«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

La gauche qui trahit

Les faux amis du peuple

vendredi 2 juin

Au commencement étaient les années 1960 (celles que je connais). Nous étions à peine quelques centaines dans les rues de Montréal et aussi de Québec à crier « Québec libre ! », « Le Québec aux travailleurs ! », « Le Québec aux Québécois ! » et « Québec français ! ». Prononcer le mot « québécois », c’était presque un sacrilège, parce qu’à cette époque, on disait « Canadiens français ». Le fait d’utiliser « québécois » était mal vu, faisait l’effet d’un sacrilège. On nous pointait du doigt comme étant des marginaux, de dangereux anarchistes. C’est que les premiers militants de l’ère moderne, ceux de la Révolution tranquille, se voulaient inclusifs. On disait que le Québec devait appartenir à ceux qui y travaillaient. Bourgault, lui, avait inventé une belle formule : « Est Québécois celui qui assume le passé, le présent et l’avenir du Québec... » Ou encore : « Est Québécois celui qui veut l’être. »

Au début, cette poignée de militants indépendantistes se recrutait surtout parmi les jeunes étudiants formés dans les collèges classiques, parmi les intellectuels de gauche, les écrivains, les artistes, les journalistes. Mais très peu d’ouvriers. C’était notre plus grand malheur, notre plus grande faiblesse. Les gens des classes populaires nous regardaient comme des « pic-pics », des « détraqués ». Nous étions plus ou moins la risée du monde ordinaire. Pourtant nous cherchions à les courtiser, nous nous demandions comment les convaincre de la justesse de nos idées. Mao disait que les idées justes finissent toujours par triompher. Et c’est ce que nous croyions : l’idée d’indépendance était une idée juste, l’indépendance du Québec était nécessaire et nos idées allaient triompher.

Et nous avons fini par avoir raison. Des quelques centaines que nous étions au départ, nous sommes devenus des milliers, puis des centaines de milliers. Ce n’était plus une poignée de jeunes idéalistes déconnectés de la population, nous étions désormais le peuple. Le peuple québécois en marche.

Puis les années 1970 sont arrivées. Le FLQ avait été défait, plusieurs étaient en prison, d’autres en exil. La loi des mesures de guerre avait eu l’effet d’un coup de matraque. Mais, au moins, le militantisme syndical et populaire n’était pas mort. Michel Chartrand et Marcel Pepin, à la CSN, fouettaient l’ardeur des troupes, les assemblées syndicales étaient très courues. Ti-Louis Laberge, à la FTQ, n’était pas en reste. Le Front commun intersyndical en est le plus bel exemple. Naissaient un peu partout des organisations de base, les comptoirs populaires, les garderies populaires, les cliniques populaires, l’aide juridique populaire, etc.

Alors sont apparus, dans le paysage, les premiers groupes marxistes-léninistes, comme cela se passait en France, entre autres. Il y avait d’un côté les pro-Chinois, puis de l’autre, les pro-Albanais. Ça se chicanait dur. Les « M.-L. » ont vite pris le contrôle de ces organisations de base puis ont « pacté » les assemblées syndicales. Du coup, les salles se sont vidées, laissant la place aux réciteux de catéchisme, qui se chamaillaient entre eux, parfois même violemment.

Curieusement, ces petits colonels de la rectitude politique qui voulaient représenter le peuple s’en trouvaient de plus en plus éloignés. Nos idées avaient fini par s’implanter, le peuple québécois commençait à croire à l’indépendance du Québec, mais eux, par snobisme peut-être, ne le prenaient pas. L’indépendance devenait ringarde à leurs yeux. Ça faisait trop peuple. Et, surtout, ça divisait la classe ouvrière canadienne. La loi 101 sur la langue française, votée par le premier gouvernement du Parti québécois, était, selon eux, une loi raciste et lors du premier référendum, ils ont recommandé de voter NON. Françoise David était de ceux-là, tout comme Roger Rashi, qui fut président du Parti communiste ouvrier (PCO).

Son parti avait participé aux élections provinciales de 1981 et avait obtenu 0,14% des voix. Il milite maintenant à QS (33 ans plus tard : 7,62% des voix) et, tel un caméléon, a adapté son discours aux nouvelles donnes. Collaborateur au magazine Presse-toi à gauche ! il conseille Amir Khadir et a participé activement à la campagne dans Gouin au côté de Gabriel Nadeau-Dubois. Pour lui, le PQ est l’ennemi principal. À l’instar de Françoise David et de Roger Rashi, plusieurs de ces ex-ml, fossoyeurs de l’idée d’indépendance, se sont retrouvés à Québec solidaire.

Paradoxalement, chez de nombreux communautaristes qui militent dans ce parti, on retrouve ce même dédain pour l’idée d’indépendance. On se moque, bien sûr, de ceux qui écrivent dans Le Journal de Montréal et de ceux qui le lisent. « De gens de droite ! » Parler avec conviction de l’indépendance du Québec, c’est tomber dans le populisme : « Il ne faut pas se fier à ce que la population veut. »

Tant d’efforts, déployés durant toutes ces années, pour convaincre la population de la justesse de l’indépendance du Québec et maintenant qu’on y est arrivé, ou presque, ces militants de la gauche pure et dure préfèrent s’abstenir, bouder leur plaisir, mais sans le dire vraiment. Oui mais... Ce sont les faux amis du peuple.


Suggérer cet article par courriel
Québec solidaire (sic)
Lorsque les masques tombent...

Financement de Vigile

N’hésitez pas à contribuer à sa production

Joignez-vous aux Amis de Vigile

Objectif 2017: 60 000$
13 530$  23%
Paiement en ligne
Don récurrent

Contributions récentes :

  • 19/09 Alain Tousignant: 5$
  • 16/09 François-Luc Valiquette: 5$
  • 15/09 André Thibault: 5$
  • 13/09 Robert Lecompte: 5$
  • 6/09 André Lafrenaie: 25$
  • 6/09 Georges Le Gal: 100$
  • 4/09 André Gignac: 50$
  • 3/09 Maxime Boisvert: 5$

Toutes les contributions

Merci beaucoup!

Publicités