«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

En finir avec l’à-plat-ventrisme !

Sortir de la repentance

Le renouveau national

Assumer un nationalisme décomplexé

Chronique d’Alexandre Cormier-Denis
lundi 26 décembre 2016
1 317 visites 5 messages

En cette période des Fêtes, il apparaît opportun de revenir sur l’appartenance nationale du Québec à cet héritage qu’est l’Occident chrétien et à la sympathie du mouvement souverainiste envers ce qu’il est convenu d’appeler le tiers-mondisme. Car il existe aujourd’hui des contradictions entre la tradition tiers-mondiste du néonationalisme québécois issu de la mouvance anticolonialiste et le désir de ré-enracinement d’un patriotisme totalement décomplexé tel qu’il se profile aujourd’hui. Nous essaierons ici d’ouvrir la voie à un renouvellement de ce patriotisme décomplexé.

De prime abord, rappelons que les Canadiens français se sont toujours vus comme appartenant à la Chrétienté – terme que nous pourrions désigner dorénavant comme l’Occident. Cela relevait tellement du sens commun qu’il était inutile d’en faire un cas : c’était une évidence.

C’est sur cette alliance entre la couronne de France et l’Église catholique que s’est bâti le berceau de l’Amérique française qui a donné naissance au Canada français puis au Québec contemporain. Exclus de la conquête de l’Ouest après la pendaison de Riel, les Canadiens français trouveront refuge dans une province-réserve où ils demeureront majoritaires. Suivant la désillusion des nationalistes canadiens-français face à la mauvaise foi de Londres et d’Ottawa, la tentation de faire sécession du Canada anglais se fera de plus en plus forte au courant du siècle. Annoncée par le chanoine Groulx lors de son célèbre discours de 1922 - « Qu’on le veuille ou qu’on ne le veuille pas, notre État français, nous l’aurons ! » - la volonté de faire de la province de Québec un État souverain débouchera concrètement sur l’avènement du mouvement souverainiste.

Faire sécession. Créer un État séparé du reste du Canada anglais. Un État où nous serions enfin majoritaires et seuls maîtres en notre pays. Un État français en Amérique du Nord.

Nous ne reviendrons pas sur la naissance de l’Ordre de Jacques Cartier, de l’Alliance laurentienne, du Front de Libération du Québec, des Chevaliers de l’indépendance, du Rassemblement pour l’indépendance nationale, du Ralliement National ou du Parti Québécois. De nombreux ouvrages décrivent fort bien la genèse de ce qui est désigné aujourd’hui comme la naissance du « néonationalisme » québécois dans les décennies 1950-1960, il y a déjà plus de soixante ans. Pour faire court, disons que ce néonationalisme issu de la Révolution tranquille s’est distingué du nationalisme défensif et profondément enraciné dans la tradition catholique des habitants du Canada français. Le vieux credo ultramontain « la langue gardienne de la foi » fut donc jeté aux oubliettes de l’histoire par ces nouveaux nationalistes. De Canadiens français, nous devenions Québécois, excluant de facto toute la diaspora qui débordait les frontières de la province.

À ce rejet du passé canadien-français s’est jumelée une fascination pour les mouvements de libération qui agitaient alors le reste du monde. Les empires européens en Asie et en Afrique s’effondraient tous les uns après les autres, laissant place à des nationalismes anticoloniaux – souvent violemment anti-européens – rejetant tous liens avec les anciennes puissances coloniales.

Il s’est donc développé – de manière totalement compréhensible bien que peut-être problématique – tout un discours anticolonialiste et tiers-mondiste au sein du nationalisme québécois liant les révoltes d’Afrique et d’Asie avec le souverainisme d’ici. C’est également à cette époque que certains nationalistes québécois virent la lutte contre la ségrégation raciale des Afro-Américains comme un miroir de notre propre combat pour faire du Québec un pays. De même pour la lutte du FLN qui aboutit à la création de l’Algérie en 1962, sans parler de la fameuse révolution cubaine de 1959 mené par l’ineffable et aujourd’hui décédé Fidel Castro. Chicago-Alger-La Havane-Québec : même combat !

Mirage, quand tu nous tiens.

Ce que les plus radicaux des néonationalistes n’ont pas pu prévoir ou n’ont pas voulu voir, c’est que l’effondrement global de la mythologie tiers-mondiste, anticolonialiste et socialiste allait jeter le nationalisme québécois dans un cul-de-sac dont il n’est pas encore sorti. Quiconque doté d’un peu de jugeote et de sens critique ne souhaite absolument pas que les Québécois se retrouvent dans la position actuelle des Afro-Américains, des Algériens ou des Cubains.

Malgré la présence d’un Noir à la Maison-Blanche, aucun Québécois n’envie le sort catastrophique des Afro-Américains surreprésentés dans les prisons américaines dont les seuls modèles culturels ne se résument trop souvent qu’à de vulgaires rappeurs singeant des trafiquants de drogue ou à des athlètes analphabètes pris dans des imbroglios judiciaires. Car ne nous mentons pas, la surreprésentation des Noirs dans les prisons américaines n’est pas uniquement imputable à un racisme de la majorité blanche américaine ; la fascination pour la violence, la prison et la drogue est un problème éminemment culturel au sein de la jeunesse noire américaine. C’est d’ailleurs en voulant importer ce modèle vers le Québec que la gauche multiculturaliste réussira à faire augmenter sensiblement le racisme au lieu de prôner la seule politique viable à long terme : la réduction de l’immigration permettant l’assimilation de la jeunesse immigrante à la culture québécoise.

La fascination de certains souverainistes québécois pour le combat algérien est lui aussi empreint d’une très grande naïveté. Malgré ce que croyait Frantz Fanon – le célèbre auteur des Damnés de la Terre, apologie ultime de la violence anticolonialiste – le combat pour l’Algérie indépendante ne mena pas à la création d’un contre-modèle socialiste pour toutes les sociétés du Tiers-Monde. Obnubilés par les théories marxistes, les lecteurs de Fanon – incluant Sartre et Beauvoir – ne virent pas dans le réveil algérien le souffle du Djihad qui allait se lever. Rappelons que, non content de lutter contre le colonisateur français, le moudjahidine algérien luttait également contre le rumi, le kafir, contre le mécréant qui occupait la terre islamique.

D’ailleurs, ce n’est plus l’idéal socialiste qui anime aujourd’hui la société algérienne, mais bien l’utopie totalement nihiliste de cet islam décomplexé et conquérant qui remporte bataille sur bataille dans toutes les sphères de la société. Car ne nous méprenons pas, même si les islamistes algériens ont perdu la bataille militaire durant la guerre civile des années 90’, ils ont gagné la bataille des cœurs et de esprits. Le FLN, le parti unique au pouvoir, s’accrochant comme il le peut à la rente pétrolière, a fait toutes les concessions juridiques et sociales aux islamistes pour conserver la paix militaire dans le pays. L’Algérie est aujourd’hui tout sauf un modèle d’émancipation nationale. Preuve en est que des milliers d’Algériens tentent aujourd’hui de venir s’installer chez nous.

Quant à Cuba, est-il bien besoin de faire le bilan politique d’un homme que certains considèrent encore comme étant un libérateur de peuple, même s’il a projeté son pays dans les griffes soviétiques, entraînant son peuple dans le régime le plus totalitaire de toutes les Amériques.

En ce qui concerne le modèle cubain, une semaine à Varadero suffit aux Québécois.

Mais pour ce qui est d’instaurer des billets de rationnement, des comités populaires de la révolution, des cursus scolaires entièrement marxistes, des visas internes, une presse unique aux ordres du parti unique et de la ploutocratie familiale dirigeant l’État ; nous passerons notre tour. Même les plus fervents admirateurs québécois de Castro n’ont pas daigné s’installer définitivement sur l’île. Comme quoi, pour ces bourgeois-bohèmes logeant sur le Plateau Mont-Royal, le socialisme est toujours plus appréciable en buvant un petit vin californien dans leur chalet des Laurentides qu’en partageant les joies du socialisme réel. « La révolution socialiste ? Bien sûr… Mais loin de chez moi. »

L’utopie anticolonialiste, tiers-mondiste et socialiste ayant échoué, quels ressorts reste-t-il au nationalisme québécois pour reprendre le flambeau du souverainisme et du combat indépendantiste ?

Écartons tout de suite le prêchi-prêcha gnangnan de la gauche libérale voulant faire du Québec un petit Canada en puissance. Inter ou multiculturaliste, déraciné, post-national et bilingue, ce Québec souhaité par une partie non négligeable de l’establishment souverainiste n’aurait aucun intérêt à être construit puisqu’il existe déjà. La guerre culturelle qu’a menée le trudeauisme a si bien été remportée que le camp souverainiste s’y est laissé entraîner. Reprendre à notre compte l’idéal de Pierre Elliott ou de Justin ne ferait que consacrer notre mort nationale.

Il nous apparaît donc que c’est par le ré-enracinement dans les fondements de ce qui fait du Québec un endroit unique au monde qu’il faut commencer à réarticuler la question nationale pour le XXIe siècle. Il faut défendre le passé glorieux de la Nouvelle-France, comprendre l’impact qu’ont eu les ordres missionnaires, se rappeler l’histoire de l’Église triomphante, décrypter l’épisode des patriotes avec un regard neuf, sortir du mythe de la « Grande Noirceur » pour faire une critique raisonnée de tous les échecs de la Révolution tranquille et enfin sortir du référendisme à tout crin qui nous a menés dans une catastrophe politique.

Car les nouvelles générations de patriotes ne veulent pas une utopie sortie des cerveaux malades des théoriciens queers et postmodernes biberonnés aux subventions universitaires. Ce qu’ils veulent, c’est la reconquête de leur histoire, de leur territoire, de leur économie et de leur patrie. Le nationalisme qui pointe à l’horizon s’émeut peu du poison de la culpabilité coloniale que les militants de la haine-de-soi injectent au corps national.

Oui, le Québec est le fils de la France coloniale du XVIe siècle. Oui, nous sommes un peuple très majoritairement blanc, catholique, descendants des colons français venus s’établir en Amérique du Nord. Oui, nous appartenons au camp occidental. Oui, nous sommes le foyer lumineux de l’Amérique française entouré de toutes parts par l’anglophonie protestante et libérale. Oui, notre destin national est exceptionnel.

Et alors ?

Nous ne nous en excuserons plus.

Qui aurait cru que les descendants de cette poignée de colons arrivés sur les berges laurentiennes allaient devenir le plus grand peuple explorateur de l’Amérique du Nord, tissant alliances et traités avec les Autochtones et cartographiant le continent de la Baie d’Hudson au Golfe du Mexique ? Qui aurait misé sur le fait que plus de deux siècles après l’annexion de la Nouvelle-France par l’empire britannique nous allions encore parler fièrement le français ? Qui oserait encore cracher sur l’incroyable épopée de nos ancêtres qui créèrent, contre vents et marées une civilisation pleine et entière au cœur de l’Amérique du Nord ?

Nul besoin de larmoyer sur les défaites passées des dernières décennies. L’époque où les souverainistes étaient transis de peur à l’idée qu’on puisse évoquer « l’argent et le vote ethnique » tire à sa fin. L’éternelle repentance est morte sous les décombres de la nécessité vitale de reprendre le discours nationaliste de façon franche et sans complexe.

Une nouvelle génération se lève pour voir le jour et souhaite en finir avec l’à-plat-ventrisme de nos pseudo-élites auto-proclamées.

L’époque de la mollesse post-référendaire est terminée.

Commentaires

  • Pierre Bourassa, 4 janvier 17h22

    ’’Assumer un nationalisme décomplexé’’ (suite)

    Plus de détails sur l’influence d’un président nationaliste :

    Puisqu’il faut se lever 04-01-2017

    Trump vraiment décidé de mettre les constructeurs automobiles au pas| Il nomme un ancien de l’aire Reagan pour sa politique protectionnisme Intervenants : François Gagnon
    http://www.985fm.ca/lecteur/audio/trump-vraiment-decide-de-mettre-les-constructeurs-347493.mp3

  • Pierre Bourassa, 3 janvier 18h35

    ’’Assumer un nationalisme décomplexé’’
    J’ai bien aimé le Bye Bye.En particulier le passage sur l’émission dans l’Oeil du Dragon où ses sbires laissaient partir les 2 compagnies les plus rentables(St-Tubert et Rogna)alors que le PM Couillard intervenait pour avancer 1 milliard de dollars à celle qui ne rapportait rien et qui exportait ses emplois au Mexique et aux E.U.,Bombardier.
    Ici nous avons assisté au laissé partir du moteur-roue,de la batterie du futur,oui,à Rona et St-Hubert et juste au sud de la frontière,17 jours avant l’intronisation officielle du président Trump,voici ce qu’on lit :
    Ford annule la construction d’une usine au Mexique pour investir aux États-Unis http://www.ledevoir.com/economie/automobile/488331/ford-annule-la-construction-d-une-usine-au-mexique-pour-investir-aux-etats-unis
    Un président nationaliste ça fait comprendre le gros bon sens aux compagnies,et ça fait paraître Couillard comme un traître au pays du Québec.
    Les Dragons - St-Tubert https://www.youtube.com/watch?v=AFP51ZeggXk&index=7&list=PLqhs99ROl8sxhtk04J4Uk1VUNh43DP7sh
    Les Dragons - Rogna et Bon-Bardier https://www.youtube.com/watch?v=Sc9sUfQGX8s&index=6&list=PLqhs99ROl8sxhtk04J4Uk1VUNh43DP7sh

  • Caroline St-Laurent, 28 décembre 2016 11h51

    Bonjour Monsieur Cormier-Denis,

    Quelle place votre désir de réenracinement accorde-t-il aux communautés francophones hors Québec ? Quel(s) lien(s) maintiendriez-vous avec le Canada ? Comment infléchir la courbe démographique ? Enfin, quel est, selon vous, le meilleur véhicule politique ?

  • yves corbeil, 27 décembre 2016 12h39

    On va bâtir notre pays sur des valeurs chrétiennes catholiques. Ces valeurs nous viennent de nos fondateurs, ça ça se transmet de génération en génération. Ça existe pas dans l’autre solitude de ce pays ou la chrétienté anglicane y sévit.

    Ces colons qui ont quitté leurs pays la France pour fonder la Nouvelle France qui s’est divisé en 10 provinces quand les supporteurs français nous ont laissé à nous mêmes pour combattre dans leurs autres colonies. La débandade se poursuit depuis et en France s’est pire.

    Donc, on se tient pour se refaire ou on reste plier en deux pour disparaître dans le trou multiculturel du rejeton de Trudeau.

    On bâtira pas ce pays sur des bases économiques avec la base démographique actuel, réveillons-nous et passons à l’action avec un parti qui comprends la réalité qui est la nôtre. Ensemble on reste fort, diviser on l’a assez été.

  • Marcel Haché, 26 décembre 2016 16h49

    Nous sommes qui Nous sommes dans le Canada. Si Nous n’assumons pas ce que Nous sommes, si le P.Q. n’assume pas qui Nous sommes, l’indépendance du Québec c’est du vent.

    Le P.Q. ne pourra jamais faire l’Indépendance s’il tient le même discours que le P.L.C., s’il tombe à genoux aussitôt que les mots West Island sont prononcés.

    Ne s’agit plus de jaspiner avec les chartes et la clause nonobstant, mais de mettre son pied à terre…

    Car le référendisme ne fut jamais rien d’autre qu’une façon d’occulter une très dure réalité : ce ne fut jamais contre la souveraineté ni l’Indépendance du Québec qu’un certain électorat a toujours voté, ce fut toujours contre Nous. Et, n’en déplaise à tous les « progressistes » à la noix qui convergent et qui accourent au P.Q. Lisée, ce n’est pas à ceux qui refusent d’assumer l’histoire que toute notre nation remettra les clés du Pouvoir, lui seul capable de faire l’Histoire.

    Se débarrasser de la gang à Couillard est certes une nécessité. Mais ce n’est pas un rêve. C’est très froidement et sans rêver que l’électorat peut pourvoir à cette nécessité. Méchant défi posé aux péquisteux : redevenir des péquistes…

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