«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

L’endettement a progressé plus rapidement que les revenus

Les Québécois sont plus vulnérables à une hausse des taux

vendredi 3 juin 2016

Les Québécois sont plus endettés, moins solvables et plus vulnérables à une hausse des taux d’intérêt. Ils peuvent toutefois se consoler. Leur situation est plus saine qu’en Ontario et qu’au Canada.

L’endettement des Québécois n’inquiète pas les institutions financières. « À moins d’un choc imprévu, comme une augmentation rapide et importante des taux d’intérêt, la capacité des ménages à honorer leurs obligations financières restera relativement bonne », conclut Hélène Bégin, économiste principale au Mouvement Desjardins. L’on retient que 5 % des ménages éprouvent du mal à rembourser leurs dettes, et ce pourcentage ne devrait pas augmenter advenant une majoration limitée du loyer de l’argent. Mais un choc plus grand élèverait ce rapport à 5,5 %, plus de 25 000 ménages s’ajoutant aux quelque 100 000 qualifiés présentement de vulnérables, pour entrer dans la zone du risque de défaut de paiement, selonla simulation effectuée par Desjardins.

S’ajoute aux facteurs de vulnérabilité le poids toujours plus grand des prêts à taux variable dans le portefeuille de prêts des ménages, notamment sous le coup de la popularité des marges de crédit. « Pour le crédit à la consommation, environ 40 % des prêts sont à taux variable. Pour l’ensemble des prêts accordés, la proportion à taux variable est supérieure à 30 % alors qu’elle avoisinait 10 % il y a 15 ans. »

Dans son Point de vue publié jeudi, l’économiste rappelle que l’endettement a progressé plus rapidement que les revenus. Le ratio de la dette sur le revenu disponible se situe à 155 % au Québec. Mais il est de 181,4 % en Ontario et de 170,5 % au Canada. L’écart s’explique par le différentiel de prix des propriétés. Le prix moyen d’une résidence se chiffrait à 275 000 $ au Québec l’an dernier, contre 465 000 $ en Ontario et 445 000 $ au Canada. Ce prix moyen au Québec se situant à 100 000 $ en 2000, il en résulte un accroissement accéléré de l’endettement hypothécaire, qui est passé de 64 % du revenu après impôts à 122,5 % entre 2000 et 2015. Pour leur part, les dettes à la consommation n’ont que faiblement progressé pour atteindre 32,5 % l’an dernier.

En revanche, le poids des intérêts a fortement baissé. « Le coût d’emprunt a fait une énorme différence au cours des dernières années […]. Selon Statistique Canada, le total des intérêts payés représente une faible part des revenus des Québécois », a souligné Hélène Bégin. Ce faisant, le ratio du service de la dette, soit le total des obligations liées au remboursement des emprunts en fonction du revenu brut, s’est maintenu aux alentours de 16 %, et ce, depuis une dizaine d’années maintenant.

Un ménage ayant un ratio du service de la dette dépassant le seuil critique de 40 % est considéré comme vulnérable selon les paramètres de la Banque du Canada. « La part des ménages dont le poids du paiement mensuel en capital et intérêts est supérieur au seuil critique s’est maintenue à 4 % », relève Hélène Bégin.


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