«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Discours de Maxime Bernier dans le cadre du Regroupement des jeunes chambres de commerce du Québec

Les fabulations du fédéralisme

Tribune libre de Vigile
jeudi 22 mai 2014
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À en croire Maxime Bernier, député conservateur de Beauce et Ministre d’État aux Petites entreprises, dans le cadre d’un discours pour le Regroupement des jeunes chambres de commerce du Québec, les Québécois et Québécoises devraient arrêter de « quémander » à Ottawa et mettre en place des mesures budgétaires afin de s’attaquer à l’endettement de l’État (voir notamment : Joël-Denis Bellavance, « Le Québec doit cesser de « quêter », La Presse, 20 mai 2014). Pour le ministre qui s’interroge en fait sur la manière avec laquelle le Québec va prendre sa place dans la fédération canadienne de demain, nous devrions non seulement nous rapprocher des autres Canadiens qui prônent comme nous la décentralisation des pouvoirs et ne plus considérer l’anglais comme une langue étrangère, mais également nous réconcilier avec notre histoire (supposant implicitement que nous aurions trop tendance à nous victimiser), plus particulièrement avec le traumatisme que représente la Conquête britannique. Le discours doctrinal du conservateur ne s’arrête pas là ! À son avis, la victoire électorale des libéraux de Philippe Couillard le 7 avril dernier est un rejet clair de l’option souverainiste et l’élite nationaliste québécoises délégitimiserait toutes les identités en ne promouvant exclusivement que l’identité québécoise francophone.

Quelle malhonnêteté du valet de Monsieur Harper ! N’en déplaise à Monsieur Bernier, l’indépendantisme existe et il est simpliste de prétendre que la promotion d’un projet social nationaliste axé sur le bien commun signifierait une fermeture au pluralisme culturel. De plus, on aurait tort de penser qu’une défaite du Parti québécois fait disparaître l’option de l’indépendance du Québec ! Et au sujet de notre rapport à l’histoire, de quoi se mêle Monsieur Bernier pour nous dicter de passer par-dessus la Conquête puisque cela ferait assez longtemps qu’elle a eu lieu ? Quand bien même cette dernière aurait eu lieu il y a 10 000 ans, se souvenir de l’histoire afin d’aiguiser notre regard critique sur le présent est nécessaire et souhaitable. Nous n’avons pas besoin en plus de nous sentir coupable d’être conscients des divers enjeux de notre histoire et des injustices vécues par notre peuple.

Pour étayer sa vision à tout le moins « bonententiste », Maxime Bernier y est allé de spéculations en fabulations, notamment en laissant entendre que le fait français fait partie intégrante de l’identité de tous les Canadiens et que les nationalistes québécois auraient une propension à l’exclusion et au mépris des diverses identités culturelles qui s’expriment dans la société. Notre histoire fortement maquée par le métissage et le dialogue entre les diverses cultures prouvant, à mon sens, que nous sommes un peuple ouvert sur le monde, solidaire, reconnaissant et généreux. Selon les dires du ministre, nous devrions en outre briser notre dépendance envers Ottawa en misant sur des politiques économiques génératrices de richesses. Toutefois, ces politiques, on le sait, pour Monsieur Bernier et sa formation politique sont nulle autre que le « laissez-faire » économique et la promotion des seules libertés individuelles au détriment des enjeux environnementaux et plus globalement d’un projet misant sur l’intérêt collectif. Non merci !!

Maxime Bernier nous dit également de ne pas considérer le fédéralisme comme une simple « association rentable » et implicitement d’apercevoir en lui la flamme nous donnant envie de nous unir et de poursuivre un projet commun. Mais où est donc cette passion collective tant souhaitée des Québécois à l’égard du Canada ? À cet égard, sans être fermé et hostile face au reste du Canada, j’ai toujours eu la conviction que le jeune peuple que nous sommes ressent déjà la diffuse impression d’avoir déjà son pays, le Québec, mais qu’il nous manque encore le contexte socio-historique qui nous permettrait, avec tout le courage et l’audace que cela implique, d’officialiser cette appartenance collective qui fait de nous un peuple unique et ouvert. Si les Québécois et Québécoises ne veulent pas d’un tel pays, c’est à eux seuls d’en décider ; la démocratie étant de respecter la volonté souveraine du peuple. J’affirme simplement que les propos méprisants et irrespectueux que nous servent trop de fédéralistes, dont Maxime Bernier, ne sont pas bénins car ils ne nous prennent pas comme nous sommes, avec notre conscience historique particulière, mais ils projettent sur nous ce qu’ils voudraient que nous soyons en concordance avec leur vision illusoire d’un Canada uni et sans tension.

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