«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Indépendance POLITIQUE du Québec 446

« Le rapport de force interne sera toujours déterminant… » (Gilles Verrier)

Une nation a le « droit » que lui confère sa « force ».

Chronique de Bruno Deshaies
mardi 1er mars 2016
549 visites 2 messages

2016-03-01 12:10

« Le rapport de force interne sera toujours déterminant sur les conditions externes, même si ces dernières peuvent jouer dans un sens favorable. » (Gilles Verrier)

Le PQ a un travail de fond à faire mais, en ce moment, il flirte avec le système proportionnel pour le régime électoral. Il mise sur une élection en particulier. Il travaille en fonction des votes. Le public n’est peut-être pas du même avis. Il l’a fait savoir à Mme Marois [cf. l’analyse de Guillaume Rousseau sur le rôle du « parti naturel du pouvoir » que joue le Parti libéral provincial au Québec] (1) .

Même s’il prenait le pouvoir en 2018, le PQ sera toujours devant le même défi : l’indépendance politique du Québec (qu’il en parle ou non) : « Un État français, souverain, jouissant juridiquement de la reconnaissance internationale. » Il devra éviter le langage abscons ou imprécis sur les fondamentaux de l’indépendance. Il aura à s’assurer de bien connaître la situation actuelle et éviter d’entretenir des illusions qui nuiraient aux politiques et aux dirigeants indépendantistes québécois en vue d’élaborer la stratégie globale et organiser les forces de la collectivité. Agir autrement risquerait même d’aggraver la situation et d’accroître les dangers de démission chez la masse, en préparant un dur et tardif réveil. Il faudra de la vision. En ce sens, Gilles Verrier a raison d’écrire que « le rapport de force interne sera toujours déterminant ». Donc, seule une forte unité québécoise sur la fin-en-vue par une majorité significative démocratique – clairement identifiée et explicitement exprimée – augmentera l’effet de la lutte nationale envers un ou des adversaires déterminés à en découdre avec les indépendantistes québécois qu’ils qualifient de « séparatisssses » (terme péjoratif employé volontairement ) Les Québécois ne devraient pas rester dans leur « réserve » ? Après tout, ils vivent bien au Canada !

C’est certainement avec raison que Marcel Haché soutient l’idée suivante : « Il m’apparait souvent que les carriéristes et les idéalistes de l’Indépendance s’entendent comme larrons, à la seule fin d’éviter le Combat nécessaire et incontournable qui s’impose. Fait longtemps que ça dure cet évitement ! (2) »

Les partisans du fédéralisme (moralistes, juristes, théologiens, journalistes, spécialistes des sciences humaines) qui cherchent par devoir professionnel à voler au secours du « droit immuable » sont contraints à exécuter des « prouesses » ou des « pirouettes » intellectuelles pour échafauder des structures constitutionnelles qui répondraient aux besoins des sociétés nationales.

En revanche, les partisans de l’optique indépendantiste n’ont pas le choix de s’exprimer avec honnêteté, sincérité et respect de la vérité pour faire valoir leur point de vue. Sur cette option, il ne suffit pas d’être de bonne foi dans l’ignorance des fondamentaux de l’indépendance et de leur histoire nationale. De la stratégie, il en faut mais le public est rassasié de toutes ces démonstrations nationalistes qui n’aboutissent pas (infra Note 1).

Faire la promotion de l’indépendance avec les bons mots

Il paraît évident aujourd’hui que le public souhaiterait voir les péquistes faire la promotion de l’indépendance avec les bons mots d’autant plus que les Canadiens britanniques, cette SOUCHE politico-culturelle du Canada ACTUEL, ne dérogeront jamais de leur objectif d’unité canadienne. Cette lutte est une lutte entre deux nations au sein d’un même État (c’est ce qu’écrivait Durham dans son célèbre rapport, en 1839, au sujet des « Canadiens » vs les Britanniques au Canada). Sur ce plan, les forces externes au Québec sont fortement contre la sécession de la Province de Québec. En plus, à l’interne, les indépendantistes ont un problème avec le rapport majorité vs minorité(s) au Québec. Les Canadians qui vivent au Québec sont-ils minoritaires ou majoritaires au Canada ?

Le Chef du Parti québécois a un MUR devant lui. S’il ne s’appuie pas sur un public informé de sa thèse et conscient que le futur du Québec passe par l’indépendance, il sera débouté quoi qu’il fasse avec ses admirateurs en marketing et en communication, car il y aura l’après de l’indépendance (réussi ou échoué). Il a donc l’obligation politique de mobiliser la conscience nationale des Québécois durant plusieurs années encore. Le Canada va le suivre à la trace et l’attendre « just around the corner ».

Aussi bien admettre maintenant que les historiens, les politiciens, etc., de par leur métier, peuvent admettre que – en ce qui concerne l’indépendance ou l’annexion – la force, les circonstances font le droit ou l’absence de droit ! Et que c’est avant tout une question de force plutôt qu’une question de justice. Une nation a le « droit » que lui confère sa « force ».

Finalement, tout ce préambule pour en arriver au problème que vient de soulever J. C. Pomerleau au sujet du principe légaliste d’EFFECTIVITÉ en droit international (3) . Bien sûr que nous devons y penser. Sauf que le plus important est de créer l’unité québécoise pour faire face aux oppositions qui viendront autant de l’interne que de l’externe.

En ce moment, le travail des indépendantistes doit prioritairement porter sur la transformation et la conversion des esprits à la pensée indépendantiste. Et même au-delà des travaux que pourrait faire l’IRAI, les indépendantistes doivent mettre effectivement le cap sur l’indépendance politique du Québec. Les partis indépendantistes ne doivent pas s’imaginer que l’indépendance va nous arriver par surcroît parce que nous aurions bien agi dans le carré de sable du « canadian scheme » fédéral ou que nous aurions fait toutes les études sur le phénomène d’indépendance des nations.

Les références qui suivent pourraient nous faire réfléchir sur la nature des rapports entre les nations lorsqu’il y a un affrontement national. Les péquistes ne pourront pas occulter indéfiniment cet obstacle sur leur parcours de libération nationale. L’establishment du mouvement indépendantiste doit se remettre en cause face à cette réalité historique. C’est dans cet esprit que les fondamentaux de l’indépendance sont incontournables. Il y a trop de zizanie et d’incompréhension entre les groupes et les individus indépendantistes pour croire qu’on y parviendra au cours de la prochaine décennie. Le défi est de taille pour le Chef du Parti Québécois.

À consulter :

Monique Chemillier-Gendreau, « À propos de l’effectivité en droit international. »Professeur à la Faculté de droit et des sciences économiques de Reims.

Monique Chemillier-Gendreau, « Le droit international peut-il contribuer à une société mondiale plus équitable ? » Réunion Thématique publique d’Agter. Synthèse de la conférence-débat organisée autour de l’intervention de Monique Chemillier-Gendreau, le mardi 13 octobre 2009, sur le Campus du Jardin Tropical de Paris à Nogent sur Marne.

Monique Chemillier-Gendreau.

Raymond Aron, « Souveraineté et Fédération. Guerre interétatique et guerre intraétatique. » Extrait de Paix et Guerre entre les nations (1962/1984). Un texte incontournable pour ceux qui prétendent être des indépendantistes. Discussion sur « les équivoques de la souveraineté » (p. 724-728) dans le cadre des relations entre les États souverains en regard d’un ordre interétatique mondial - d’où le problème des nations, de la fédération et de l’empire.

Bruno Deshaies, « De la DIFFÉRENCE à la DISTINCTION. » Mémoire présenté à la Commission Bélanger-Campeau sur l’avenir politique et constitutionnel du Québec. Québec, 5 novembre 1990.

NOTES

(1) La démonstration de cette apathie collective d’un point de vue électoraliste a été mise en évidence par Guillaume Rousseau dans son essai sur « Le mouvement souverainiste face au "parti naturel du pouvoir" : alternatives politiques et juridiques. » (Chapitre 3, p. 95-147.) Dans L’Indépendance. Les conditions du renouveau. VLB, 2014. Guillaume brosse un portrait exhaustif des tentatives multiples de stratégies et de solutions envisageables. Sur 151 ans (1867-1918), le Parti libéral du Québec a été au pouvoir durant 87 ans et sensiblement la même chose au fédéral pour le Parti libéral du Canada (p. 108). Un peu plus et la coupe était pleine. Une lecture troublante, paradoxale et inquiétante à la suite de « La défaite d’avril 2014 à la lumière de l’histoire » (p. 96). Une matière sur laquelle Monsieur Pierre Karl Péladeau devrait méditer avec son École de formation à l’indépendance. La politique ne se passe pas uniquement dans l’Actuel mais dans le Temps (passé, présent et futur). Voilà la dimension réaliste qui est absente du discours péquiste. Instinctivement, les Québécois-Français ressentent cette faille dans le raisonnement des souverainistes péquistes trop collés sur un discours de sondage et d’électoralisme. D’où un manque de vision.

(2) Commentaire du 28 février 2016sur la chronique de Gilles Verrier.

(3) Commentaire du 27 février 2016 : « L’incontournable principe d’effectivité. »

Commentaires

  • Bruno Deshaies, 2 mars 2016 14h30

    2 mars 2016 14:30

    Bonjour Monsieur Richard Le Hir,

    Je vous remercie pour votre réponse sous la forme d’un dilemme.

    Au sujet de ces deux dictons, je répondrais que celui qui prend le bon chemin arrivera plus vite au but que celui qui ne sait pas trop où il veut arriver. Ou, autrement dit : « Le boiteux qui prend le bon chemin dépasse le coureur rapide qui prend le mauvais chemin. » (Francis Bacon, The New Organon, Book I : LXI.)

    Au plan historique, voici la réponse de Maurice Séguin :

    v) Les deux solutions à la « question nationale » et les options possibles

    Y) La « question nationale » n’est pas une voie à sens unique.

    Il est aussi intelligent et légitime d’aller

    – soit vers l’indépendance

    – soit vers [l’annexion et]
    l’assimilation totale.

    Ces deux solutions se rejoignent...

    Z) La politique du « possible » :

    1o) monter vers l’indépendance...,
    2o) accepter lucidement l’annexion...,
    3o) se laisser glisser vers l’assimilation (de préférence totale),
    sont des options qui peuvent se justifier.

    Accepter lucidement l’annexion inévitable,

    faire face lucidement à la provincialisation qui s’impose par la force des choses,

    c’est tirer parti de la réalité « obligatoire », c’est logique et nécessaire.

    [À l’échelon régional]

    C’est agir (par soi) collectivement jusqu’à la limite du possible et du permis à l’échelon régional.

    (Et même un peu plus...)

    [À l’échelon central]

    C’est être présent (intelligemment et « paresseusement ») à l’échelon central possédé par la nation majoritaire

    (y faire montre de trop de zèle serait contribuer à la centralisation et à une plus forte annexion de sa propre nation minoritaire).

    Parasiter de la manière la plus autonome possible au régional d’abord, au central aussi...

    Et sachant ce que c’est que l’indépendance, – sans se « faire avoir », – attendre l’occasion... si jamais...

    Source : Les Normes,Chapitre troisième : « Sociologie du national ».

  • Richard Le Hir, 2 mars 2016 12h31

    Un dicton populaire ne dit-il pas que « la raison du plus fort est toujours la meilleure » ?
    Et quand un autre dit « Malheur aux vaincus ! », on comprend tout l’intérêt qu’il y a à se montrer prudents et bien choisir son moment pour passer à l’action.

    Richard Le Hir

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