«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Un suicide collectif selon les règles !

Le système US entre suicide et guerre civile

lundi 13 mars

On crie moins après Vladimir Poutine ces temps-ci. On a d’autres chats à fouetter, à Paris, Washington et ailleurs.

A Paris on tente d’imposer le candidat-système, à Washington de supprimer le candidat élu. La démocratie occidentale dans ses œuvres.

Mais que se passe-t-il vraiment à Washington ? Car vraiment on ne comprend plus très bien. Laissons le relais à notre ami Philippe Grasset :

« Ce qui se passe à Washington est un suicide collectif selon les règles, un hara-kiri à l’échelle d’un pouvoir qui prétendit régner sur le monde au nom du Système. »

Le sentiment du chaos ne cesse de progresser. Grasset ajoute :
« Le sentiment général d’une catastrophe affectant le centre du pouvoir du système de l’américanisme ne cesse de gagner. On perçoit l’évolution d’un sentiment rendant compte de quelque chose d’irrémédiable, où il devient de plus en plus vain de désigner un coupable dans la mesure où la révélation d’une telle culpabilité n’apporterait rien qui puisse faire espérer un ralentissement de la dynamique générale. »

Si l’apprenti Trump s’est montré au-dessous de tout (il reproche à Obama sa tendresse pour la Russie maintenant), les autres ne sont pas mal non plus. Tout le monde se ridiculise à force de s’invectiver et de s’inventer des agents CIA déguisés en hackers russes, comme au soir d’Halloween. Grasset encore :

« La NSA a donc réalisé que la CIA pouvait aussi bien monter des opérations où elle se ferait passer pour la NSA pour pouvoir faire soupçonner la NSA, qu’elle en a faites très probablement en se faisant passer pour des hackers russes pour pouvoir faire accuser les Russes (fuites sur les e-mails du DNC démocrate et sur Podesta). »

Cela rappelle ce film avec Kevin Costner où ce dernier est un agent russe infiltré depuis tellement longtemps à Washington qu’il en oublie la langue de Pouchkine et ne sait plus s’il est russe ou américain. La vie moderne, disait Gilles Deleuze, c’est un mauvais film américain.

Mais Philippe Grasset ne plaisante pas, qui souligne la perception de l’ampleur de la catastrophe qui emporte l’entièreté de la mécanique du pouvoir, le système de l’américanisme dans son ensemble, en plein processus d’effondrement.

« Si Trump est le principal responsable, — certes selon Panetta, Who else ?, — la CIA et le FBI sont de leur côté en plein processus de chute, avec leurs crédibilités qui se dissolvent dans des polémiques et des interférences, des fuites et des processus de dissolution sans fin… »

On aimerait bien que cette dissolution ait une fin. La seule fin que l’on voit pour l’instant serait liée à la faillite américaine, construite sur cette montagne de dettes (multipliée par vingt mille en un siècle…). L’Amérique exerce encore un pouvoir hypnotique (les dollars) et symbolique (films, séries, sous-culture, socio-styles). Et la seule chose qui pourrait nous en débarrasser de cette matrice américaine, c’est sa faillite finale. Cette fois c’est David Stockman, ancien directeur du budget de Reagan qui le rappelle :

« La vérité est que si Ronald Reagan n’a pas pu assécher le marigot à l’époque, comment Donald Trump pourrait-il le faire aujourd’hui, après 36 ans de croissance massive du gouvernement et de la dette ? Ce que cela implique pour le « Grand Perturbateur » ne pourrait être plus clair. Ses prédécesseurs ont dilapidé tous les comptes publics du pays ».

Ce pays est trop endetté même si je me souviens que les néocons s’en foutent, et Trump aussi qui se permet d’augmenter le budget militaire de 84 milliards de billets vert-de-gris - soit le double du budget militaire russe, ce qui n’empêche pas le sinistre général Wesley Clark de reconnaitre que les armes russes sont supérieures — et pas que les armes, la stratégie aussi (voir le général McMasters à ce sujet). Aussi nul que la mal nommée Education nationale en France, le pentagone ne sait que dépenser plus pour récolter moins. Mais c’est à ce prix que ce monstre parasite et bureaucratique s’engraisse.

« Reagan a hérité d’un ratio dette/PIB de 30%. Il avait un large espace ouvert pour générer sans le vouloir des déficits géants. Donald Trump n’a aucune marge de manœuvre, avec un ratio dette/PIB de 106%. L’économie américaine ne va pas soudainement se réveiller et connaître une croissance de 4% ou 6%, comme certains conseillers gâteux de Trump l’ont laissé penser. »

David Stockman annonce lui un joyeux 4 juillet pour Trump (l’Etat profond aura toléré son élection pour le faire chanter et le faire cracher) et ses confédérés.

« D’ici le 4 juillet prochain, jour de la fête nationale américaine, l’administration Trump n’aura plus de cash, alors que la politique dite de « stimulus » — réduction des impôts, infrastructures, augmentation de la capacité militaire et mur mexicain/contrôle des frontières — sera refoulée dans une impasse politique/législative attendant une action du Congrès pour augmenter le plafond de la dette d’au moins 2000 Mdstiny_mce_markernbsp ; ».

Il y a au moins un avantage à tout cela : il n’y a plus de politique étrangère américaine. Mais quand on connait l’Otan, devenue une armée de lansquenets et de mercenaires, et l’Europe des fous de Bruxelles, qui ne sait plus comment se maintenir, on se demande si finalement c’est un grand avantage.

Enfin, Michael Snyder évoquait lui le cas comique de la sécession californienne. La populace médiatique française présente la Californie comme l’Etat qui fait encore rêver tout le monde en refusant le Trump. Or Snyder nous rappelle que c’est l’Etat le plus endetté ; l’Etat le moins sûr ; l’Etat qui a perdu cinq millions d’habitants en vingt ans. Il souligne encore qu’on y roule fort mal ; qu’un ingénieur se loge à San Francisco pour 1400 dollars dans un placard et que la Californie est l’Etat le plus mal classé pour le climat des affaires !

Une bonne grosse dystopie kafkaïenne, telle est cette Amérique prophétisée par Orson Welles.


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