«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

L’opinion de Bernard Landry #19

Le nom d’un saint...

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mardi 23 juin 2009

Le 24 juin approche. Les expressions "Bonne Saint-Jean-Baptiste" et "Bonne Saint-Jean" seront encore utilisées en toute simplicité et spontanément par plusieurs, pour exprimer leurs voeux. C’est une coutume aujourd’hui désuète. À regret ou non, le temps est venu d’ajuster notre vocabulaire. En effet depuis mai 1977, en vertu d’un décret présenté par René Lévesque lui-même, ce jour est devenu officiellement la "fête nationale du Québec". Une loi sur la fête nationale, fait aussi de ce jour un congé payé. C’est donc une sorte de devoir citoyen d’adapter notre langage, tout en acceptant que ce genre d’évolution se fait souvent lentement. Des décennies après la dévaluation de la monnaie française par le général De Gaulle, un grand nombre de Français parlaient encore en anciens francs. Cependant dans le cas de l’euro, la transition a duré à peine quelques mois. Une accélération est donc possible.

Depuis des temps immémoriaux, l’humanité a célébré le solstice d’été qui est le jour le plus long de l’année, et qui survient autour du 21 juin. On allumait des feux. Cette fête païenne fut convertie par les chrétiens qui en firent celle de Saint Jean-Baptiste, précurseur du Messie, et qui était son cousin. Les rois de France, allumaient eux-mêmes le feu de la Saint-Jean dans la nuit du 23 au 24 juin.

Les premiers colons de la Nouvelle-France, presque tous catholiques pratiquants, continuèrent à célébrer cette fête sur leur nouveau continent. Peu à peu, au fur et à mesure que notre nation se consolidait, ce jour prit ici des allures de célébration nationale. Le fameux banquet du 24 juin 1834 le consacra comme fête nationale des Canadiens qui devinrent plus tard des Canadiens-Français et qui sont maintenant des Québécois.

Le temps est venu pour nous tous d’appeler le 24 juin par son vrai nom : la fête nationale. Que les catholiques célèbrent pieusement la fête de saint Jean-Baptiste selon le calendrier liturgique, les regarde, et cela mérite le plus grand respect. Cependant, la nation québécoise ne se définit plus maintenant par un périmètre religieux. Plusieurs des nôtres ont cessé d’être catholiques, plusieurs ne l’ont jamais été, et l’immigration aidant, la diversité religieuse est devenue la règle.

Deux grandes nations que nous estimons, ont judicieusement et depuis longtemps séparé l’Église et l’État. Les États-Unis d’Amérique, nos voisins, et la France, notre ancienne mère-patrie, ont des fêtes nationales laïques. Le Canada fait de même. Le premier, le quatre et le quatorze juillet, correspondent à des dates charnières dans l’histoire de ces pays et transcendent toutes connotations religieuses. Pour le Canada, on célèbre une pseudo-confédération qui n’en fut jamais une. Pour les États-Unis et la France, il s’agit de commémorer des jours plus glorieux : l’indépendance nationale dans un cas, et la naissance de sa démocratie dans l’autre.

Les Québécois doivent donc être attentifs à ce genre de symbolique. Il faut cesser de parler de la Saint-Jean-Baptiste comme j’ai entendu notre premier ministre Jean Charest le faire récemment, et désigner désormais ce jour-là par son nom de "fête nationale du Québec". Jean Chrétien, qui n’a jamais été un modèle de modernité à cet égard, avait dit il y a quelques années, même après le décret du gouvernement Lévesque, que c’était "la fête des Canadiens-Français". Encore chaque année, dans des publications respectables, on entend parler de la Saint-Jean. Une institution fédérale, l’an dernier, a même mis à la fenêtre de son bureau : "Fermé pour la Saint-Jean-Baptiste". Une grande banque canadienne, croyant nous faire plaisir sans doute, a utilisé le même vocabulaire pour nous présenter ses voeux !

Faisons donc un effort désormais pour appeler les choses par leur nom. Notre assemblée nationale n’est plus "le parlement provincial". Notre capitale nationale n’est plus "la capitale provinciale". L’ancien musée provincial est devenu le "Musée national des beaux-arts de Québec". Maintenant que Stephen Harper et le parlement du Canada, avec des siècles de retard, ont reconnu l’existence de la nation québécoise, ce serait, encore plus qu’avant, de la négligence de ne pas adapter notre langage aux réalités profondes qui sont les nôtres.

D’autant plus que nous avons au regard de notre évolution au travers les âges, beaucoup de choses à célébrer comme nation : les courageuses réalisations de nos ancêtres autant que nos succès contemporains nous autorisent largement, même si notre liberté totale n’est pas encore arrivée, à nous souhaiter avec fierté : Bonne fête nationale !

Bernard Landry

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Fête nationale 24 juin 2009

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