«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Le rêve devenu fiction

jeudi 20 mai 2010
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24-fiction

Aujourd’hui marque le 30e anniversaire du référendum de 1980.
PHOTO : ARCHIVES LA PRESSE

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Aujourd’hui marque le 30e anniversaire du référendum de 1980. Un moment important de notre histoire, pour quiconque connaît l’histoire du Québec un tant soit peu.

D’entrée de jeu, notons une réalité : je n’y étais pas. Ma génération non plus. Du moins, pas pour y exercer mon droit de vote, car j’avais 5 ans bien sonnés au moment du grand soir au Centre Paul-Sauvé. Je sais par contre que pour certains, cette journée rappelle le goût amer de la défaite et pour d’autres, la fierté d’une victoire éclatante.

Mais pour la majorité des Québécois, aujourd’hui, 20 mai 2010, ce rappel historique s’apparente à une journée comme les autres qui n’inspire que de l’indifférence (où sont les péquistes nostalgiques pour le commémorer ?)

L’Idée fédérale a cherché à savoir ce qu’en retiennent les Québécois aujourd’hui et comment il se perçoivent, 30 ans après cette journée historique. Quel est l’héritage de cette période faste de la politique québécoise ? Comment perçoivent-ils l’influence de ce référendum sur les relations Québec-Canada aujourd’hui ? Et surtout, cette question de souhaiter séparer le Québec du Canada est-elle toujours d’actualité ?

À la lecture des résultats du sondage CROP rendu public mardi, plusieurs constats se dessinent et une conclusion s’impose : la souveraineté est un projet dépassé pour plus de 58% des répondants. Plus encore, plusieurs répondants avancent qu’il y a moins de raisons aujourd’hui qu’en 1980 de faire la souveraineté du Québec. Et plus inquiétant pour les purs et durs, la moitié des répondants refusent les étiquettes de souverainiste ou fédéraliste.

La nouvelle génération de Québécois a bien d’autres chats à fouetter. D’abord, les 20 dernières années ont été marquées par des changements profonds qui ont influencé l’état d’esprit de nos concitoyens. Devant la multiplication des ententes de libre-échange, la mondialisation et l’éclatement des frontières, les répondants sont conscients que les peuples cherchent à se regrouper pour affronter l’avenir à l’intérieur de partenariats dits de « fédéralisme », plutôt que se diviser. Cela, vous en conviendrez, fait cruellement mal aux tenants d’une doctrine prônant la séparation du Québec.

Vouloir se refermer à l’intérieur de ses frontières toutes québécoises relève du non-sens en 2010. Et tout indique qu’il en sera de même dans le futur.

De plus, les dernières années fourmillent d’exemples de l’émancipation véritable du Québec, autant sur la scène locale, nationale qu’internationale. Ce sentiment du « Maître chez nous » existe vraiment, tant du point de vue social que culturel. Et à constater la vitesse à laquelle on s’endette collectivement au Québec, il est plutôt mal venu de prétendre que les autres sont responsables de nos mauvais choix de gestion !

N’oublions jamais que l’on vit avec son temps et que nos choix comme électeurs sont influencés par le contexte dans lequel nous évoluons. Le Québec connaît des moments difficiles. L’économie se fragilise, quoi qu’on en dise. La nation vieillit et tarde à se renouveler. Notre modèle québécois et notre Révolution tranquille s’essoufflent et s’endorment peu à peu... Mais le plus triste est que la crise de confiance en notre politique et ses vertus saigne à grands flots.

Lorsqu’une jeune famille se dit « on ne peut compter que sur soi tellement l’État semble loin de nos préoccupations », ce sont des milliers de jeunes fatigués qui le pensent tout bas. Hélas, pour les souverainistes nostalgiques, ce Québec dont ils veulent nous faire rêver n’existe qu’en fiction, tellement la réalité est tout autre.

Bien que ces résultats soient interprétés positivement par les tenants du fédéralisme, ils doivent garder à l’esprit que les répondants du sondage, quels qu’ils soient, sont cyniques et ne croient plus à une réforme de notre système politique. Ce constat devrait à tout le moins être reçu comme un avertissement.

Pourtant, le fédéralisme, en langage simple, se définit justement comme la recherche des compromis. Il est donc grand temps de travailler à optimiser nos rapports avec les autres partenaires de la fédération, à faire, visière levée, la pédagogie nécessaire auprès de nos concitoyens si l’on veut s’assurer que les Québécois travaillent avec nous à développer le Québec au sein du Canada.

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Sébastien Proulx

L’auteur est avocat, ex-leader parlementaire de l’opposition officielle et membre du comité directeur de L’Idée fédérale, un groupe de réflexion sur le fédéralisme.


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Référendum du 20 mai 1980 - 30 ans plus tard

"Le Parti québécois, de son côté, n’a rien organisé pour commémorer l’événement. Pauline Marois se trouvait chez le dentiste hier matin. " - source

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