«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Pour qui sonne le glas ?

Le partenaire

samedi 8 juin 2013

Le gouvernement Marois a renié de nombreuses promesses électorales au cours des derniers mois, mais on ne peut pas l’accuser d’avoir caché ses intentions en ce qui concerne le pétrole de l’île d’Anticosti.

Le PQ s’était simplement engagé à soumettre le dossier au BAPE avant d’en autoriser l’exploitation. « On ne prendra pas de risques. On va exploiter le pétrole de façon sécuritaire, si tant est qu’on l’exploite », avait déclaré Mme Marois lors du premier débat télévisé entre les chefs de parti. Soit, ce n’était pas le thème central de la campagne péquiste, mais il n’était pas difficile de comprendre que la porte était grande ouverte. D’ailleurs, Québec solidaire lui en faisait déjà le reproche.

Il paraît évident que le règlement publié dans la Gazette officielle le 29 mai a été taillé sur mesure pour permettre à Pétrolia d’effectuer des forages sur la quasi-totalité de la superficie du territoire de l’île. Malgré les obligations imposées aux entreprises, il est également clair que la fracturation comportera un risque pour l’environnement.

Il est parfaitement légitime de s’opposer à toute exploitation, peu importe le degré de risque et les avantages économiques que le Québec pourrait en tirer. « La merveilleuse et patrimoniale île d’Anticosti ne peut pas devenir un dépotoir minier », a lancé Françoise David jeudi à l’Assemblée nationale. Présenté ainsi, on peut difficilement lui donner tort.

« C’est une chose d’être contre l’exploitation ou l’exploration du pétrole, mais c’en est une autre d’être contre la connaissance », lui a répliqué le ministre de l’Environnement et du Développement durable, Yves-François Blanchet. Qu’il s’agisse d’Anticosti ou encore du gisement Old Harry, au large des îles de la Madeleine, comment trancher sans savoir quel est exactement le potentiel exploitable et ce que l’État pourrait en retirer ?

***

M. Blanchet n’a pas digéré que Le Devoir le présente comme un « partenaire » de l’industrie pétrolière. Il est vrai que certains qualificatifs collent à la peau, et le ministre peut compter sur Amir Khadir pour faire en sorte que ce soit le cas, mais un peu plus de transparence aurait évité d’alimenter les soupçons. Sans la vigilance de l’ingénieur en génie géologique Marc Durand, le règlement du 29 mai serait peut-être passé inaperçu.

Le ministre a dénoncé le « glissement sémantique » qui l’a fait interpréter comme un feu vert à la fracturation, insistant sur le fait qu’aucune demande de permis ne lui était encore parvenue. Les propos qu’il avait tenus dans son entrevue au Devoir autorisaient pourtant une telle interprétation : « Il faut être cohérent. On ne peut pas dire qu’on veut permettre l’exploration mais qu’on ne permettra pas la fracturation. Il faut être logique. » Soit, les demandes de permis viendront plus tard, mais elles viendront et elles seront vraisemblablement agréées.

Après tout le mal que le PQ a dit de la fracturation durant le débat sur le gaz de schiste, on peut comprendre que M. Blanchet marche sur des oeufs, mais on ne peut pas lui reprocher d’être cohérent avec la politique de son gouvernement. Le PQ n’a jamais caché que le pétrole pourrait constituer non seulement une source de revenus appréciable pour l’État, mais aussi une « condition gagnante » pour le projet souverainiste.

Le rôle du ministre n’est pas de s’y opposer d’entrée de jeu, mais de rendre disponibles toutes les informations qui permettront au gouvernement et à la population de faire un choix éclairé. Si, en son âme et conscience, il estime que le coût pour l’environnement est trop élevé et que le gouvernement décide d’aller de l’avant malgré tout, il devrait démissionner. Sinon, il devra s’assurer que l’exploitation se fera dans les conditions les plus sécuritaires possible.

***

Nul doute que le débat sera difficile. C’est facile de s’entendre pour dénoncer l’inconscience écologique des Albertains. Ce serait une tout autre affaire de nous priver nous-mêmes d’un pactole. S’il faut saccager la « perle du Saint-Laurent » alors que seulement une infime fraction du pétrole emprisonné dans le schiste serait exploitable, il vaudrait sans doute mieux y renoncer et miser plutôt sur Old Harry. Encore faudrait-il savoir ce qu’il en est exactement.

La politique étant ce qu’elle est, il faut s’attendre à certaines incongruités. Le porte-parole libéral, Laurent Lessard, en a fait sursauter plusieurs la semaine dernière à l’Assemblée nationale quand il a dénoncé la précipitation du gouvernement et suggéré qu’on applique à Anticosti le règlement sur l’eau potable adopté récemment à Gaspé. « On croirait entendre Daniel Breton », a lancé le député caquiste de Granby, François Bonnardel.

La vigilance est sans doute de mise, mais après avoir cédé en catimini à l’entreprise privée les droits sur le pétrole d’Anticosti que détenait Hydro-Québec, les libéraux devraient se garder une petite gêne.


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