«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Beaucoup de bruit pour rien

PRINTEMPS ÉRABLE

Le pouvoir étudiant au fil du temps

Dès les années 2000 se préparaient les prémisses du grand conflit

samedi 11 février

Qu’advienne enfin l’éducation gratuite pour tous, soutenait en 1964 la commission Parent sur l’enseignement. Quatre ans plus tard, les étudiants québécois la réclamaient plus que jamais à l’occasion d’une mobilisation qui, prenant à témoin les soulèvements internationaux, réclamait entre autres choses une deuxième université française à Montréal et une redéfinition, au nom de la démocratisation, du fonctionnement des collèges.

 

«  Mais, bien avant cette grève étudiante au Québec, même avant Mai 1968 en France, il y eut la grève pour les droits de scolarité en Acadie  !  » rappelle Irène Doiron, une des militantes à l’époque.

 

Elle estime aujourd’hui que les étudiants demandaient, par un gel des droits de scolarité, des gestes efficaces en fonction d’un nécessaire rattrapage social. «  On était conscients de la disparité épouvantable entre l’université anglaise et les universités francophones  », explique-t-elle au Devoir.

 

La grande porte

 

Professeur au collège Maisonneuve, Benoit Lacoursière a publié Le mouvement étudiant au Québec de 1983 à 2006. Dès 1961, rappelle-t-il, l’Association générale des étudiants de l’Université de Montréal parle de questions nationales et internationales qui dépassent le strict cadre éducatif.

 

L’éducation n’a de sens, considère de longue date le mouvement étudiant, que dans la mesure où on la conçoit comme la grande porte qui donne accès au monde social.

 

Dans les années 1980, le mouvement étudiant s’intéresse à la question de l’avortement, comme il traitera aussi, plus tard, de la lutte contre la mondialisation.

 

Aujourd’hui président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), Jacques Létourneau occupe les premiers rangs du mouvement étudiant entre 1981 et 1989. Il sera secrétaire général de l’Association nationale des étudiants et étudiantes du Québec (ANEEQ). «  C’est une période difficile sur le plan de la mobilisation.  »

 

À l’heure de l’explosion des taux d’intérêt, des discours de Reagan, Thatcher et Mulroney, les militants étudiants étaient moins nombreux qu’auparavant, se souvient-il.

 

«  Les militants des années 1980 sont des laboureurs d’espoir. On voit de façon générale ce qui se met en place comme une fatalité  », explique Benoit Lacoursière.

 

Bien des étudiants en viennent à «  un rapport de fatalité face aux rapports possibles avec le pouvoir  ».

 

Comment défendre la nécessité de l’éducation dans ces circonstances ? «  À l’époque, même des profs me disaient que j’étais venu au monde trop tard, raconte le président de la CSN en riant. Plusieurs croyaient à une sorte de fin de l’histoire.  »

 

Le débat sur les droits de scolarité, gelés depuis 1968, est alors remis sur la table par le gouvernement libéral de Robert Bourassa.

 

Le Parti québécois avait déjà montré de l’ouverture, pour sa part, à «  l’idée que l’éducation doive être mieux arrimée avec les besoins des entreprises  ». Un basculement se préparait, considère Jacques Létourneau.

 

En 1986, la majorité des cégeps vont faire la grève. «  Dans les universités, il était alors plus difficile de mobiliser les étudiants, explique l’ancien président de l’ANEEQ. Il fallait se battre en fonction d’une conjoncture, même si on se battait dans la perspective de la gratuité.  »

 

En 1988, nouvelle grève, cette fois au sujet des prêts et bourses. Pour le gouvernement libéral, il s’agit d’effectuer «  un rattrapage  » avec les droits exigés des étudiants par rapport aux autres provinces. «  Il y avait un écart, c’est vrai. Mais il y avait surtout un écart important qui demeurait entre le taux de diplomation des autres provinces et le Québec  ! C’est surtout là, à notre sens, qu’il fallait envisager un rattrapage  !  »

 

Négociations

 

«  De 1990 à 1995, c’est la débandade de l’ANEEQ, un mouvement plus combatif que ses successeurs immédiats, explique Benoit Lacoursière. On assiste alors à la formation de groupes qui se présentent avec des revendications plus pragmatiques.  »

 

Président de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) en 1994-1995, François Rebello se souvient parfaitement d’avoir voulu changer les perspectives du mouvement étudiant qui, pour être efficace, oscillait trop, à son avis, entre une perspective «  de gauchistes d’une part et de cravatés d’autre part  ».

 

Les manifestations, ce n’est pas l’affaire de la FEUQ. Elle fonde son action sur le principe qu’«  il ne faut pas juste exprimer, mais convaincre  ».

 

La FEUQ s’adresse directement au premier ministre du Québec. «  On avait retrouvé des textes du jeune Robert Bourassa dans le journal étudiant. Ils allaient dans le sens de nos préoccupations. J’étais allé lui porter une lettre chez lui, que j’avais remise à la femme de ménage.  »

 

Des téléphones sont installés à l’université afin que les étudiants puissent joindre directement les députés libéraux. «  Les adjoints des députés s’arrachaient les cheveux. Les lignes étaient monopolisées.  » Ministre de l’Éducation et de la Science sous Bourassa, Lucienne Robillard recule.

 

Celui qui sera plus tard député du Parti québécois puis de la Coalition avenir Québec affirme s’être toujours méfié des résultats offerts par les manifestations. «  Ce n’est pas en cassant des fenêtres que je vais convaincre la madame, chez elle, que notre cause est bonne  », résume-t-il.

 

La FEUQ nolise tout de même 75 autocars à destination d’Ottawa pour protester contre la réforme annoncée par Lloyd Axworthy.

 

Question nationale

 

«  À l’ANEEQ, il y a eu longtemps une influence des groupes marxistes-léninistes après l’échec référendaire de 1980, dit Jacques Létourneau. Quand j’étais là, la question nationale ne passait pas par le mouvement étudiant.  »

 

Mais «  le mouvement étudiant était beaucoup porté par la question nationale  », note Benoit Lacoursière.

 

En 1990, explique Arnaud Theurillat-Cloutier, professeur de philosophie et auteur de plusieurs études sur le sujet, les droits de scolarité sont triplés. En 1994, le Parti québécois est élu et ils sont gelés.

 

«  Les gens pensent qu’on était spontanément pour le PQ, mais c’était pas mal plus compliqué que ça  », nuance Rebello. En 1994, le nouveau ministre de l’Éducation du cabinet libéral de Daniel Johnson fils «  voulait soudain faire une table de concertation avec les étudiants  ».

 

Par ailleurs, «  le PQ ne nous confirmait pas qu’il y aurait un gel pour les droits de scolarité. Ils étaient convaincus que, de toute manière, nous allions travailler pour l’indépendance. On a donc décidé d’aller nous asseoir avec les libéraux pour discuter d’une loi-cadre…

 

«  Et c’est là seulement que le PQ, apprenant l’affaire, a donné signe de vie. On lui a demandé un gel des droits de scolarité et 40 millions en aide financière en fin d’après-midi. En soirée, le PQ a rappelé pour nous dire qu’on l’avait.  »

 

Tout est affaire de stratégie, répète Rebello. «  Aussi près de l’élection, on a “guidouné” notre appui. […] On ne l’a pas obtenu sans travailler le gel de 1994. […] C’est aux élections que ça se passe. Il faut s’organiser si on ne veut pas avoir à travailler sans arrêt pendant quatre ans par la suite. Ce n’est pas une approche révolutionnaire.  »

 

Nouveau combat

 

Au début des années 2000, le mouvement étudiant devient plus combatif, explique Lacoursière. «  Avec l’ASSE, en 2005, on s’oppose à la logique des prêts et bourses, on insiste désormais pour dire que c’est une perspective d’égalité scolaire  » que l’on recherche. À force d’en parler, l’appui à cette idée va progresser.

 

>Lire la suite de l’article sur Le Devoir


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