«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Et ce message nous vient de Colombie-Britannique !

« THE STORY OF US »

Le nationalisme anglo-canadien cherche à imposer un récit triomphant

mercredi 12 avril

«  Je ne comprends pas pourquoi quelqu’un se fâche à propos de ces trucs  », écrit un ami qui réagit à ma critique du deuxième épisode de The Story of Us de CBC. Bien que lui soit sceptique quant à la possibilité que la CBC puisse représenter avec précision l’histoire, quel que soit le sujet, cette recréation du mythe fondateur anglo-canadien est peut-être plus pénible pour moi, Franco-Albertain, qui travaille justement à contrer ces discours et à remettre notre histoire dans l’histoire de l’Amérique du Nord.

 

Comment puis-je lui expliquer que ces récits historiques anglo-canadiens qui évacuent les francophones font réagir plus vivement ceux qui ont grandi loin du Saint-Laurent ? […]. Comment peut-on détailler la honte qui est inculquée par de telles émissions qui glorifient ces véritables Canadians, les Bell et les Mackenzie, présentant ces géants de l’industrie et la découverte, tout en montrant nos communautés comme arriérées, nos ancêtres comme des pauvres sales qui n’ont pas encore eu la chance d’être assimilés à ce « Nous » raconté par la CBC dans un ton qui rappelle un publireportage ?

 

Comme mes coauteurs, Robert Foxcurran, Sébastien Malette et moi-même l’avons décrit dans Songs upon the Rivers, il y a une histoire riche qui a été enterrée des deux côtés de la frontière canado-américaine. Les Canadiens, Créoles, Acadiens et Métis ont une histoire continentale, mais elle a été dévalorisée pour mieux la faire oublier par la suite des deux côtés de la frontière. CBC, notre prétendu réseau public national, poursuit dans cette voie avec une fiction présentée comme de l’histoire, mettant à nouveau l’Anglo-Canadien sur un piédestal.

 

Présence francophone

 

L’un de ces « faits alternatifs » que la narratrice lance avec autant de délicatesse qu’une bombe est l’affirmation que ce n’est qu’après 1777 que «  les commerçants européens commencent à se diriger vers l’ouest à la recherche de nouvelles richesses  ; se rendant au-delà des Grands Lacs pour la première fois  ». Aucun des 75 historiens que l’on prétend avoir consultés ne semble avoir entendu parler de Pierre Gaultier de Varennes, sieur de La Vérendrye ? Ce dernier et ses fils ont pénétré dans l’intérieur profond du continent, jusqu’au territoire qui est maintenant le Manitoba, les Dakotas et le Montana ; de plus, ils n’étaient même pas les premiers à dépasser les Grands Lacs. Déjà en 1727, la Couronne française a permis la création de la Compagnie des Sioux pour amener des commerçants et des missionnaires aux Sioux dans les grandes plaines ; qui plus est, cela a été construit sur une Compagnie des Sioux antérieure formée par Pierre Le Sueur en 1699. Pourquoi ces histoires ne valent-elles pas la peine d’être racontées ?

 

Ainsi, pendant près d’un siècle avant la prétendue poussée vers l’ouest dont nous parle la CBC, les Français et les Canadiens voyageaient loin vers l’ouest et même vers le nord. […]

 

Toile de fond silencieuse

 

Malheureusement, dans ce deuxième épisode, même les voyageurs sont muets. Bien qu’on mentionne brièvement que ce sont des Canadiens français, ils demeurent toujours la toile de fond silencieuse sur laquelle l’on bâtit la gloire de Mackenzie. Certains des noms ne sont pas connus, mais d’autres sont bien connus. N’aurait-on pas pu prendre une minute ou deux pour les nommer et raconter leur histoire pour les humaniser et les intégrer complètement à l’histoire ? En plus de François Beaulieu, il y avait aussi Joseph Landry, un Acadien, qui avait également fait son chemin vers l’ouest. Les inclure dans ce récit aurait été plus bénéfique — et surtout plus juste — que de nous faire la leçon sans fin sur l’esprit entrepreneurial (anglo-)canadian.

 

Enfin, de tels épisodes nous secouent émotivement. J’ai dû passer trop de temps en tant que Franco-Albertain à expliquer le nationalisme québécois pour ainsi défendre ma propre identité et les injustices auxquelles notre communauté francophone minoritaire a dû faire face depuis toujours. Le Québec était invariablement présenté comme ayant le mauvais nationalisme ethnique par rapport au bon nationalisme canadian civique. Pourtant, les deux premiers épisodes de cette histoire de « Nous » soulignent que le nationalisme anglo-canadien cherche aussi à imposer un récit aussi triomphant que la destinée manifeste américaine.

 

> Lire la suite de l’article sur Le Devoir


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