«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

À raison de 55 000 immigrants par an, c’est 180 000 immigrants non intégrés parce que non intégrables au bout de 10 ans

Le tiers des immigrants allophones en rétention culturelle

Dans le Grand Montréal, 30% des nouveaux arrivants allophones vivent en situation de rétention culturelle et communautaire, fidèles à la langue, aux valeurs et au mode de vie de leur société d’origine, selon une nouvelle étude du Laboratoire de recherche sur la santé et l’immigration de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Une large majorité - 58% des immigrants allophones - s’intègre en adoptant des valeurs proposées par la société québécoise, mêlées à d’autres provenant de leur société d’origine. Environ 10% s’assimilent en épousant complètement les comportements en vigueur ici, abandonnant du coup leur mode de vie prémigratoire.

Le Québec reçoit 50 000 nouveaux arrivants par an, dont 38% ne comprennent pas le français. Plus de 500 immigrants allophones ont été interrogés dans des centres de francisation du Grand Montréal en 2011 pour cette recherche, qui permet d’établir leur « profil d’acculturation », soit leurs stratégies d’adaptation à la société d’accueil.

Étonnamment, l’étude révèle que ces stratégies évoluent peu au fil du temps passé ici. « Nos résultats suggèrent que le choix de s’assimiler, de s’intégrer ou d’essayer de se replier sur notre univers familier se prend très tôt, puis bouge peu », indique Alain Girard, coordonnateur de la recherche réalisée sous la direction de Pierre Sercia, professeur à l’UQAM. « Généralement, on pense que le profil va se transformer à travers les ans. On voit le schéma d’acculturation comme un axe qui va du repli culturel à l’assimilation, mais ce n’est pas tout à fait ça. »

Exception : les allophones qui vivent au Québec depuis moins d’un an se distinguent. À peine 46% d’entre eux ont un profil dit d’intégration ou de métissage culturel. « C’est parfaitement compréhensible, note M. Girard. Ces gens viennent d’arriver, ils essaient d’ouvrir leurs valises et de les poser quelque part. »

Après un an ou deux ans de résidence, 58% des immigrants allophones adoptent une stratégie d’intégration au Québec, un taux qui grimpe à 62% après trois ans ici. C’est « sans doute une bonne nouvelle pour les responsables gouvernementaux », qui font la promotion de ce modèle, souligne l’étude.

Mais après quatre, six, même dix ans en sol québécois, il n’y a pas de changements significatifs dans les stratégies adoptées, qui ne sont donc « pas le résultat d’une longue cohabitation », d’après la recherche.

L’Europe de l’Est plus touchée

Autre surprise : ce sont les immigrants d’Europe orientale - Ukraine, Russie, Moldavie, Roumanie - qui sont les plus nombreux à être en repli culturel et communautaire (36% d’entre eux). Seuls 46% d’entre eux ont un profil dit d’intégration. Au contraire, les immigrants originaires du Mexique et de l’Amérique centrale s’intègrent massivement (68%).

« Pour le reste des groupes, les répartitions sont assez proches de la moyenne, observe M. Girard dans un article qui sera bientôt soumis à une publication scientifique. Ces résultats donnent à penser que les facteurs d’ordre culturel ou religieux, bien qu’ils aient sans doute un rôle autonome dans le choix des stratégies, ne semblent pas déterminants. »

Les femmes moins assimilées

Le genre est nettement plus influent. Les femmes sont plus souvent en repli culturel que les hommes (35% des femmes contre 22% des hommes) et elles sont deux fois moins assimilées (7% contre 15%).

Hypothèse de M. Girard : les femmes sont moins exposées aux contacts avec les autres groupes sociaux, « souvent pour des raisons professionnelles ». Mais aussi parce que « dans de nombreuses communautés, des règles communautaires régissent les rapports entre les groupes ethniques » et que « ces règles sont plus rigides pour les femmes », précise le sociologue. Les stratégies d’adaptation ne relèvent pas que de choix, ajoute-t-il, mais aussi « de contraintes ».


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