«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

La formation générale et la question du Québec

Les libéraux vont-ils rapetisser ou néantiser la formation générale

Tribune libre de Vigile
lundi 7 décembre 2015
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En cette période automnale, de l’année 2015, l’inquiétude est au rendez-vous. Le réchauffement climatique et la COP21 nous annoncent des lendemains qui ne seront peut-être pas très enchantés. La menace terroriste nous inquiète aussi, même si nous disons que nous devons éviter la peur et la terreur, histoire de ne pas concéder la victoire aux fanatiques et aux barbares. Nous assistons, plus ou moins impuissants, aux migrations de millions d’êtres humains, chassés par la guerre ou par la pauvreté. Au Québec, la question du déversement des eaux usées a aussi contribué à augmenter notre « pessimisme » environnemental et écologique.

Confronté à cette désespérance de dimension variable, le professeur de niveau collégial » que j’ai été se permet de vivre une angoisse supplémentaire. Je pense, en effet, que des tendances fondamentales et « basiques » (comme on le dit de plus en plus) conduisent l’école et l’esprit humain vers un rapetissement significatif et vers une inculture profonde (soit dit sans mépris) qui feraient en sorte que les humains deviendraient de plus en plus aliénés, c’est-à-dire de plus en plus étrangers et perdus au sein de l’univers dans lequel ils vivent, et vont vivre (si le pire n’arrive pas).

Si je me permets une rapide incursion autobiographique, je dirai que j’ai enseigné la sociologie au collégial, de 1966 à 2003. D’abord, dans un Collège classique (Externat classique de Longueuil), pendant trois ans ; ensuite dans un cégep, sis à Longueuil.

J’ai vécu la transition, remplie d’espoir et de promesses excitantes, qui a permis la mise en place du nouveau système des collèges d’enseignement général et professionnel (les cégeps). C’était la fin des collèges classiques, et le début d’une vaste ouverture démocratique dans le système scolaire global, dans le système collégial, en particulier (en ce qui me concerne).

Pendant mes études universitaires (en sociologie), à l’Université de Montréal, au début des années 60, j’ai eu la chance de suivre un merveilleux cours, donné par le formidable Guy Rocher, qui ne cessait de nous informer sur la philosophie prometteuse et alléchante de la Commission Parent.

Dès les premières années de l’existence des cégeps (de 1968 à 1972), j’étais jeune, ravi et enthousiaste, même si je voyais des zones d’ombre qui ne cessaient de se profiler à l’horizon. Certaines personnes, parfois « bien placées », et certains étudiants ou parents, avaient des réticences face à un enseignement dit « général », obligeant les jeunes à s’initier à la philosophie, à la langue, à la littérature, à l’histoire, et parfois aux arts ou aux sciences humaines.

Puis, au fil des années, j’ai très bien discerné l’apparition d’un clientélisme, de style cafétéria, qui prônait l’idée selon laquelle les étudiants devraient avoir le droit de choisir leurs cours, dans une large mesure. Je voyais se manifester progressivement l’idée selon laquelle connaître des matières comme la philosophie, la littérature, les arts, l’anthropologie ou la sociologie, cela ne sert pas à grand-chose.

J’ai vu, aussi, la diminution « populaire » et « gouvernementale » du respect des enseignants. En 1966, lorsque je venais d’avoir 23 ans et de devenir un très jeune enseignant (dans un collège classique), j’étais étonné de rencontrer de très nombreuses personnes, souvent âgées, qui me félicitaient d’avoir choisi une carrière dans laquelle mon rôle était d’instruire les jeunes, de leur transmettre des connaissances, des connaissances auxquelles eux, ils n’avaient pas eu accès. Quand je retournais dans mon village natal, dans l’Outaouais, je recevais plein de félicitations. Cela me ravissait et m’étonnait.

Je pourrais en dire beaucoup plus. Je veux, toutefois, crier ma sympathie pour les enseignants de tous les niveaux. Je pense, particulièrement, à cause de mon passé, aux enseignants des cégeps qui n’ont plus beaucoup d’autonomie professionnelle, qui sont démesurément encadrés et peu autonomes, et qui sont confrontés à un clientélisme régressif.

Pendant la période actuelle, marquée par de sérieux problèmes climatiques et écologiques, de même que par les menaces terroristes, il est important, comme rarement auparavant, de donner aux jeunes des cours dits « généraux », susceptibles d’ouvrir des horizons, des perspectives, et de permettre une meilleure « compréhension » de ce qui se passe. Dans un monde de moins en moins imprégné par la religion, il faut proposer aux jeunes un « sens de la vie » qui soit autre chose que la promesse publicitaire du bonheur immédiat, en ce monde.

Dans le cadre d’une bonne formation générale, il est probable que la question du Québec sera régulièrement posée. Mais si on ne fabrique que de bons travailleurs, le Québec a une importance secondaire.

Mais la tendance actuelle, bien assumée par les libéraux et leurs sbires, ne nous dirige-t-elle pas dans une direction opposée à celle dont je parle ?

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