«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

« Think big, ’stie ! » Arnaqueur un jour, arnaqueur toujours ?

Les ambitions mondiales de Charles Sirois

samedi 1er février 2014

C’est au Forum économique mondial de Davos que l’entrepreneur Charles Sirois m’a expliqué la réflexion et les trois années de recherches qui l’ont conduit à créer sa toute dernière entreprise, Pangea, une société du secteur agricole dont le modèle d’affaires pourrait, selon lui, opérer rien de moins qu’une révolution à l’échelle internationale.

L’originalité et la complexité du concept et des enjeux qui ont mené à la création de Pangea nous ont fait convenir d’une rencontre aux bureaux de Charles Sirois, à notre retour à Montréal.

« De toute façon, il faut que je te présente mon associé, Serge Fortin, c’est lui l’architecte de tout ce qui touche l’opération agricole », avait tranché l’entrepreneur.

Inquiet de l’absence de relève dans le monde agricole québécois et du nombre élevé de terres en friches, interpelé par les défis alimentaires que va générer l’accroissement de la population mondiale à 9 milliards d’habitants d’ici 2050, Charles Sirois a décidé de s’embarquer à fond dans la sécurisation de la chaîne de production alimentaire mondiale.

« J’aborde ce nouveau défi de la même façon que j’ai abordé les communications mobiles au début des années 80. Je le fais pour mes cinq petits-enfants, c’est le grand enjeu des prochaines décennies et on peut faire une percée internationale comme on l’a fait dans le sans-fil », m’avait-il exposé à Davos.

À Montréal, Charles Sirois me présente d’entrée de jeu Serge Fortin, un spécialiste des télécommunications qui a été son bras droit chez Téléglobe avant de présider à l’implantation du réseau sans fil du Groupe Tata, en Inde.

« Mais je suis avant tout un agriculteur, précise Serge Fortin. Ma famille a exploité durant 250 ans des fermes à Laval et à Rivière-des-Prairies. Moi, j’ai une ferme dans L’Assomption qui m’a toujours tenu occupé. »

Assurer et incarner la pérennité

Les deux fondateurs de Pangea ont constaté que beaucoup d’agriculteurs québécois tirent le diable par la queue pour vivre correctement. Cette précarité et la hausse de la valeur des terres agricoles ont rendu à peu près impossibles les transferts générationnels.

« Un cultivateur qui a une terre de 400 acres arrive tout juste à dégager 50 000$ de liquidités par année. C’est trop peu pour réinvestir et grossir, mais sa terre continue de prendre de la valeur et devient trop chère pour la transmettre à ses enfants.

« Nous, on propose à ce cultivateur de s’occuper de 1600 acres additionnels de terres que nous aurons achetées dans sa région pour qu’il les exploite sur une plus grande échelle.

« On crée une entreprise conjointe, une Société d’opération agricole (SOA) dans laquelle l’agriculteur détient 51% du contrôle et nous, 49%. On s’engage pour une durée de 50 ans. On n’est pas là pour faire de la spéculation, mais pour obtenir de meilleurs rendements agricoles », résume Charles Sirois.

Depuis la création de Pangea, il y a un an et demi, l’entreprise a fait l’acquisition de 10 000 acres cultivables qui sont gérés par 6 SOA, dont 4 au Lac-Saint-Jean, une dans les Cantons-de-l’Est et une autre dans Lanaudière.

Pangea s’occupe de faire l’achat des équipements agricoles dernier cri pour chacune des SOA, ce qui lui permet d’obtenir de meilleurs prix, même chose pour les intrants, tels les engrais et les semences.

« Il ne s’agit pas de faire de l’agriculture industrielle mais de créer une classe d’agriculteurs-entrepreneurs. Il y a déjà de nos partenaires agriculteurs dont les fils sont revenus se construire une maison sur la terre et participer à l’exploitation de l’entreprise », observe Serge Fortin.

Charles Sirois renchérit qu’on ne peut pas laisser des terres en friche alors que la demande mondiale ne va aller qu’en augmentant. Il préfère systématiser la production agricole en l’axant sur la culture de céréales - maïs, soya, fèves japonaises...-dont les prix restent relativement stables.

Le rachat par Pangea de plusieurs milliers d’acres de terres que la Banque Nationale avait acquises au Lac-Saint-Jean a semé l’inquiétude dans la région alors que plusieurs ont interprété cette offensive comme un vaste mouvement de spéculation.

« On ne spécule pas. On achète les terres à leur valeur agroéconomique, selon le rendement qu’elles produiront. On s’engage à ne jamais transformer leur vocation agricole. On met le capital au service de l’agriculture et non l’inverse », précise Charles Sirois.

Un plan stratégique audacieux

Pangea poursuivra cette année l’acquisition de terres et la création de SOA avec l’ajout de 5000 acres au Québec et entre 6000 et 8000 en Ontario. D’ici cinq ans, le mouvement aura gagné l’Ouest canadien, les États-Unis et l’Afrique, prévoient les deux développeurs.

« Il y a un fort potentiel en Afrique. J’ai une bonne connaissance de la région que je visite au moins trois fois par année depuis 10 ans. Ils ont beaucoup trop développé l’agriculture industrielle et on peut y instaurer notre modèle d’agriculteur-entrepreneur, beaucoup plus inclusif et incarné dans la réalité des différentes régions », explique Charles Sirois.

Pour financer ces nouvelles étapes de croissance, Pangea prévoit obtenir son financement auprès des fonds de pension et des sociétés d’assurances qui cherchent à diversifier leur classe d’actifs.

« On vient de créer un nouveau modèle d’infrastructures agroalimentaires. On est un véhicule tout désigné pour le capital-patient qui cherche à sécuriser des rendements à long terme. On n’est pas inquiet pour le financement », insiste l’entrepreneur Sirois.

La moitié des 27 000 fermes au Québec est exploitée par des agriculteurs âgés de plus de 55 ans et qui n’ont pas nécessairement de relève. Les promoteurs de Pangea estiment qu’ils ont un rôle à jouer dans la protection et le développement de ce patrimoine national.


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