«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

La zone d’influence de l’OTAN progresse

Les USA interviennent en Ukraine

L’Europe gratte ses fonds de tiroirs

Tribune libre de Vigile
samedi 8 mars 2014
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Les États-Unis ont garanti un prêt de 1 milliard à l’Ukraine. Ce ne sera pas assez pour rendre à la Russie la somme de 1,89 milliards que l’Ukraine lui doit immédiatement pour payer son gaz. Ce compte passé dû depuis le 7 mars pourrait valoir à l’Ukraine la fermeture du robinet. On savait que l’Ukraine était dans une situation économique catastrophique. L’Europe qui n’a pas l’argent pour aider la Grèce devra-t-elle gratter ses fonds de tiroir pour payer la moitié de la facture russe ?

La Russie avait offert à l’Ukraine un bien meilleur deal mais cela ne cadrait pas avec les plans d’extension de la zone d’influence de l’OTAN aux portes de la Russie. Après le refus de l’Europe d’entamer des négociations tripartites (Europe, Russie, Ukraine), on a vu parader à Maïdan les chancelleries occidentales, partie visible, pendant que le soutien monétaire payait tout ce qu’il faut pour tenir un siège de trois mois dans un pays déjà ruiné, partie moins visible. Les spécialistes des révolutions colorées, en arrière dans les opérations secrètes, se chargeaient du reste.

Les carrés rouges ne pouvaient renverser le gouvernement Charest par la force sous prétexte qu’il était discrédité. L’exemple vaut pour toute opposition, comme les Anonymous à peine tolérés à New York avant qu’on les chasse par la force. Dans une société de droit, la rue ne renverse pas un gouvernement élu, même discrédité, à moins de jouir de puissants appuis.

On accuse la Russie de vouloir annexer la Crimée. Elle se défend en disant qu’elle n’y est que pour protéger la population russophone majoritaire. Le premier geste du gouvernement putschiste, sous l’influence d’une extrême droite qui ne renie pas ses affinités nazies (Privi Sektor, Svoboda), a été de restreindre les droits linguistiques des russes et d’autres minorités. Pas trop rassurant. Un référendum se tiendra le 16 mars prochain en Crimée, pour décider du rattachement à la Russie ou, deuxième question, le retour à la constitution de 1992 qui accordait à la péninsule une très grande autonomie. Pour rappel, la Crimée faisait partie de la Russie jusqu’en 1954.

Beaucoup tiennent pour acquis que la Russie n’attend que la demande de rattachement en cas de référendum gagnant pour savourer sa victoire. Rien n’est moins sûr. L’occident a parfois tendance à projeter sur les autres, non sans un peu de paranoïa, ses propres réflexes impérialistes. Personnellement, je ne crois pas que la Russie vise à annexer la Crimée et je doute qu’elle le fasse. D’abord, l’Ukraine est dans un grand délabrement économique, le rattachement d’une Crimée sous perfusion lui couterait beaucoup d’argent sans rien lui rapporter. Elle pourrait préférer, c’est sa politique, la formule d’une large autonomie de la Crimée dans le cadre d’une Ukraine restée unie, où les intérêts de chacune des composantes seraient garanties, incluant la base navale russe de Sébastopol. De plus, avec une Crimée dans l’Ukraine, l’équilibre démographique entre les russophones et les Ukrainiens de l’ouest est porteur du maintien d’équilibre sur le long terme et rend plus facile la fluidité des échanges économiques entre la Russie et l’Europe à travers l’Ukraine. Ce qui est dans l’intérêt de tous, dont la Russie, troisième partenaire économique de l’Europe.

Pour en arriver là il faudra que l’hostilité américaine, battue dans la démesure du Canada envers la Russie cède la place à un dialogue plus constructif. Il faudra que les considérations géo stratégiques de l’OTAN cèdent un peu de terrain au profit des intérêts de la population ukrainienne. Il faudra que l’on tienne davantage compte de la dynamique interne déjà complexe de l’Ukraine. L’élévation d’un contentieux régional au niveau d’une radicalisation globale des rapports OTAN - Russie ne servira en rien la cause des masses ukrainiennes qui, assumant une gestion assainie du pays, en auront au bas mot pour une décennie avant de se sortir du pétrin dans lequel les oligarques les ont plongées.

Commentaires

  • 11 mars 2014 12h05

    Merci pour les messages substantiels des commentateurs de mon article.

    @Peter - c’est la voie que prendra la Russie si l’occident emmené par les USA demeure dans l’incapacité psychologique de dépasser la logique obsessionnelle de la guerre froide.

    @ Didier - je ne crois pas que l’on puisse mettre sur le même pied la Russie et l’OTAN. La Russie aurait souhaité que l’OTAN sorte de la logique du passé. Le système mondialiste agressif n’est pas tenu par la Russie. Voici un autre reportage qui rétablit certaines vérités. Proposé au départ sur l’excellent site de Vineyard of the Saker http://vineyardsaker.blogspot.ca/2014/03/the-truthseeker-ngo-documents-plan.html

    GV

  • Christian, 11 mars 2014 09h11

    La Crimée déclare unilatéralement son indépendance en citant le Kosovo comme précédent.

    http://rt.com/news/crimea-parliament-independence-ukraine-086/

  • Michel Bélisle alias Didier, 11 mars 2014 01h10

    Monsieur Verrier,

    Le célèbre journaliste américain Chris Hedges donne sa version des faits dans un récent article :

    http://www.truthdig.com/report/item/welcome_to_satans_ball_20140309

    En résumé, il dit que les élites occidentales et les élites russes, c’est du pareil au même, c’est à dire qu’ils appartiennent à la même élite-Système.

    Monsieur Hedges ajoute que ces élites-Système n’ont aucune réelle conviction politique. Seuls l’argent et le pouvoir comptent pour eux. Il dit que c’est toujours le cas lorsqu’une civilisation devient décadente.

    Ce n’est pas pour rien que les catastrophes naturelles se multiplient présentement, un peu comme c’est arrivé à l’époque de d’autres civilisations décadentes comme celle de l’Atlantide et comme celle du temps de Noé, civilisations qui furent justement emportées par des catastrophes naturelles.

  • Francis Déry, 10 mars 2014 20h55

    @GV,
    L’Ukraine a déjà signifié qu’elle ne renouvellera pas le bail de la base de Sevastopol. La Russie compte transférer la flotte de la Mer Noire dans la base modernisée de Novorossiisk.

    @Alain Maronani,
    Selon wikipedia,

    Le taux de chômage en Crimée est passé de 20 % en 1993, à 28 % aujourd’hui. La Crimée est une des régions les plus pauvres d’Ukraine, comme en témoigne le niveau de son revenu moyen (225 hrivna mensuel par habitant soit 2,5 % de moins que celui de l’Ukraine). Autre constat inquiétant, 83 % des ménages sont endettés, ce qui ne permet guère un investissement local.


    J’ignore la date signifiée par "aujourd’hui", mais je doute de l’affirmation "partie russophone riche".
    L’économie profite du climat doux avec des vignes et des vergers. Le tourisme y est important. Est-ce le côté balnéaire qui donne l’aspect de richesse ?

    La partie russophone riche doit être le Donbass, riche en houille et industrialisé.

  • 10 mars 2014 16h09

    Anonyme écrit : « Malgré ses réserves financières, plus ou moins 500 milliards de $, la Russie ne peut se passer des revenus pétroliers et gaziers et des investissements étrangers dans l’Artique et en Sibérie (Shell, BP, Total, etc.). »

    La Russie est intéressée à faire du commerce. Elle veut des débouchés pour son gaz et l’Europe en a besoin. Rien à redire. Le commerce a besoin de stabilité politique. Ce n’est pas la Russie qui a déstabilisé l’ex-Yougaslavie et aujourd’hui l’Ukraine. La Russie a ses problèmes économiques, certes.

    La situation économique de la Russie continue de se détériorer. Mais si l’on compare avec les résultats de la zone Euro, et en particulier avec ceux de la France, ces résultats sont acceptables et peuvent même être considérés comme bons. Selon l’économiste Jacques Sapir, l’économie russe est « aujourd’hui incapable de s’extraire d’un contexte international défavorable et de trouver en elle-même les sources d’une forte croissance. »

    Sur la richesse de la Crimée
    La Crimée et l’Est de l’Ukraine (Kirkhov, Donetz, Luhansk,..) disposent de bonnes bases économiques et d’industries et commercent principalement avec la Russie. La base navale de Sebastopol (Crimée) fait vivre 100 000 personnes. Ces régions souffrent elles aussi d’une situation économique désastreuse engendrée par le pillage des richesses nationales par les oligarques de tous les camps, y compris ceux qui viennent de prendre le contrôle de Kiev.

    GV

  • Peter, 10 mars 2014 12h34

    Les différents ministères et structures économiques russes, potentiellement concernés par de lourdes sanctions économiques, ont été mobilisés pour préparer une riposte massive le cas échéant. La décision russe d’intégrer la Crimée est désormais irrévocable. Avec la quasi-totalité de la population russe et des forces politiques derrière lui, Vladimir Poutine s’apprête à affronter un occident divisé, appauvri et contesté au sein même des nations qui le composent.

    La riposte russe sera totale en effet :
    - ventes des bons du trésor des pays sanctionnant ;
    - non remboursement des prêts contractés par la Russie ou par les entreprises russes ;
    - confiscation des actifs occidentaux ;
    - achat de devises asiatiques en remplacement des devises occidentales ;
    - fin du commerce avec l’occident et virage asiatique vers la Chine et la Corée du Sud qui ont déjà été contactées dans ce sens et seront les premiers bénéficiaires de cette rupture ;
    - fin de l’utilisation du dollar dans les échanges commerciaux.

    Les conséquences de cette riposte représentent une véritable catastrophe potentielle pour les économies européennes, notamment pour l’Allemagne, la Pologne et la France. Il est évident que cette riposte aura également des conséquences dramatiques pour l’économie russe, le temps qu’elle se réoriente massivement vers l’Asie. La différence est, encore une fois, que Vladimir Poutine n’hésitera à en appeler à la solidarité nationale russe, contre le diktat occidental. Les gouvernements ouest-européens ne pourront pas, en revanche, compter sur la compréhension de leur population. En France, les médias “mainstream” ont essuyé leur première défaite face aux médias alternatifs. Décidés à passer sous silence la compromettante conversation de Catherine Ashton, ils ont été contraints au bout de cinq jours – et sous la pression des sites internet alternatifs – d’évoquer le sujet.

    La forces de Vladimir Poutine reposent aujourd’hui sur la confiance qu’il inspire à la population russe, ainsi que sur son trésor de guerre. Ces deux atouts lui permettront d’amortir les conséquences d’une guerre économique, bien mieux que ses adversaires.

    http://www.realpolitik.tv/2014/03/la-russie-prete-pour-la-guerre-economique/?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+realpolitiktv+%28Realpolitik.tv+%3E+la+g%C3%A9opolitique+sur+le+net%29

  • Michel Bélisle alias Didier, 10 mars 2014 11h33

    On dirait que les gens ne se rendent pas compte combien cette crise ukrainienne est dangereuse. Certains commentateurs l’ont comparé à la crise des missiles à Cuba dans le temps du président Kennedy.

    La déconnexion des citoyens est à son comble en ce 21e siècle. Alors que le monde est au bord du gouffre, ici au Québec, on ne parle que de ces élections provinciales qui n’ont pourtant jamais rien changer à rien.

    En plus de cette crise ukrainienne, les catastrophes naturelles et les températures extrêmes se multiplient ajoutant au présent tableau apocalyptique.

    Pourtant, à entendre et à voir aller les gens, on croirait au "business as usual". Il paraît que c’était comme ça au temps de Noé, les gens n’ont rien vu venir.

  • 10 mars 2014 10h53

    C’est en Crimée ou se trouve la partie russophone riche de l’Ukraine, le contraire de ce que vous affirmez.

  • 10 mars 2014 10h52

    Les banques russes ont près de 80 milliards de $ de prêts a l’Ukraine.

    Tout le monde va se calmer, rangez vos drapeaux, oubliez les USA, le rouble a perdu 15 % de sa valeur par rapport au dollar us en un an, ce ne sont pas les gens dans la rue a Kiev ou a Sevastopol qui vont changer la situation.

    Malgré ses réserves financières, plus ou moins 500 milliards de $, la Russie ne peut se passer des revenus pétroliers et gaziers et des investissements étrangers dans l’Artique et en Sibérie (Shell, BP, Total, etc.).

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