«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Les enseignements de la guerre de Sécession aux États-Unis (1861-1865)

Tribune libre de Vigile
mardi 4 avril
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Le 12 avril 1861, les États-Unis entrent dans une guerre civile opposant 11 États fédérés du Sud à 23 États fédérés du Nord. Les deux grandes puissances de l’époque que sont l’Angleterre et la France observent attentivement le conflit en Amérique du Nord. En effet, les autorités britanniques et françaises s’inquiètent des conséquences de cette guerre civile sur leurs économies. Il convient de rappeler qu’à cette période, les deux pays importent le colon provenant des États esclavagistes américains afin d’alimenter le développement de leurs industries. C’est pourquoi, l’Angleterre, tout comme la France, décident d’entretenir des relations aussi bien avec le camp unioniste que le camp confédéré. De leur côté, les Canadiens français prennent parti pour l’Union. Près de 40 000 d’entre eux servent dans les rangs de l’armée nordiste pendant ce conflit.

En 1861, les nordistes et les sudistes utilisent une tactique et des uniformes d’inspiration française. Cette situation s’explique par le fait que les officiers des deux camps ont reçu une formation à l’école militaire de WestPoint qui accorde une large place à l’étude de l’histoire militaire de la France et tout particulièrement celle des campagnes napoléoniennes. Dès le début du conflit, l’Union mise sur la puissance de son industrie et de sa recherche pour innover dans les combats afin de prendre l’avantage sur la Confédération sur les champs de bataille. Par exemple, à l’été 1861, les Nordistes utilisent un ballon pour mener des observations de l’ennemi. Le 18 juin 1861, ils réalisent une première communication de l’air au sol au moyen d’un fil télégraphique. L’introduction de fusils à canon rayé quadruple la portée et la précision du tir en donnant un effet tournant aux munitions de forme coniques. Cette technologie a un impact direct sur la tactique. Elle rend suicidaire les attaques en rang serré et favorise la défensive au détriment de l’offensive. Désormais, les combattants ne vont plus au feu en rang serré. Ils avancent en s’aplatissant au sol afin de s’exposer le moins possible et creuse des abris dans la terre pour se protéger des tirs adverses. Le conflit se transforme en guerre des tranchées similaire aux combats de la Première Guerre mondiale avec le siège de Vickburg en 1863 et celui de Petersburg en 1864. Le paysage des champs de bataille devient criblé de trou en raison de l’utilisation des mines souterraines.

L’Union utilise également de manière intensive les voies de chemin de fer pour transporter rapidement ses troupes sur les différents champs de bataille. Par exemple, en septembre 1863, 16 000 soldats nordistes parcourent 1 930 km pour rejoindre le front. Les Sudistes, quant à eux, intensifient la guerre maritime. Par exemple, les corsaires sudistes capturent 105 000 tonnes des 2,5 millions que jauge la marine marchande de l’Union. Les nordistes prennent peur pour leurs activités commerciales. La hausse vertigineuse des taux d’assurances provoquée par les attaques des confédérés pousse les nordistes à transférer 775 000 tonnes sous pavillon neutre.

À partir de 1864, le général Sherman fait évoluer la stratégie de l’Union. En effet, il considère que pour remporter la guerre, les nordistes doivent s’attaquer à la dimension extra militaire du conflit. Il décide donc de rendre inutilisable l’ensemble des ressources du Sud. Ses 62 000 hommes se livrent alors à la destruction des grandes propriétés, des centres industriels et des voies de communication. Cette politique de guerre totale prive les Sudistes des arsenaux et des voies de chemin de fer qui leur sont indispensable pour poursuivre leur effort militaire. En parallèle, l’armée nordiste utilise les moyens techniques les plus modernes pour tenter de faire plier les Confédérés. Par exemple, en 1865, le STM pose et relève en moyenne 320 km de fil télégraphiques par jour ce qui permet à l’état-major de l’Union de conserver un contact permanent avec ses troupes. Les Sudistes répliquent eux aussi par des innovations comme l’introduction en 1864 de leur premier sous-marin opérationnel : le « Hunley ».

Constatant l’apparition d’innovations importantes à l’occasion de la guerre de Sécession, la France décide de suivre de plus près l’évolution du conflit. Elle dépêche d’avril à décembre 1864 une mission militaire officielle du côté nordiste. Deux militaires français, le lieutenant-colonel de Chanal et le capitaine Guzman, rejoignent le front au sein de l’état-major du général Meade. Ils suivent la campagne de la Willderness qui comporte le siège de Petersburg. À leur retour en France, ils rédigent un rapport très détaillé sur l’organisation, les équipements et les tactiques employées par les nordistes et les sudistes. Isolé diplomatiquement, asphyxié sur le plan économique, la Confédération n’a plus les moyens de continuer à soutenir son effort de guerre. Le 9 avril 1865, le général Robert Lee, commandant en chef des troupes confédérées, signe à Appomattox Courthouse la reddition de ses forces après du général Ulysse Grant, chef des troupes de l’Union. Même si, dans les faits, le conflit se poursuit encore quelques semaines, cette réddition marque la fin de la « Civil War » comme l’appelles les Américains. La guerre mobilise 3 millions de citoyens américains et fait 620 000 morts ce qui représente autant de pertes pour l’armée américaine que les deux guerres mondiales, la guerre de Corée et celle du Vietnam cumulé. Il s’agit du conflit le plus sanglant de l’histoire des États-Unis.

Bien qu’informé des nouveautés introduites dans les combats par la guerre de Sécession, le haut commandement militaire français ne fait pas évoluer sa doctrine. En effet, de nombreux officiers français, comme le célèbre colonel Ardant du Picq, ne voient dans le conflit aux États-Unis qu’un affrontement entre des « tirailleurs embusqués à longue distance ». Formés selon une doctrine de l’offensive, ils estiment que la victoire ne peut s’obtenir que par la combinaison de la force morale et de la bravoure physique. L’état-major français croit à la toute-puissance du choc pour vaincre sur le champ de bataille et ce d’autant plus que l’armée française s’est avérée victorieuse dans toutes ses campagnes coloniales de l’époque comme l’Algérie (1830-1870), le Sénégal (1854-1865), l’Indochine et la Chine (1858-1860) ou encore le Mexique (1862-1867). Les enseignements de la guerre de Sécession sont donc largement ignorés par la France, l’exposant de ce fait à de lourdes déconvenues lors de la guerre de 1870 et de la Première Guerre mondiale. De leur côté, la parenthèse de la guerre de Sécession une fois refermée, les États-Unis décident de revenir à un format d’armée très réduit tant au regard de l’immensité de leur territoire. L’Amérique se contente de rester une puissance marchande jusqu’à la Première Guerre mondiale.

En conclusion, la guerre de Sécession constitue une nouvelle forme de conflit par bien des aspects. Par rapport aux autres conflits du XIXe siècle, il s’avère moderne et total préfigurant les deux guerres mondiales qui vont suivre au XXe siècle. Ce conflit est moderne par l’usage d’armes nouvelles, les innovations technologiques et par sa dimension idéologique. Il est également total car il mobilise toutes les ressources humaines ainsi que l’économie pour l’effort de guerre.

Bibliographie :

- Archives du Service Historique de la Défense (France), carton 1M1681, Série « mémoire et reconnaissances États-Unis 1757-1871).
- Bibliothèque et Archives du Canada, Incidence de la guerre de Sécession : anecdotes moins connues, (https://www.collectionscanada.gc.ca/confederation/023001-2400.11-f.html - consulté le 30/03/2017).
- Général COLIN (Jean), Les transformations de la guerre, Economica, 1989, 337 p.
- LACROIX (Jean-Michel), Histoire des États-Unis, PUF, 1996, 590 p.
- LAMARRE (Jean), Les Canadiens français et la guerre de Sécession, VLB éditeur, 2006, 186 p.
- VINET (Mark), Le Québec/Canada et la guerre de Sécession américaine : 1861-1865, Wadem Publishing, 2002, 204 p.

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