La situation du français à Montréal exige que le gouvernement du Québec agisse rapidement afin de contrer l’anglicisation des institutions publiques et de faire respecter le droit de travailler en français. Les partis politiques doivent prendre des engagements clairs à cet égard dans le cadre de la présente élection.

Avant tout, il faut se rappeler que la Charte de la langue française a subi plus de 200 modifications qui l’ont affaiblie dans la plupart de ses champs d’application, ce qui favorise le retour au bilinguisme institutionnel et réduit le pouvoir d’attraction du français. La loi 101 n’a pas été conçue contre le multilinguisme individuel, mais contre le bilinguisme institutionnel. Elle visait à faire du français non pas l’une des langues officielles, mais plutôt la seule langue officielle du Québec, et non pas la langue des seuls francophones, mais celle de tous les Québécois.

Il faut donc non seulement recommencer à appliquer rigoureusement la Charte de la langue française, mais aussi la renforcer dans tous ses champs d’application.

Éducation

Tout d’abord, le secteur de l’éducation est fondamental pour la transmission d’une langue et d’une culture. C’est un facteur essentiel d’intégration des nouveaux arrivants. L’enseignement collégial et universitaire est une voie majeure d’intégration à l’emploi qui détermine fortement la langue de travail et les transferts linguistiques. Trente ans après l’adoption de la loi 101, plus de la moitié des allophones fréquentent toujours le cégep anglais. C’est le cas de 40 % des finissants allophones du secondaire français. De plus, la majorité des immigrants arrivent au Québec à l’âge adulte et ne sont donc pas touchés par les dispositions scolaires de la loi 101. Il apparaît donc essentiel de modifier la Charte afin d’appliquer les critères d’accès à l’école publique française au niveau collégial.

Par ailleurs, les universités anglophones reçoivent environ 25 % des fonds publics québécois et 35 % des fonds fédéraux destinés aux universités québécoises, tandis que les anglophones de langue maternelle ne représentent pourtant que 8,2 % de la population du Québec. De plus, une grande proportion des étudiants des institutions anglophones quittent le Québec après avoir obtenu leur diplôme. Par exemple, plus que 50 % des finissants de McGill en médecine vont pratiquer dans le reste du Canada, aux États-Unis ou ailleurs. Il faut donc accroître le financement du réseau universitaire francophone et établir graduellement les subventions du réseau universitaire anglophone en fonction du poids démographique de la minorité historique de langue anglaise.

Le projet de construction de deux mégacentres hospitaliers universitaires à Montréal, financés à parts égales, l’un pour les 80 % de francophones et l’autre pour les 10 % d’anglophones, est l’exemple qui illustre le mieux l’iniquité du financement des universités en fonction de la langue. De plus, le domaine de la santé s’affirme de plus en plus comme l’un des plus grands employeurs, voire le plus grand. Le mégacomplexe hospitalier McGill va imposer l’anglais comme langue de travail à un nombre de plus en plus grand de Québécois qui y travaillent (plus de 11 500 employés en 2008). Pour des raisons économiques aussi bien que médicales et linguistiques, on se doit de construire un seul mégahôpital francophone à Montréal et prévoir certains accommodements pour que McGill puisse y fonctionner.

D’autre part, il sera difficile d’inciter les entreprises à utiliser le français comme langue commune à l’intérieur du Québec si le gouvernement et ses organismes ne le font pas eux-mêmes. Si les services publics rendus aux nouveaux citoyens sont systématiquement donnés en anglais, ceux-ci concluront que la connaissance du français n’est pas une nécessité.

Langue de travail

Premièrement, il faut mettre en vigueur l’article 16 de la Charte de la langue française de façon à ce que les communications du gouvernement du Québec se fassent uniquement dans la langue officielle, c’est-à-dire le français, avec les entreprises établies à l’intérieur du Québec.

Pour les services gouvernementaux aux particuliers, des balises doivent être appliquées afin de favoriser l’usage exclusif du français dans les communications internes au Québec. Les seuls organismes habilités à donner des services en anglais aux particuliers devraient être ceux qui desservent principalement la communauté historique anglophone. De plus, dans ces organismes, les communications internes devraient se faire en français. Les clients non anglophones de ces établissements devraient recevoir des rapports médicaux complets en français, et une version anglaise devrait n’être offerte que sur demande ; il faut renverser le fardeau actuel de la demande.

L’Office québécois de la langue française doit avoir le mandat d’enquêter de son propre chef sur le respect du droit de travailler en français, notamment en vertu de l’article 46 (exigences linguistiques à l’embauche) et de l’article 45 (embauche interne). Les seuls motifs valables pour qu’un employeur exige la connaissance de l’anglais ou d’une autre langue devraient être liés aux relations à l’extérieur du Québec.

À l’exception de cette dernière proposition, les mesures présentées visent à « désangliciser » les institutions gouvernementales québécoises. Bien sûr, une série d’autres mesures d’aménagement linguistique seraient utiles. Mais tant que le gouvernement continuera à communiquer en anglais (traduction de courtoisie, etc.) avec les entreprises établies au Québec, cela reviendra à tenter de remplir un seau percé à grands frais. Parallèlement, si le gouvernement améliore l’offre de service en francisation, mais que tous les services publics sont donnés en anglais à tous les citoyens, il se tire dans le pied.

Le statut de langue commune pour le français à Montréal est essentiel pour permettre l’inclusion de tous les citoyens du Québec dans un espace public commun et pour assurer l’avenir du français au Québec. Si les partis politiques susceptibles de prendre le pouvoir refusent d’adopter une position claire, de plus en plus de Québécoises et de Québécois devront comprendre que la seule solution est celle de la mobilisation citoyenne, celle de la rue.

***

Mario Beaulieu, Président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal et porte-parole du Mouvement Montréal français


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La langue - un état des lieux

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