«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Portrait instantané d’un judoka de l’indépendance

Le « survivant » André Bellavance

« Je connais la patinoire »

Chronique de Gilles Toupin
mardi 10 juin 2014
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À vingt-quatre heures du début du vote des membres du Bloc québécois pour se donner un chef, le député de Richmond-Arthabaska André Bellavance, qui fait la lutte à Mario Beaulieu, l’ancien président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, a affirmé à Trois-Rivières mardi soir que ce qui le démarque de son adversaire, que ce qui fait de lui un candidat plus apte à mener les troupes indépendantistes à Ottawa, c’est l’expérience.

« C’est la grosse différence entre Mario et moi, a-t-il lancé. Je connais la patinoire. Je peux aller contre Mulcair, Trudeau ou Harper sans crainte. Je l’ai déjà fait. Je sais comment ça marche là-bas. »

Il est vrai que M. Bellavance est un « survivant », comme il s’est défini lui-même devant un parterre de bloquistes trifluviens. Dès l’âge de douze ans, il militait avec son père, un professeur d’histoire, au Ralliement pour l’indépendance nationale (RIN). Il a commencé comme « poseur de pancartes », raconte-t-il, pour monter peu à peu les échelons de la vie politique.

À sa première campagne électorale en tant que candidat du Bloc en 2000, ce petit-fils de cultivateur perd par moins de 1% des voix. Il ne reculera pas ; la politique venait de le happer. Il est élu en 2004 pour remettre ça en 2006, 2008 et 2011, alors que son parti cette année-là était décimé et qu’il se retrouvait avec seulement quatre députés à la Chambre des communes.

André Bellavance a pour ainsi dire appris à la dure. Et s’il a décidé de se lancer dans la course à la direction du parti, après le départ précipité de Daniel Paillé, c’est qu’il reste convaincu qu’aucun autre parti que le Bloc québécois peut représenter le Québec à Ottawa. « Il y a ceux qui disent que nous devrions tous aller à Québec et laisser tomber Ottawa, commente-t-il. Je dis non. En faisant cela, ce n’est pas une chaise vide que nous laisserions à Ottawa. Si le Bloc québécois n’est pas aux Communes, c’est un fédéraliste qui prendra sa place pour nous dire que nous ne sommes pas capables d’être un pays, que nous n’avons pas ce qu’il faut, etc. Moi je dis que tant que le Québec ne sera pas un pays, nous devrons promouvoir la souveraineté et faire sentir notre existence à Ottawa. »

D’aucuns ont tenté de rappeler à André Bellavance une certaine timidité, une trop grande discrétion du Bloc à Ottawa, quand ce n’était pas tout simplement de faire « le jeu du fédéralisme » en faisant fonctionner le système pendant une vingtaine d’années.

« Je ne suis pas d’accord avec cette vision des choses. Si vous êtes au Bloc, explique-t-il, vous avez un travail à faire et ce travail porte avant tout sur l’indépendance du Québec, sur l’importance d’aller chercher nos pouvoirs à Ottawa, sur la nécessité de rendre emballante la souveraineté. Notre travail c’est de rappeler aux Québécois, par exemple, que si nous avions été un pays indépendant nous n’aurions jamais, nous, laissé tomber le Protocole de Kyoto comme l’a fait le gouvernement Harper. C’est ce genre de vérités que nous devons faire ressortir aux yeux de la nation québécoise. Nous devons nous attaquer au système fédéral en général et, surtout, démontrer ce qu’il nous en coûte au Québec de demeurer dans le Canada. »

André Bellavance articule sa candidature à la direction du Bloc autour de trois grandes propositions. La première consiste à faire ressortir qu’avec les élections fédérales qui seront tenues dans un an la porte s’ouvre à nouveau pour le mouvement indépendantiste afin qu’il se refasse une santé. « Il ne faut pas rater notre chance. Nous sommes les prochains à aller au batte, dira-t-il. Nous allons donc lancer très rapidement un vaste chantier de réflexion en 2014 sur l’indépendance en réunissant tous les indépendantistes, partis politiques et organisations militantes confondues. Le Bloc doit devenir le véhicule de l’unification des militants. »

La seconde proposition consiste à dénoncer l’incurie de tous les partis fédéralistes envers le Québec. « Ces gens-là, insiste-t-il, nous représentent mal. Ils sont la preuve que le système fédéral ne fonctionne pas depuis 1867. » M. Bellavance insistera beaucoup sur l’abandon du Québec par les députés néo-démocrates qui, à l’origine, devaient en défendre les intérêts.

Quant à la troisième proposition, elle consiste à impliquer davantage les députés bloquistes dans certains dossiers qui ne sont pas nécessairement de la compétence du gouvernement central. Il veut inscrire ses députés dans tous les débats, dans toutes les circonscriptions, qui touchent la population du Québec. André Bellavance se fait une priorité de rapprocher son monde de la population du Québec.

« Nous ferons du judo à Ottawa », dit-il en expliquant que peu importe les dossiers traités aux Communes, ils devront être retournés selon une perspective qui touche le Québec. Que le gouvernement fédéral aborde la question de la Commission canadienne du blé, par exemple, qu’à cela ne tienne, le Bloc devra user de ce levier pour traiter de la gestion de l’offre au Québec dans le domaine des produits agricoles.

André Bellavance veut en résumé faire du Bloc un « cheval de Troie » à Ottawa. « Nous pourrons alors dire aux Québécois, avec preuves à l’appui, que ça ne fonctionne pas pour le Québec au sein de la fédération canadienne. Nous pourrons, preuves à l’appui, leur expliquer que pour s’épanouir et prospérer, ça nous prend 100 % de nos outils. »

Commentaires

  • Jean-Pierre Jacques, 15 juin 2014 09h19

    ce qui insécurise, c’est qu’on ne sait quel vacherie d’hypocrites les fédéralistes vont nous laĉher pour nous faire du rentre dedans. Vous les petite phrase qui tue.Ils sont des spécialistes en ce domaine.tout le monde est assomé pendant un certains temps afin de retrouver leurs esprits et répliquer.Trop tard le mal eswt fait et le peuple est passé à autre chose.

  • Jacques Bergeron, 13 juin 2014 21h19

    Cessons nos luttes fratricides (Honoré Mercier) si nous voulons nous donner un pays indépendant de langue française en terre inhospitalière nord-américaine pour notre langue et la culture qui lui est inhérente.

  • GV, 13 juin 2014 17h08

    La tradition collabo du Bloc, que reprend M. Bellavance en assumant le passé peu glorieux du BQ, s’inscrit dans une tradition plus ancienne, bien ancrée dans nos moeurs politiques. Une tradition inaugurée par Lafontaine-Baldwinn dans les suites de la défaire républicaine des années 1830. Les appels à l’unité de tous contre le fédéralisme (pour contrer une division qui ferait le jeu de nos adversaires !) auront servi généralement à mettre les indépendantistes sous la tutelle de ceux pour qui « le Canada est d’abord un beau pays ». Occupons tout notre terrain politique est un slogan très ambitieux. Il faudrait toutefois reconnaître que le BQ ne l’a jamais fait jusqu’à présent. Avec l’élection anticipée de M. Bellavance les choses sont figées, rien ne changera. Le premier geste de M. Bellavance sera de s’humilier en prêtant serment à la Reine. Mais comme tous le font, on aimerait bien que l’humiliation passe inaperçue et ne soit pas trop relevée... Les souverainistes d’Ottawa se préparent la réédition de l’humiliation du 7 avril, il est clair que la renaissance souverainiste ne viendra pas de là, ni de ceux qui soutiennent cette mascarade. Je me suis décidé à écrire ce commentaire après avoir lu celui de l’Engagé, qui est droit dans le mille. Je ne crois pas vraiment au BQ mais j’ai tout de même donné mon vote à Mario Beaulieu car j’ai de l’estime pour l’effort honnête qu’il fait pour changer les choses. Face à la classe de parvenus du souverainisme institutionnel il n’a cependant aucune chance, aucun des députés et de l’organisation bloquiste ne le soutient. Ils tiennent à leur salaire, à leur confort et à la poursuite du parlementarisme canadian qu’ils ne veulent brusquer à aucun prix. Il faudra attendre que ce souverainisme domestiqué par le Canada s’effondre complètment et que des conditions favorables à l’extérieur se présentent avant de penser de nouveau l’avenir du Québec.

  • L&8217;engagé, 13 juin 2014 01h37

    Il est inacceptable que l’on prétende s’occuper de la « défense des intérêts du Québec » en courtisant, pour ce faire, un électorat fédéraliste . Il est impossible que l’on soit un patriote, un de libérateur de peuple si on fait le même travail que Mulcair ou que l’on trouve important de lui répondre. On ne peut être un « courageux député, rescapé d’une déroute, qui continue à se battre à Ottawa » alors que l’on applique une stratégie suicidaire pour la cause. Si le prochain chef du Bloc fait dans ses culottes en cultivant un discours ambigu, le Bloc ne sert plus à rien, ce qui ne veut pas dire qu’il n’a pas de potentiel, au contraire.

    Ne pas le dire au nom d’une prétendue unité nécessaire des forces souverainistes, c’est cultiver un art de la défaite. Vous me répondrez que c’est appeler la défaite que de n’être pas solidaire, je vous apprendrai que c’est ne pas connaitre l’art de la guerre que de choisir les mauvais chefs, la mauvaise doctrine, le mauvais terrain et les mauvaises armes. L’indépendance se gagnera au Québec et à l’international en créant un véritable rapport de force. On a rien à gagner à se ranger derrière un chef qui ne propose rien d’autre que la continuité, soit le désastre. Entre un parti néo-fédéraliste et un bon vieux parti fédéraliste de la droite, du centre ou de la gauche, le choix des fédéralistes est clairs, ils vont voter pour les partis originaux.

    On a une chance en or de rallier les « purs et durs », il ne faut pas la manquer, les mous votent déjà NPD.

    Trudeau et Mulcair aussi « se battent » à Ottawa. On s’en branle d’Ottawa. On y va quand c’est nécessaire, le reste du temps, on occupe le bureau à Québec et on en fait un organe organisé (avec nos adjoints, le budget, le personnel) pour contrer la propagande fédéraliste et, enfin, commencer à reprendre l’initiative. Un chef indépendantiste qui ne comprend pas ça nuit et fait bien plus de mal que le discours qui le rappelle aux militants.

    Mieux vaut 3 députés solidement indépendantistes que 15 députés du Bloc qui font le travail du NPD.

    Si on peut faire élire 3 députés voire seulement Beaulieu, ça sera déjà un progrès par rapport au Bloc qui permettait au Canada de montrer qu’il fonctionnait... Tant qu’on avait une majorité de bloquistes, ça pouvait encore être utile pour la simple et bonne raison que ça bloquait des sièges occupés normalement par des fédéralistes et les budgets qui les accompagnaient.

    À partir du moment où le Bloc est marginal, l’espace doit être occupé par un radical : le Bloc permet la visibilité médiatique d’un chef, que celui-là ait du mordant. Sur le plan de la doctrine et du travail sur le terrain, on ne peut trouver mieux que Beaulieu.

    Les 20 ans du Bloc auraient dû permettre de créer une télé, une radio et une presse indépendantiste, c’est épouvantable que toute ces énergies aient été gaspillées à améliorer le Canada en prenant le rôle d’opposition au sérieux. Quelques députés suffisaient pour le travail parlementaire SI l’intérêt du Québec était en jeu, pour le reste tous les autres députés auraient dû sillonner la province.

    Un député au fédéral qui gagne 163 700 $ ne se dévoue pas tant qu’il ne donne pas une partie de son salaire et qu’il ne compte pas ses heures à faire la promotion de l’indépendance.

    Beaulieu ou Bellavance, ce n’est pas blanc bonnet ou bonnet blanc.

  • Robert Desvignes, 12 juin 2014 12h02

    RASSEMBLONS-NOUS, NE NOUS DIVISONS PAS MAINTENANT PAR D’AIGRES PROPOS

    Il est très heureux que nous ayons une course à la chefferie au Bloc.

    Il est très heureux que nous ayons deux excellents candidats, tous deux consistants, fiers, nobles, combatifs et rassembleurs. Qui s’uniront, je l’espère et je le crois, peu importe le résultat.

    Il faut donc éviter au maximum les propos désobligeants. Je viens de lire le texte suivant : « Qui est le mieux placé pour contribuer à l’indépendance ? Un militant ou un bureaucrate ? ».

    C’est une question regrettable, car biaisée. Autant j’estime Mario Beaulieu, autant je trouve injuste de traiter de bureaucrate un courageux député, rescapé d’une déroute, qui continue à se battre à Ottawa.

    Vive Messieurs Beaulieu et Bellavance pour leur dévouement, leur implication. Peu importe pour qui nous votons, respectons-les tous les deux et unissons-nous derrière eux !

  • Jean-Pierre Durand, 12 juin 2014 10h00

    Le commentaire de l’ex-chef Gilles Duceppe à l’endroit de Mario Beaulieu ne m’a pas étonné de sa part, mais il ne fait que me raffermir dans ma conviction que c’est Mario Beaulieu qui peut faire la différence au Bloc et non la continuité. Je viens à l’instant d’exercer mon droit de vote et je souhaite la meilleure des chances à monsieur Beaulieu, un homme politique que l’on gagne à connaître et qui, pour peu qu’on lui fasse confiance, nous surprendra. Mais Mario Beaulieu est aussi un rassembleur, alors il faudra donner un coup de pouce, "mettre l’épaule à la roue". Et, alors, nous nous rapprocherons vraiment de l’indépendance...

  • Gilles Jean, 11 juin 2014 17h53

    Pauvre Bloc ! Comment s’en sortir après la dégelée du PQ ? Très inquiétant !

    Je viens de voter Beaulieu.

  • L&8217;engagé, 11 juin 2014 10h56

    Beaulieu est un pédagogue infatigable de l’indépendance et un militant qui comprend que nous sommes en lutte. EN LUTTE !

    Donc il lutte. Il a fait plus, avec la SJJB et le mouvement Québec français que le Bloc, un parti politique qui avait de moyens et des salariés.

    La métaphore de la patinoire est une preuve que les souverainistes sont colonisés de l’intérieur, ils assimilent la lutte à la joute parlementaire. Je m’en CRR.... qu’un député réponde à Mulcair ou je ne sais plus qui. Je veux QU’IL LUTTE. Je veux qu’il INSTRUISE.

    À une autre époque, le salaire des députés bloquistes aurait dû être mobilisé pour la cause de l’indépendance (propagande, armes, organisation, etc.) par la création d’instruments pour lutter contre l’oppression. Évidemment le paradigme de la lutte armée est désuet, mais le principe demeure le même.

    « Une cheval de Troie », c’est ridicule. Le Bloc était ça, mais à défaut d’une doctrine claire, le Bloc s’est effondré. Bellavance est encore englué dans des concepts inutiles. Faire la démonstration qu’Ottawa et le Canada ne marchent pas ne fait pas des sujets québécois qui en sont les témoins des indépendantistes, j’ai expliqué la chose dans « Coeur de la pensée indépendantiste ».

    Juste le mot « outil » est absolument inadéquat, un chef indépendantiste oeuvrant au sein d’une organisation nationaliste doit montrer que le Québec est opprimé, appauvri, aliéné dominé et que l’indépendance est le contraire, qu’elle est nécessaire, parce qu’au contraire agir par soi-même développe, épanoui, enrichi etc. Province doit être synonyme de médiocre, mais on doit sortir de la thèse « de la défense des intérêts ». Le Bloc doit montrer comment l’absence d’un état national réel est une amputation de notre potentiel et que tout fédéraliste est « de facto » un artisan de la médiocrité culturelle, sociale, économique et politique. Mais la comparaison doit se faire selon des cadres « nationaux ».

    La preuve que le « fédéralisme ne livre pas la marchandise » est une perte de temps, bien des systèmes politiques sont inefficaces et cela peut-être ponctuel.

    Les Québécois doivent comprendre pourquoi ils sont systématiquement plus pauvres et moins politiquement pourvus que le reste du Canada, à cause du lien colonial. Les Québécois doivent avoir le gout de sacrifier leur confort pour le gout d’agir par eux-mêmes.

    AGIR, pas « gérer »...

    Regardez Beaulieu aller, il n’est peut-être pas « ministrable », mais il a une doctrine.

    Beaulieu comprend la lutte, Bellavance, ne serait-ce que par le lexique, ne la comprend pas.
    Qui est le mieux placé pour contribuer à l’indépendance ? Un militant ou un bureaucrate ?

    Judoka est le bon terme. L’analogie est sportive, comme la sphère politique était une sphère symbolique avec de gentilles conventions, on va « faire du judo ». Le problème c’est que ça demeure symbolique, le terrain de « la lutte » n’est pas le réel. Je n’enverrais pas un judoka affronter Amherst et ses troupes. Beaulieu OCCUPE DÉJÀ le théâtre des opérations. Donnons-lui les moyens d’en faire plus.

  • Ouhgo, 11 juin 2014 09h35

    "...ce qui fait de lui un candidat plus apte à mener les troupes indépendantistes à Ottawa, c’est l’expérience."

    Or, les 20 ans d’expérience de l’ancien Bloc, c’est l’échec du "Le Canada est un beau pays..."

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