«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Pour un meilleur partage de la richesse et des langues

Les Nations Unies en Afrique francophone

Deuxième partie

Chronique de Gilles Verrier
mardi 4 avril
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Après avoir enrichi New York et bénéficié aux États-Unis pendant 70 ans...

Il ressort de la première partie que l’insularité relative des États-Unis, une « île » entre deux océans, lui a permis d’entrer dans la deuxième guerre quand elle l’a bien voulue et de profiter de cette position de retrait pour parfaire l’édification de son complexe militaro-industriel. Ce dernier est devenu le fondement de ce que l’on appelle aujourd’hui « l’État profond ». Pour nourrir le monstre, la guerre sera portée sur tous les continents sans jamais que les perprétateurs en subissent les terribles conséquences négatives chez eux.

La création des Nations-Unies et son installation au cœur même de l’empire constitue toujours un fleuron de la projection de puissance américaine. À partir de faits regroupés ici et souvent peu connus, je vais tenter de montrer que le siège de l’ONU devrait être délocalisé et ne plus jamais se trouver dans les frontières d’une grande puissance. Il devrait se situer dans un pays de petite taille, bien géo-localisé et dont les ambitions ne lui permettraient jamais d’exercer trop d’influence.

1- Comment furent choisis New York et les États-Unis
Curieusement, la première assemblée générale des Nations Unies s’est tenue à Londres en 1946. À l’ordre du jour, il fallait choisir le pays hôte de la nouvelle organisation. Selon une note de bas de page de la chercheuse Jessica Field, les autres pays membres du Conseil de sécurité (Royaume Uni, France, Chine, URSS) auraient été minimalement envisagés, mais vu « l’urgence », « les destructions de la guerre dans ces pays » et « le rôle prépondérant joué par les États-Unis pour réunir les nations et pousser cette forme de collaboration », la préférence fut donné aux États-Unis. Une parenthèse sur l’urgence : on pourrait facilement arguer qu’il n’y avait pas d’urgence au temps où les États-Unis ne défendaient pas leurs alliés... avant d’être eux-mêmes attaqués par le Japon et que l’Allemagne leur déclare la guerre. Quoi qu’il en soit, on notera que des trois motifs invoqués à Londres pour choisir les États-Unis, deux n’existent plus de nos jours et le troisième est devenu fort discutable.

Une fois le pays choisi, il fallait choisir la ville. On rapporte que Londres avait été envisagée antérieurement. Or, avec la confirmation des États-Unis, la capitale anglaise tomba de fait. Les villes envisagées restaient San Francisco, Boston, Philadelphie et New York. Un don de « dernière minute » de 8,5 millions de dollars de John D. Rockefeller Jr. donna à NY la marge nécessaire pour l’emporter sur les villes concurrentes. L’argent achète tout ! On rapporte aussi que le miliardaire donna 17 acres de terrain en bordure de l’East River. Était-ce en échange de contrats d’architecture et de conception...comme d’autres l’ont rapporté...?

2- Retombées économiques
Selon des données de 2014, rendues publiques en décembre 2016, les Nations unies, ses agences et son personnel ont généré 3,69 milliards de revenus pour la ville de New York. Ils représentent un apport de 8 000 emplois et amènent à New York 30 000 visiteurs qui participent à des réunions chaque année. Il s’agit d’une petite avalanche de dollars US qui retournent à la maison en provenance du monde entier, année après année.

3- Langues officielles de L’ONU
A l’ONU, s’il y a un information confidentielle, c’est qu’il y existe six langues officielles. Parmi elles, le français et l’anglais sont les deux langues de travail. À l’ONU, comme au Canada, les langues officielles finissent en monolinguisme. La langue dominante, que personne ne veut qualifier de suprême, mais qui exerce néanmoins sa suprématie, est l’anglais. Christian Rioux explique,dans un article paru dans Le Devoir en 2012 « L’Organisation des Nations unies a depuis sa fondation deux langues de travail qui ont le même statut officiel : l’anglais et le français. Depuis la publication du rapport Vareilles en février dernier, on sait pourtant que, lorsque vient le temps de recruter du personnel, l’anglais est obligatoire dans 84 % des postes alors que le français ne l’est que pour 7 %. Et encore, parmi ces rares employés qui parlent le français, plus d’un sur cinq est affecté à la traduction. » Comme au Canada, la langue de rédaction (et de création) est l’anglais, ce qui relègue toutes les autres langues à n’être plus que des langues de traduction.

C’est un peu comme le cas des Jeux olympiques que l’on peut aussi reprendre. Fondés par Pierre de Coubertin, cette organisation a le français pour langue officielle. En pratique, l’anglais y domine pourtant, sans que les pays francophones réagissent. Le Comité international olympique siège à Lausanne (Suisse), il y a fort à parier, et à plus forte raison, que tant que le siège des Nations Unies se trouvera dans la métropole du monde anglo-saxon, l’anglais continuera à détemir la prépondérance au prix de la diversité langagière du monde. Il continuera d’apparaître naturel que son usage, un fait de dominance auquel trop se sont conformés, continue de nous rapprocher de son usage exclusif. Le phénomène sera irréversible si la volonté populaire de donner sa chance à une autre langue et à un autre pays ne se dresse pas contre une situation qui a trop durée.

4- Le déplacement du siège des Nations-Unies dans l’actualité
Une petite recherche a permis de constater que le sujet de la relocalisation du siège des Nations unies s’il n’a pas encore rejoint de larges couches de l’opinion publique, c’est un sujet qui commence à intéresser. Selon moi, nous n’avons pas fini d’en entendre parler.

Ainsi, une question posée sur le site Quora a généré des réponses intéressantes. Ailleurs on a parlé du Qatar comme point de chute éventuel, mais c’est de la part des diplomates et politiques Russes que viennent les prises de position les plus fortes. La Russie s’inquiète des tracasseries que leur impose les services frontaliers ou de sécurité américains et voudrait que l’organisation s’installe dans un pays plus neutre. L’argument porte. Difficile à dire s’il s’agit d’une vraie tendance, mais c’est d’ores et déjà un pays dont on s’exile (Edward Snowden) et un pays à qui l’on demande de radier sa nationalité (Ken O’Keefe), ceci sans compter les nouveaux objecteurs de conscience qui, à tort ou à raison, se croient justifiés de fuir les États-Unis de Donald Trump. Reste à savoir combien passeront à l’acte.

D’autre part, les Russes, pas seuls, trouvent la vie chère à New York. Qu’en pensent les pays les plus pauvres de la planète comme le Niger ou l’Éthiopie ? Pour réduire le coût des délégations et le temps de transport, Un parlementaire russe s’est exprimé pour que les Nations Unies s’installent au centre de toutes les capitales du monde. D’abord dubitatif, j’ai dû jongler un peu avec l’idée avant de comprendre qu’il propose très objectivement l’endroit qui serait le plus proche en kilomètres cumulés des 183 capitales. Par exemple, si 100 capitales se trouvent à moins de 4 500 km d’une ville candidate, (Alexandrie ? Latakié ? Limasol ?) ce serait déjà pas mal, mais pas du tout le cas de New York, qui serait sous cet angle exclue au premier tour. Dans un article du NY Daily News, à propos d’un livre paru en 2013, on trouve là aussi que la métropole américaine est trop couteuse et on propose la ville de Nairobi au Kenya. Washington se trouve à 327 KM de New York, la seule capitale située à proximité du siège de l’ONU. Il s’agit d’un immense avantage pour faire entendre son point de vue, jouer de son influence et pratiquer toutes le formes de lobbying. Rockfeller avait bien vu l’intérêt d’installer l’ONU à New York !

5- Un choix pour la francophonie et pour le partage des ressources planétaires
Les Nations Unies sont le fruit d’un projet discuté par Churchill et Roosevelt en 1941 au large de Terre-Neuve, puis à la Conférence Arcadia, tenue fin 41 et au début de 1942 à Washington. Cette conférence ratifia la Déclaration des nations unies sans majuscules. Installer l’ONU à New York, comme je l’ai montré, et de l’aveu même des décideurs, a été un choix hâtif, dicté par les circonstances du moment. Or, si ce choix a pu s’imposer à la fin de la guerre, il n’est plus justifié aujourd’hui. Nous sommes désormais en présence d’un attribut de la domination américaine et anglo-saxonne du monde de l’après-guerre, en présence d’un choix qui avait tout du transitoire mais qui s’est incrusté dans le temps alors que le monde a changé. Les décisions prises dans « l’urgence » et dans l’état de délabrement matériel du monde à l’époque sont devenues caduques.

En dépit de contestations mal fondées au sein même des États-Unis, il faut admettre que l’ONU a fait de New York une plaque tournante de la diplomatie internationale. La présence onusienne a grandement contribué au rayonnement de cette métropole, mais aussi, on ne peut l’oublier, à la valorisation et à la projection de l’anglais et de la culture anglo-saxonne à travers le monde.

Dans ce sens, compte tenu de la faveur que gagne l’idée de multipolarité du monde et d’un partage plus équitable des avantages économiques, il faut considérer la rente matérielle et l’aura que procure automatiquement à tout pays le privilège d’être celui où siège les Nations unies. Il faut désormais considérer l’emplacement newyorkais du siège des nations unies comme une réalité dont la révision s’impose. Il n’est pas trop tôt, après 72 ans à enrichir New York, de formuler un projet de relocalisation ordonné et réfléchi de l’ONU dans un pays plus approprié, moins riche, d’ici 10, 15 ou 20 ans. Les jeux olympiques se déplacent. Sans être aussi mobile, pourquoi pas l’ONU ?

J’ai déjà pour ma part proposé une ville du Québec. Or, le Québec est trop proche de New York et il a sur ce coup le désavantage de se trouver en Amérique. Pour le Québec, fragile et en voie de dépopulation autochtone, accueillir l’ONU serait d’ailleurs un facteur additionnel d’anglicisation et d’assimilation. D’ailleurs, honnêtement, l’ONU ne pourrait se relocaliser en Amérique du Nord. Par conséquent, mon choix se porterait volontiers sur un pays francophone d’Afrique, autre qu’une capitale, une ville qui pourrait bénéficier à son tour des retombées économiques conséquentes et, par effet de proximité, alléger le fardeau économique des délégations africaines à l’ONU.

En situant ce phare de la diplomatie mondiale au centre de croissance démographique de la francophonie, le rayonnement du français dans le monde s’en trouverait impulsé. Comme on l’a vu, d’autres pays et d’autres intérêts s’intéressent au sujet et proposent leur choix. Le Québec et la francophonie ne doivent pas être en reste.

L’ONU en Afrique, quelle belle façon de déplacer des dollars américains vers l’Afrique, de garder les Africains chez eux par la création d’un nouveau pôle économique, assorti de bons emplois. Ce sont peut-être par de telles mesures que l’aide aux pays plus démunis sera un jour dépassée. Il suffirait de donner à chacun sa part.

En terminant, on a certes critiqué l’impuissance des Nations unies à souhait et souvent on le fait avec raison. Effectivement, il faut le reconnaître, la réforme des Nations unies ne concerne pas que la langue et le site de son siège. Beaucoup d’autres propositions de réforme d’inégale valeur circulent depuis un certain temps, mais cela évolue hélas très lentement. Les Nations unies malgré leur imperfection, qui ne sont pas sans rapport avec l’influence américaine de proximité (pour ne pas dire de promiscuité ), constituent un forum des pays, le seul, et sauvegardent a minima un droit international fort malmené il est vrai, mais auquel il nous faut tenir et tâcher de le renforcer en attendant mieux.


Le lecteur intéressé pourra consulter un version augmentée de liens hypertextes à cette adresse http://gilles-verrier.blogspot.com/2017/04/pour-les-nations-unies-en-afrique.html

Des articles légèrement différents sur le même sujet se trouvent aussi dans les pages du « Saker francophone » et « Le Bonnet des patriotes »

Commentaires

  • Gilles Verrier, 11 avril 21h39

    Pourquoi il presse de militer pour relocaliser les Nations unies dans un territoire neutre, ailleurs qu’à New York, moins à la merci des pressions qui s’exercent sur l’organisation.

    Nouvelle pièce au dossier. Hassan Nasrallha dénonce le retrait d’un rapport sous la pression des États-Unis et Israel.

    http://lesakerfrancophone.fr/hassan-nasrallah-denonce-la-soumission-de-lonu-a-israel-et-aux-usa

  • Robert J. Lachance, 6 avril 14h18

    L’avenir du français est en Afrique, s’il se peut, s’il se doit.

    Non ingérence, mais non indifférence.

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