«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Saudi Connection

Le projet ambivalent de Philippe Couillard

Le 17 mars dernier 2013, Philippe Couillard était élu chef du Parti libéral du Québec afin de succéder à Jean Charest. Sans attendre, il annonçait dans toutes les tribunes qu’il entendait faire du PLQ un parti revigoré. Ce 17 mars, avant la tenue du vote, Philippe Couillard avait déjà réitéré son intention d’intégrer le Québec à la constitution canadienne, ce projet ô combien optimiste qui risque de plonger de manière plus prononcée encore la Belle Province dans une torpeur multiculturaliste avec laquelle les pays occidentaux devraient d’ailleurs tous éviter de flirter.

Mais qui est vraiment Philippe Couillard ? Que savent véritablement de lui les militants libéraux qui l’ont élu à hauteur de 58,5 % ? Monsieur Couillard est d’abord le chantre du multiculturalisme, cette idéologie qui soutient que finalement, toutes les cultures se valent. Ensuite, Philippe Couillard semble être un homme politique habile aux visées néfastes pour l’identité québécoise, un individu dont il faut se méfier en regard de certaines activités qu’il a menées. Les deux rôles qu’il aura tenus, soit le rôle de conseiller de l’Arabie saoudite et de membre du Comité de surveillance responsable de superviser les activités d’espionnage du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), peuvent laisser perplexe quant à ses compétences en matière de sécurité collective. Aussi, il est question ici de sa complaisance manifeste face au pire des obscurantismes.

Nul besoin d’être perspicace pour constater que Monsieur Couillard s’est trouvé dans une grave situation de conflit d’intérêts. En 2010, le gouvernement de Stephen Harper le nommait au Comité de surveillance des activités de renseignement de sécurité (CSARS), alors qu’il était toujours membre du conseil consultatif international, mis sur pied par le ministre de la Santé de l’Arabie saoudite, Abdullah bin Abdul Aziz Al-Rabeeah. Ces informations se retrouvent toujours sur le site internet du CSARS dans la section relative à sa biographie[1]. En fait, l’un des objectifs du SCRS consiste, selon des documents même du SCRS, à fournir au Parlement « l’assurance que le Service enquête sur les menaces à la sécurité nationale et fait rapport à ce sujet d’une façon qui respecte la primauté du droit et les droits des Canadiens[2] ».

Il est donc tout à fait légitime de nous demander en quoi le statut d’une personne comme Philippe Couillard, travaillant pour l’un des pays les plus généreux en matière de financement du terrorisme islamiste international, pourrait être adéquat pour assumer un rôle dans une telle organisation. En effet, le docteur Couillard était engagé depuis 1992 à Dhahran par la société pétrolière Aramco, toujours en Arabie saoudite, afin d’y fonder un service de neurochirurgie[3]. C’est à partir de cette année-là qu’il aurait noué d’importants contacts dans ce pays, dont le courant de pensée officiel est le wahhabisme, l’un des courants les plus belliqueux du fondamentalisme mahométan et dont l’interprétation littérale des textes sacrés est l’apanage.

Avons-nous vraiment besoin de souligner le fait que l’Arabie saoudite applique à la lettre, c’est-à-dire sans interprétation, la loi islamique, la charia ? Avons-nous vraiment besoin de souligner que l’Arabie saoudite, lieu de naissance du prophète Mahomet, est l’un des principaux centres de diffusion de l’idéologie djihadiste et que de nombreuses peines de mort y sont annuellement prononcées ? Qu’il s’agit d’un pays où les femmes n’ont pratiquement aucun droit ? Où les décapitations publiques sont monnaie courante ?

Durant son séjour chez les Saoudiens, le Dr Couillard apprend l’arabe, s’informe sur l’islam et lit sur le coran. Il aime apparemment entendre les chants des muezzins, ces fonctionnaires des mosquées chargés d’appeler les fidèles à la prière. Il confie à Martine Turenne en 2003, alors chroniqueuse pour L’Actualité, qu’il trouvait « leurs appels très beaux et très poétiques[4]. » Il aurait même fait pousser sa barbe, au point où les Saoudiens auraient pensé à l’hôpital où il travaillait qu’il s’était converti à l’islam[5]. Ces derniers étaient alors « bien contents », confie-t-il alors à la journaliste. À cet effet, dans une entrevue accordée à la CBC le 23 juin 2010, le directeur du SCRS, Richard Fadden, s’était d’ailleurs dit très préoccupé par l’attachement que des représentants de l’État canadien avaient pu développer envers des puissances étrangères[6]. La question se pose effectivement : comment peuvent-ils vraiment être objectifs ?

Mais plus troublant encore : selon certaines informations, un juge saoudien aurait contacté en 2010 plusieurs hôpitaux pour demander à leur personnel si un établissement accepterait d’endommager volontairement la moelle épinière d’un homme qui devrait être puni pour avoir paralysé un autre homme, et ce en conformité avec les prescriptions de la charia[7]. Dans un pays aux traditions archaïques, serait-ce le genre de cas qu’il aurait pu rencontrer dans ses fonctions ? Un cas isolé, pensez-vous ? À l’avenir, il faudra que Monsieur Couillard justifie, auprès de la population québécoise, son dévouement à un pays aussi intégriste.

Évidemment, Philippe Couillard s’est défendu d’être en situation de conflit d’intérêts, voire en conflit de valeurs. Jamais il ne pourrait avouer avoir eu connaissance de ce genre de pratiques. Joint par La Presse il y a plus d’un an, il affirmait n’avoir occupé auprès du prince que des fonctions exclusivement liées au secteur de la santé[8]. Mais indépendamment de ces faits : comment conçoit-il vraiment l’islam radical ? Ce serait donc cela l’esprit du multiculturalisme préconisé par Monsieur Couillard ? Où se cache donc le libéralisme qu’il revendique ? Où étaient-ils passés, alors, ses grands principes ?

Dans une lettre qu’il publiait dans Le Devoir le 5 décembre 2012, le Dr Couillard disait vouloir réorienter le Parti libéral sur la voie du « vrai libéralisme ». Il souhaitait que celui-ci puisse « revenir aux sources de l’idée libérale ». Dans sa lettre, il en appelle notamment à l’ouverture, à la tolérance ainsi qu’à la lutte contre le fascisme, trois éléments qui auraient été selon lui caractéristiques des libéraux québécois à travers l’histoire[9]. Dès lors, les réflexions suivantes s’imposent : premièrement, si l’ouverture implique de rester « ouverts » face aux archaïsmes les plus délirants que M. Couillard aime relativiser en évoquant la différence des contextes culturels, nous saurons nous en passer. Deuxièmement, depuis quand la tolérance implique-t-elle de tolérer l’intolérance ? Troisièmement, en ce qui concerne la lutte contre le fascisme, Monsieur Couillard a-t-il réellement quelque chose à apprendre aux Québécoises et aux Québécois en la matière, surtout si ce dernier semble faire l’amalgame entre nationalisme et idéologie fasciste (le nationalisme québécois n’ayant absolument rien à voir cette dernière) ?

Le régime de l’Arabie saoudite, auquel il a collaboré, n’a pas besoin de s’appuyer sur un nationalisme excessif pour être antisémite et pour que son mode de fonctionnement soit basé sur l’autoritarisme le plus exacerbé. Comment venir ensuite faire des leçons sur le supposé manque d’ouverture du Québec, qui accueille depuis des décennies des réfugiés politiques de toute sorte et des immigrants du monde entier ? Pour quelles raisons alors parle-t-il « d’intégrisme laïque » ?

Finalement, Monsieur Couillard dit prôner un certain dialogue entre les cultures, dialogue qui devrait selon lui prévaloir aussi au Québec. Mais de quel type de dialogue s’agit-il exactement ? Précisons que pendant qu’il occupe un poste au Comité de surveillance des activités de renseignement de sécurité, des médias nous informent du nombre ahurissant de manuels scolaires envoyés depuis l’Arabie saoudite vers les écoles musulmanes à travers le monde, manuels qui sont radicalement hostiles envers les juifs et les chrétiens[10]. D’ailleurs, si le rapport annuel pour l’année 2011-2012 du SCARS fait état d’une situation où le Canada est en proie à une radicalisation des mouvements terroristes[11], Monsieur Couillard, lui, ne semble pas encore songer à l’ambivalence de sa situation comme conseiller de la monarchie saoudienne et comme représentant du gouvernement canadien.

Pas étonnant alors qu’il soit aussi pressé d’intégrer le Québec à une constitution qui fait la promotion du multiculturalisme et qu’il est quasiment impossible de modifier. Constitution qui avait été imposée au Québec par Pierre E. Trudeau et par son gouvernement en 1982. Comme le rappelle Mathieu Bock-Côté, Philippe Couillard semble trouver loufoque l’idée de la souveraineté du Québec, l’idée de l’État-nation étant associée, de manière pavlovienne, par les penseurs libéraux canadiens « à une forme de nationalisme tribal symptomatique d’une forme de crispation identitaire[12] ». Mais en contrepartie, en raison de son fort attachement au multiculturalisme trudeauiste, il semble trouver acceptable l’idée d’implanter des communautés culturelles au Québec comme au Canada, communautés qui évolueront indépendamment du reste de la population. Car le multiculturalisme se résume à l’adage suivant : faites comme chez vous. Philippe Couillard ne pense donc pas en termes d’intégration, il pense en termes de complémentarité. Mais peut-on jouer avec les communautés humaines comme on le ferait avec des jouets ?

C’est clair : Philippe Couillard doit rendre des comptes sur son rôle de membre du CSARS et de collaborateur à la monarchie saoudienne. Il doit également préciser au peuple québécois la façon dont il conçoit l’islam fondamentaliste, ici et ailleurs. De plus, le fédéralisme désincarné qu’il propose est dangereux pour notre identité. Sa conception du monde est romantique et les Québécois ne peuvent pas se permettre d’être dupes au point de s’y laisser berner.

[1] Voir : http://www.sirc-csars.gc.ca/abtprp/ccmcma/couphi-fra.html
[2] http://www.sirc-csars.gc.ca/pdfs/ar_2011-2012-fra.pdf
[3] http://www.sirc-csars.gc.ca/abtprp/ccmcma/couphi-fra.html
[4] Martine Turenne : « Philippe Couillard - Quitte ou double » L’Actualité, n° Vol : 28 No : 16, 15 octobre 2003.
[5] Ibid.
[6] http://www.cbc.ca/news/canada/story/2010/06/22/spying-csis.html
[7] « Saudi Arabian judge asks hospitals to paralyse man », The Guardian, 19 août 2010 : http://www.guardian.co.uk/world/2010/aug/19/saudi-arabia-judge-paralyse-convict
[8] Vincent Larouche, « Les liens de Philippe Couillard avec l’Arabie saoudite font des vagues, La Presse, 23 novembre 2011 : http://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/politique-canadienne/201111/23/01-4470733-les-liens-de-philippe-couillard-avec-larabie-saoudite-font-des-vagues.php
[9] Philippe Couillard, « Revenir aux sources de l’idée libérale », Le Devoir, 5 décembre 2012.
[10] Charles Lewis, « Saudis export anti-Christian and anti-Jewish textbooks across the world : report », National Post, 28 septembre 2011 : http://life.nationalpost.com/2011/09/28/saudis-export-anti-christian-and-anti-jewish-textbooks-across-the-world-report/
[11] http://www.sirc-csars.gc.ca/pdfs/ar_2011-2012-fra.pdf
[12] Mathieu Bock-Côté, « Philippe Couillard ou la radicalisation du fédéralisme », Le blogue du journal de Montréal, 10 décembre 2012.


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