«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Le stratège Lisée lit-il bien le contexte géopolitique actuel ?

Un risque existentiel pour le PQ

Tribune libre de Vigile
vendredi 18 novembre 2016
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Lisée a proposé aux membres du PQ de se concentrer sur la prise de pouvoir en 2018. Pour ce faire, il a proposé de mettre en veilleuse le projet de pays, et de prendre pour cible électorale les électeurs de la CAQ, ainsi que les anglos et allos. La vaste majorité des membres a entériné cette démarche.

Maintenant, on apprend que l’identitaire et la laïcité seront peu ou pas à son agenda électoral de 2018. Il semble qu’il ait bien assimilé le discours anti-charte des fédéralistes, qui après deux ans, est toujours aussi virulent. Or, arrive Mme Marois, qui après plus de deux ans de profonde réflexion, en est arrivé à la conviction que la défaite de 2014 n’était aucunement imputable à la charte des valeurs.

Personnellement, je n’ai jamais crû qu’une majorité de québécois rejetait cette charte. Au contraire, quand je parle avec le « vrai monde » autour de moi, je perçois un très grand appui. Ces gens qu’on dit « peu éduqués », ne possèdent pas les moyens de communications dont nos élites politiques et médiatiques utilisent pour imposer leur façon de penser et d’agir. On les entend donc peu.

Il y a quand même là un gisement d’électeurs qu’il faudrait mieux exploiter. Qu’on aime ou pas Donald Trump, il faut reconnaître qu’il a bien perçu cette grogne populaire que tous s’appliquait à ignorer, et il l’a exploité efficacement. Le dossier identitaire/laïcité/immigration est un peu de cette nature au Québec. Tous s’appliquent à être très politiquement corrects, pour ne pas déplaire à personne. Un politicien qui proposerait des propositions tranchées et sans ambiguïtés sur ces enjeux pourrait fort bien inciter plusieurs désabusés de la politique à aller voter.

Si JFL refuse d’occuper ce terrain, il ne faudrait pas se surprendre que Legault l’investisse. Si aucun parti n’ose faire preuve d’une telle audace, ces gens vont sans doute rester chez eux. En 2014, le taux d’abstention a frôlé le 30%. Espérons que JFL ne néglige pas cette clientèle en dépensant trop d’énergie à séduire des anglos et des allos, qui se sont toujours avéré d’irréductibles fédéralistes. Il faut donner une bonne raison aux désabonnés à s’impliquer à nouveau dans le jeu démocratique.

Autre élément d’inquiétude : l’establishment du PQ, avec son chef en tête, est résolument mondialiste et libre-échangiste. Trump a misé sur cet enjeu, et cela explique en grande parti sa victoire. Encore là, il s’agit d’être attentif au « monde ordinaire », et oser défier la bien-pensance ambiante. Quant à moi, ce texte de David Leroux est tout a fait juste : La mondialisation, le nationalisme, le protectionnisme, le libre-échange, les paradis fiscaux, et évasions/évitements fiscales seront des enjeux politiques hautement porteurs. Il s’adonne justement que pour pouvoir influer sur ces enjeux, il faut d’abord être un pays. Si personne ne se préoccupe de ces enjeux, un grand nombre d’électeurs ne verront pas l’intérêt de se déplacer pour aller voter. Malheureusement, le PQ est présentement en porte-à-faux par rapport à ces enjeux.

Un dernier élément. Dans son discours, Mme Marois souligne que malgré que le PQ ait présenté le meilleur programme, la meilleure équipe, les meilleures idées, il a essuyé la défaite. Il y avait en effet bien peu de substance dans le programme du PLQ. On peut dire la même chose de l’élection de Trudeau, du Brexit, ou dans la victoire de Trump. Il semble donc que l’on vit présentement un changement de paradigme politique. Les idées et les programme n’ont plus qu’une importance toute relative. Les élections se gagnent ou se perdent maintenant sur d’autres bases. L’émotionnel a pris le relais.

JFL est une machine à idée. Il est intelligent, articulé, stratégiste, et méthodique. Il avance ses pions tel un joueur d’échecs. Il procède par élimination. Il élimine les enjeux qui lui semblent agir comme un repoussoir à certaines franges de l’électorat. C’est l’obsession de ne pas déplaire. Ainsi, les thèmes de l’indépendance et de l’identitaire/laïcité sont relayés à la « caboose ». Sur des enjeux comme la mondialisation ou le libre-échangisme, il s’aligne pour chanter en chœur avec Philippe et Justin.

Dans son esprit, si les électeurs n’ont plus de raison pour voter contre le PQ, cela ne peut que le mener à la victoire en 2018. Malheureusement, une fleur qui est inodore, incolore, et sans saveur, peine à attirer les abeilles.

Apparemment, la barre de l’indépendance était trop haute, et infranchissable dans l’immédiat. Il a donc proposé de l’abaisser au niveau provincial, cible beaucoup plus atteignable, moyennant quelques compromis. Allons-y pour une petite victoire quasi-assurée dans le très court terme, plutôt qu’une grande victoire quasi-impossible dans le très court terme.

Espérons que les compromis qu’il a convaincu les membres du PQ d’accepter, le conduise à la victoire promise pour 2018. Parce que s’il échoue, je n’ose même pas imaginer la suite des choses.

P.S : Je ne prétend pas qu’il faille condamner sans appel le libre-échangisme. Toutefois, il faut savoir distinguer le bon, du mauvais libre-échangisme. Voici un texte des plus éclairants sur les nuances qu’il convient d’apporter au libre-échangisme.

Commentaires

  • Marcel Haché, 21 novembre 2016 19h15

    Pour devenir un « parti de gouvernement », il a fallu que le P.Q. devienne un parti porteur de référendum. Cette transition lui a permis d’être plus fréquentable et plus conventionnel. À bien des égards, la position de Martine Ouellet n’a absolument rien de révolutionnaire. La « révolution », c’était avant que le P.Q. adopte les positions de Claude Morin.

    Pour le meilleur et le pire, le P.Q. est devenu un parti de gouvernement.

    Afin de pouvoir profiter de la règle de l’alternance, le P.Q. s’est contraint lui-même, comme tous les « partis de gouvernement » de toutes les démocraties, il s’est contraint à plus de rectitude politique. C’est la rectitude qui a conduit le P.Q. et qui le conduit encore à lire moins facilement les tréfonds de l’âme québécoise. Quoi qu’on en dise, ce n’est pas son âme qu’il a perdu en cours de route, le P.Q., c’est la fièvre de ses débuts qui a été perdue à tout jamais.

    C’est graduellement qu’on s’apercevra que la position de Marine Ouellet, toute légitime qu’elle pouvait paraître lors de la course à la chefferie péquiste, n’était au fond qu’une position nostalgique.

    Mais JFL provient de cette fièvre brûlante des débuts de son parti. Il a connue et se souvient de cette fièvre autour du P.Q. Et bien de vieux vigiliens se souviennent itou du Centre Paul Sauvé enfiévré maintenant disparu…

    Contraint qu’il est maintenant à la rectitude, je ne crois pas que JFL puisse ambitionner de ressusciter la grande fièvre péquiste de naguère. Pour la ressusciter, il faudrait qu’il tienne un tout autre discours, mais beaucoup plus risqué en regard de la conjoncture actuelle. Mais je garde néanmoins espoir qu’il se souvienne qu’un gouvernement est autrement plus capable qu’un parti de Nous foutre une sacrée Fièvre…

  • Normand Bélair, 19 novembre 2016 15h49

    J’ai bien hâte de voir et d’entendre, de la part de JF Lisée, des choses qui nous concerne directement. Qu’on cesse de faire des entrevues alambiques qui ne concernent que les journalistes. Je veux entendre des vraies choses, des choses qui me valorisent, qui me font grandir. Je veux entendre parler des choses sur lesquels je peux, dans mon milieu, en parler et convaincre des gens.
    Actuellement, non seulement je n’ai rien a transmettre aux autres, même moi, je ne sais même pas ce que le PQ veut ou veut nous dire. C’est tout dire !
    Je veux un parti simple, avec des convictions réelles, pas juste « une stratégie pour battre les libéraux ».
    Peut-on s’entendre sur les idées suivantes :

    Le français, langue officielle et de travail, au Québec et de tout faire pour en faire la promotion, entendre la langue de travail à toutes les entreprises du Québec ; aux institutions fédérales, obligatoire au cégep, francisation réel des immigrants ;

    Accueillir un nombre raisonnable d’immigrants par année, pas un chiffre trop grand qui ne fait que nous noyer – nous aussi ont a le droit d’exister, d’être, affirmons le sans gêne ; et qu’on cesse d’accommoder « l’inaccommdable ».

    Qu’on me parle des infrastructures en termes réels, des systèmes de trains empruntés à des compagnies privées, ça ne marche pas, ça ne marchera jamais ;
    Construire trois nouveaux ponts au Québec ; un à Québec et deux dans la régions de Montréal – (Roland-Therrien à Viau) et un de contournement de la 40 Mascouche- Rive-Sud. Allez en les faits !
    Lachez-moi avec le transport en commun d’autobus ! Cette technologie du début du 20e siècle ! Qu’on fasse un plan pour le Métro sur 10, voir 20 ans...

    Le pipeline, personne n’a encore montré noir sur blanc, que c’est quelque chose de rentable pour nous, alors qu’on bloque son passage ;

    Qu’on cesse de donner des permis pour l’exploitation du gaz de schisme et de pétrole, qu’on cesse immédiatement d’en parler !

    Qu’on augmente le salaire minimum immédiatement ET que ceci soit rattaché à un indice quelconque pour qu’il augmente automatiquement.

    Qu’on resserre la vis sur les municipalités trop gourmandes en taxes foncière, que les villes gèrent avec moins d’argents, point à la ligne.

    Qu’on travaille sur les droits des consommateurs ;
    Qu’on fasse que le système judiciaire soit plus facile ;
    Qu’on crée immédiatement un bureau national d’enquête pour les corps policiers avec des gens du public, pas que des policiers !

    Bref, il y a plein de sujets sur lesquelles le PQ pourrait prendre position, pour que je me reconnaisse et que les québécois se voit la dedans aussi !

    Qu’on commence à penser GRAND !

  • François A. Lachapelle, 19 novembre 2016 10h44

    Merci Gaston Carmichael pour cet effort de décryptage de la stratégie politique québécoise de Jean-François Lisée.

    Je veux bien donner la chance au coureur, mais comment Jean-François Lisée me convaincra de la pertinence de sa démarche ? Il se trompe s’il me compte parmi ses appuis à ses idées.

    J’ai appuyé la charte de la laïcité de Bernard Drainville, je ne crois pas une minute à l’argument de la création nette d’emplois au Québec par l’accord de libre-échange Europe-Canada. Les emplois créés seront-ils supérieurs aux emplois perdus ? Qui peut en faire la démonstration en dehors de la foi ?

    L’argument du marché ouvert des 500 millions d’Européens pour les entreprises installées au Québec est un argument valable pour les multi-nationales SI et lorsque cela les avantages. Les multi-nationales n’ont pas de coeur. Les PME qui créent beaucoup d’emplois dans les régions profiteront-elles du marché européen pour vivre et dans quels domaines d’activités cela sera = création nette d’emplois.

    Puisque le passé est garant de l’avenir, Jean-François Lisée élu en 2012 a-t-il fait des merveilles auprès des anglos et allos québécois ? Sa stratégie auprès des anglos dans le dossier du bilinguisme des changeurs de la STM a en été une de concession totale sans demander quelque chose en échange.

    À comparer au travail de conviction à diriger vers les Québécois de souche, travail ardu en ce moment, les anglos et les allos seront les derniers à voter en faveur de l’indépendance du Québec. Ils seront les derniers à se rendre !

    Par dessus tout, le pire ennemi de JFL est son individualisme qui résulte de sa capacité à générer des idées dont la plupart sont belles mais inapplicables. En contre-partie, JFL est-il habile à travailler en équipe ?

    Test démocratique envers votre article : est-ce que votre article très bien fait sera lu par JFL ou quelqu’un de son équipe qui le lira et lui en fera rapport ? À titre de suivi à votre article, vous ou VIGIE devraient recevoir une lettre de l’équipe de JFL pour confirmer ou corriger votre analyse.

    Dans le cas contraire, personne du PQ ne portera une attention à votre analyse qui est une manifestation du "vrai monde". Cela ne leur importe pas de connaître ce que le "vrai monde" pense. Eux ont des idées à revendre mais à qui ?

    Je ferai un test : je livrerai en personne votre texte et mon commentaire au bureau de JFL pour voir quelle réponse on recevra. Je vous en tiendrai informé.

  • Gaston Carmichael, 19 novembre 2016 08h29

    Dans la chronique de Michel David, du Devoir, de ce matin : « Le nouveau chef du PQ a donc annoncé que les enjeux identitaires seront relégués à l’arrière-plan au profit de l’économie, de la santé et de l’éducation. »

    Difficile d’être plus provincialiste que ça. Ce sont les thèmes récurrents d’élection en élection, où chacun des partis promet qu’il fera mieux que les autres. Les électeurs en campagne électorale vont sans doute bailler à s’en décrocher les mâchoires.

    Heureusement que le PLQ sera là pour mettre un peu de piquant dans la campagne en parlant du projet suicidaire des séparatistes.

  • François Ricard, 18 novembre 2016 20h03

    La charte des valeurs dans mon coin de pays est toujours aussi populaire. La loi Couillard est rejetée par la très grande majorité.
    Mme Marois semble dire que la CAQ aurait voter contre. Pas si sûr. Avec quelques amendements, le tout fut devenue loi.
    Mme Marois a eu recours à une élection hâtive. Pourquoi ?
    On voulait la faire témoigner en commission parlementaire.
    Le soir du second débat, nous étions une trentaine à suivre le débat à la télé. Une bonne douzaine de péquistes, une dizaine de caquistes, deux ou trois solidaires, etc... François Legault, par deux fois, a demandé à Mme Marois : "C’est quoi le deal ?"
    Comme de raison, Mme Marois a esquivé la question.Mais le mal était fait. Aux yeux du commun des mortels, Mme Marois, au niveau de l’éthique, ne valait pas mieux que Couillard.
    À la fin de l’émission, tout le monde présent convenait que Legault avait assené un uppercut à Marois. le lendemain, c’était sous toutes les lévres. Et ce le fut jusqu’au jour du vote.
    Encore aujourd’hui, dans bien des commentaires, cette question revient :"C’est quoi le deal ?"
    Voilà ce qui se passe chez le peuple. À chaque fois qu’il y a l’ombrage d’un scandale chez les libéraux, quelqu’un y associe le PQ par cette fameuse question.

  • Pierre Grandchamp, 18 novembre 2016 18h57

    Le Québec avec ses quelque 8 millions de population se doit de bénéficier d’un accord de libre échange avec le pays de quelque 330 millions de personnes au Sud.

    Voir, actuellement, la question du bois d’oeuvre !

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