«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

On les voit venir, avec leurs gros sabots

Encore une tentative pour démanteler Hydro-Québec

Le modèle d’intégration du prof Pineau est une arnaque

Un universitaire au service de l’idéologie fédérale

Tribune libre de Vigile
mardi 22 juillet 2014
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Résumé de notre analyse critique :

En mars 2012, Pierre-Olivier Pineau, professeur agrégé aux HEC de Montréal, produit un opuscule intitulé : « L’intégration des secteurs de l’électricité au Canada : bonne pour l’environnement et logique sur le plan économique. »

La page couverture de cette analyse contient le logo de L’Idée fédérale de Montréal qui se définit comme un « Réseau québécois de réflexion sur le fédéralisme ». Comme nous le constatons à la lecture du texte, le Prof Pineau met son analyse au service de l’idéologie fédérale canadienne d’où le risque d’une dérive subjective. Nous verrons.

La conclusion de M. Pineau : « Le secteur de l’électricité, par sa structure actuelle, peut générer une richesse collective bien plus grande, ... Il serait dommage que les provinces canadienne (sic), le Québec en tête, s’en privent. » ( page 23 ) Les citations extraites de l’opuscule du prof Pineau renvoient à la page mise entre parenthèses.

NOTRE CONCLUSION : Le modèle non chiffré en dollars de Pineau s’en tient à des énoncés théoriques et idéologiques. La « richesse collective bien plus grande, » à laquelle il conclut est une fausse affirmation. Il prend garde de ne pas chiffrer cette hypothétique richesse ce qui nous empêche d’apprécier son amplitude sinon son inexistence. Grâce à son hydroélectricité, Hydro-Québec est appelée en renfort par Pineau pour desservir les provinces voisines. Ce modèle ajoute aucun avantage économique pour les Québécois. Au contraire, les Québécois perdent des atouts économiques et énergétiques, ce que Pineau reconnaît du bout des lèvres.

1. LA FORME DU TEXTE PRÉSENTE QUELQUES ANOMALIES

Il existe une version anglaise et une version française du texte de Pineau dont la traduction de l’une a précédé l’autre sans savoir dans quelle langue a été composé le texte original. La traduction a entraîné des divergences de sens au point qu’il y a contradiction d’une version à l’autre. Il y aurait lieu de préciser laquelle des versions fait foi de l’idée de l’auteur.

Nous prenons comme exemple au hasard la phrase qui précède le « Tableau 1 » de la page 7. Nous citons le texte français : « Ces niveaux représentent une intégration croissante, mais pas un continuum parfait. » Texte anglais équivalent : «  These levels represent increasing integration, and form a perfect continuum.  » Le continuum entre les 4 niveaux du tableau 1 est-il parfait ou ne l’est pas ?

Nous soulignons un autre agacement qui vient de la note 1 au bas de la même page 7. L’auteur fait un lien entre les 30 TWh par année ( térawattheures = 10 exposant 12 wattheures ) importés par H.-Q. de la centrale Churchill Falls située au Labrador. La note précise qu’un équivalent théorique de cette quantité d’énergie représente 45% des besoins en électricité des abonnés résidentiels d’Hydro-Québec pour l’année 2009.

À quoi correspond ce 45% dans les faits à partir du moment où il est impossible de connaître la destination des 30 TWh de Churchill Falls dans le réseau intégré d’H.-Q. où circulent plus de 200 TWh chaque année ? Ce réseau contient plusieurs aiguillages et boucles qui font circuler l’électricité du Labrador dans tous les sens et vers des millions de destinations de clients différents, des abonnés résidentiels, ou commerciaux ou industriels. En 2103, Hydro-Québec dénombre 4 141 990 abonnements au Québec. En quoi le 45% peut-il aider à la compréhension de l’exposé de l’auteur ?

2. Quatre modèles d’intégration selon Pineau

Dans l’introduction, l’auteur précise son objectif : «  Ce document vise à présenter pourquoi un tel projet de collaboration et d’intégration des secteurs de l’électricité au Canada, et même en Amérique du nord, est non seulement souhaitable, mais nécessaire. » (page 3)

Comme Pineau l’explique dans son tableau 1 (page 7), la collaboration et l’intégration existe à différents degrés qu’il classe en 4 niveaux passant d’une collaboration lâche à une intégration complète laissée aux forces du marché. Actuellement, Hydro-Québec se situe au niveau 1 appelé « interconnexion physique superficielle » sans partage des bénéfices comme il est permis d’en déduire à la 4e ligne du tableau 1. Autrement dit, tous les bénéfices découlant des exportations d’électricité par Hydro-Québec lui sont propres selon le modèle actuellement en vigueur.

On verra plus loin que le modèle d’intégration jugé nécessaire par Pineau signifie que les bénéfices résultant des exportations d’hydroélectricité d’Hydro-Québec seront partagés avec les réseaux voisins au détriment des Québécois.

Déjà, les différents réseaux d’électricité de l’est du Canada et de l’est des États-Unis collaborent entre eux via plusieurs interconnexions. À titre d’exemple, de l’électricité produite à la Baie James est acheminée sur une ligne dédiée jusque dans la région de Boston dans le Massachusetts. Un coup-d’oeil sur la carte des Grands équipements à la page 119 du Rapport annuel 2013 d’Hydro-Québec démontre l’emplacement de 16 interconnexions existantes.

En chiffres pour l’année 2013, 24% des revenus de 6,6 milliards $ de la division Hydro-Québec Production, soit 1,5 milliard $, provient des ventes d’électricité « hors Québec ». ( Rapport annuel 2013 p.99 ). Déjà au temps de Robert Bourassa dans les années 80, d’importants contrats d’exportation existaient entre Hydro-Québec et le réseau NEEPOOL.

Plus récemment, l’exportation nette d’électricité chez Hydro-Québec a continuellement progressé de 12,6 TWh ( térawattheures ) en 2010 à 30,8 TWh en 2013. Ces chiffres excluent les 30 TWh en provenance de Churchill Falls. Puisque Pineau commente le contrat de 1969 entre Hydro-Québec et CFLCo ( Churchill Falls and Labrador Corporation ), nous en reparlerons plus loin.

Donc, la collaboration et le respect d’une règlementation commune existent déjà entre les différents réseaux d’électricité de l’Est de l’Amérique du Nord. Cette règlementation est édictée par la FERC des États-Unis, la Federal Energy Regulatory Commission. Le point de vue de Pineau se situe au-delà de la collaboration actuelle pour aller vers une intégration de libre marché total qui est le niveau 4 de son tableau 1. (page 7)

Les principaux avantages identifiés par l’auteur sont au nombre de deux : a) des gains économiques et b) des gains environnementaux. Ils découlent d’une plus grande intégration des réseaux électriques en Amérique du Nord. Tout au long de la lecture de l’opuscule de Pineau, nous constatons que l’auteur ne s’arrête pas pour quantifier les gains économiques et environnementaux. Probablement que la tâche est trop colossale mais la valeur démonstrative de son modèle souffre de faiblesses argumentaires. Son approche se limite au plan théorique et idéologique.

3. Le modèle préféré de Pineau est-il applicable ?

Le seul chiffre qui relève de la pensée de l’auteur se trouve dans l’encadré 1 de la page 6. Selon lui, appliquer sa vision procurerait un avantage économique par un gain dans les investissements de nouveaux équipements de production de l’électricité de l’ordre de 13,5% d’économie ( p.5, dernier paragraphe) pour les producteurs d’électricité dont les réseaux seraient fortement intégrés, ce qui correspond au niveau d’intégration 4 dans son tableau 1 de la page 7 de son document. Ce niveau 4 d’intégration est le préféré de Pineau.

Théoriquement, l’auteur a raison de parler d’optimisation de l’efficacité énergétique en utilisant le gaz naturel comme source de chauffage des domiciles comme cela se pratique majoritairement en Ontario. Dans un tel contexte, l’hydroélectricité est réservée pour des besoins électriques autres que le chauffage des maisons. Encore dans le cas de l’Ontario, l’auteur souligne, je cite : « le chauffage au gaz naturel est plus efficace que la production d’électricité au gaz naturel. » ( p.10, paragraphe du haut)

Par extension pour le Québec, voici ce que devient le modèle de Pineau. Selon un monde idéal, les domiciles du Québec devraient cesser d’être chauffés avec des équipements électriques de types plinthes et convecteurs muraux pour se rapprocher du modèle ontarien. L’auteur est conscient que son modèle d’intégration plus poussé entre le réseau de l’Ontario et celui du Québec nécessiterait, je cite : «  un ajustement des systèmes de chauffage ». (p.5) Combien de systèmes de chauffage au Québec risquent d’être touchés par le modèle de Pineau ?

4. Le modèle préféré de Pineau est très coûteux

Selon le Rapport annuel 2013 d’Hydro-Québec, il existe plus de 3,8 millions d’abonnements résidentiels. Du total des ventes d’électricité au Québec soit 173 TWh ( térawattheures), les 66 TWh dépensés par les clients résidentiels représentent 38%. En dollars, les 66 TWh du secteur résidentiel rapportent 4 825 M$ et contribuent pour 43% des revenus des ventes totales d’électricité au Québec, soit 11 085 M$.

Le prof Pineau se garde bien de détailler ce qu’il entend par cet «  ajustement des systèmes de chauffage . » Pourtant, les statistiques de base existent. Quels seront les coûts engendrés par ces changements de système de chauffage dans des millions de résidences du Québec ? Dans une conversion du chauffage résidentiel de l’électricité vers le gaz naturel, il est facile de parler de coûts minimes pour l’enlèvement des plinthes chauffantes.

Cependant, il faut remplacer ce qu’on vient d’enlever. Habituellement cela se fait par l’installation d’une fournaise au gaz à air pulsé nécessitant la plupart du temps l’installation de conduits de distribution de la chaleur partout dans la maison, solution beaucoup plus coûteuse. Pour une résidence moyenne de 1000 pi.ca., cette conversion représente facilement un coût de 5000 $. On fait face à des dépenses de l’ordre de plusieurs milliards de $ à être supportés par les Québécois. Si seulement deux millions de clients résidentiels se convertissent au chauffage au gaz naturel, cela représente une dépense totale minimale de 10 milliards $.

M. Pineau énumère avec pertinence les coûts exigés par son modèle de plus grande intégration des réseaux d’électricité tel qu’écrit à la page 6. Ces coûts ainsi énoncés s’appliquent aux compagnies d’électricité pour les points a) et b).
«  L’intégration implique évidemment certains coûts à prendre en compte : ».

a) les coûts de nouvelles interconnexions entre les régions ;
b) les coûts de coordination et d’harmonisation des pratiques propres à chaque réseau ;
c) la redistribution de certains avantages pour certains, alors que d’autres groupes perdront «  un accès privilégié à un approvisionnement en électricité à faible coût. » ( p.6 avant-dernier paragraphe )

C’est sans compter les coûts de conversion pour passer du chauffage électrique au chauffage au gaz tel que mentionné ci-haut. L’addition de tous ces coûts représente une somme immense et nous comprenons que le Prof Pineau préfère ne pas en parler.

En l’absence d’une évaluation des coûts spécifiques par le Prof Pineau pour l’implantation de son modèle de plus grande intégration des réseaux électriques, la logique économique annoncée dans le titre de son opuscule ne nous dirige pas, surtout nous du Québec, vers des horizons qui chantent.

Que vaut ce modèle d’intégration quand son promoteur ne peut pas démontrer que les gains sont supérieurs aux coûts. La logique économique mentionnée dans le titre de son opuscule ne laisse pas deviner à prime abord que les coûts de l’électricité seront supérieurs aux gains pour les Québécois. D’autre part, les bienfaits pour l’environnement seront au rendez-vous à la condition que les Québécois passent à la caisse au nom du modèle théorique de Pineau.

5. Pineau appelle les Québécois à la rescousse

Il est ironique que la réalisation du modèle théorique de Pineau s’appuie sur les Québécois qui, selon lui, auraient les moyens financiers d’aider les consommateurs des provinces voisines en exportant leur hydroélectricité à prix avantageux par rapport aux prix actuellement en vigueur chez ces mêmes voisins. Les Québécois ont-ils vraiment les moyens de cette générosité exigée par le modèle Pineau pour vivre plus heureux dans la fédération du Canada ?

Pourtant, selon des nouvelles récurantes, les Québécois seraient les plus grands profiteurs de la péréquation canadienne à cause de la faiblesse de leur productivité et à cause de leur filet social. Voici quelques titres de presse : « Pourquoi le Québec reçoit-il des milliards en péréquation ? (L’Actualité, 16 juin 2014 ) Le Québec ne serait pas accro à la péréquation. ( Le Devoir, 13 mars 2014) Péréquation : guerre de mots entre Ottawa et Québec ( Argent. canoe.ca 30 janvier 2014).

Le modèle québécois est décrié par le reste du Canada pendant que Pineau fait appel à la générosité des mêmes Québécois. Cherchez l’erreur !

L’approche de Pineau se situe en droite ligne avec la pensée néo-libérale qui est à l’opposé du modèle social-démocrate de la société d’État qu’est Hydro-Québec. Les Québécois ont construit un patrimoine évalué à une valeur nette de plus de 19 G $, générant des ventes annuelles de plus de 12 G$ et un bénéfice brut annuel de plus de 5 G$. Actualiser ce bénéfice brut au taux de 5% représente une valeur marchande de 100 milliards $ pour le monopole d’Hydro-Québec. Ces chiffres font saliver les capitalistes prédateurs de partout sur la planète, surtout ceux qui visent la privatisation d’Hydro-Québec.

En limitant notre analyse à une plus grande intégration des réseaux électriques voisins de l’Ontario et du Québec, il faut comprendre ici que ce sont les clients résidentiels de l’Ontario qui profiteront des avantages économiques de l’hydroélectricité du Québec. En même temps, les clients résidentiels du Québec perdront leurs tarifs d’électricité les plus bas en Amérique du Nord parce que Pineau précise dans son niveau 4 du tableau 1 que le prix sera « librement établi par le marché, sans surveillance des régulateurs.  »

Selon une information contenue dans le Rapport annuel 2013 d’H.-Q. page 7, voici une comparaison des coûts de l’électricité d’un abonné résidentiel pour une facture de 1000 kWh par mois avant taxes par ordre croissant, coûts exprimés avec la cote 100 pour Montréal : Winnipeg : 111, Vancouver : 130, Ottawa : 180, Toronto : 182, Calgary : 216, Boston : 240 et New York : 317. Le prix du kWh résidentiel avant taxes à Montréal est d’environ 7,35¢/kWh.

Juste à considérer les données pour les villes ontariennes d’Ottawa et de Toronto,le coût d’électricité actuel pour le résidentiel est 80% plus cher en Ontario qu’au Québec.

6. Perte pour les abonnés québécois : Finie leur tarification avantageuse

À la page 20 de son opuscule, Pineau traite justement de la perte probable pour les consommateurs du Québec de l’accès à une tarification avantageuse dans le chapitre qu’il intitule «  Obstacle 2 : Redistribution des gains problématique ». Il écrit, je cite : «  Les consommateurs actuels d’hydroélectricité, autant industriels que commerciaux que résidentiels sont donc légitimement indisposés à renoncer à cet accès exclusif sous une tarification favorable. » C’est le Québec qui profite en 2014 des tarifs les plus avantageux au Canada parce que le Québec s’est donné les moyens pour en arriver là.

Cela a commencé avec la 1ère nationalisation et la fondation d’Hydro-Québec en 1944 et a été renforcé par la 2e nationalisation sous l’instigation de René Lévesque en 1963.

Tout ce volet historique d’Hydro-Québec est totalement ignoré par Pineau. Cela est-il une illustration de sa dérive idéologique qui l’éloigne de l’objectivité requise pour apprécier l’ensemble d’un problème ? Ce volet historique débouche sur un volet politique, sur un volet de société où la symbolique des succès d’Hydro-Québec est très importante encore en 2014 pour les Québécois.

Si l’hydroélectricité du Québec est une simple marchandise pour Pineau pouvant aider l’idée fédérale du Canada, cela est tout différent pour des millions de Québécois. Les succès technologiques et économiques d’Hydro-Québec sont très vivants dans l’esprit des Québécois. Ils sont des sources de fierté et font mentir les détracteurs qui font du «  Québec bashing  » et qui prétendent que les Québécois sont des paresseux avec un niveau de vie inférieur à comparer à d’autres provinces. Mais les Québécois, de descendance française, sont de type latin qui aiment la belle vie et la bonne chair ce qui les distinguent de tout le reste de l’Amérique du Nord. Pour parler actualité, tous les Québécois ne vivent pas comme le Dr Yves Bolduc qui travaille plus de 75 heures par semaine...

7. Solutions de Pineau pour contourner les résistances

Devant les obstacles qui entravent l’implantation de son modèle, l’auteur énumère 4 pistes de solution ( page 21) :

S-1 : Sensibilisation et information
S-2 : Redistribution et compensations
S-3 : Modèle de la loi canadienne sur la santé
S-4 ; Faire aboutir un Accord sur le commerce intérieur en discussion depuis 1995

Concernant la piste S-1 de sensibilisation et d’information, l’opuscule de Pineau va dans ce sens. Malheureusement, sa démonstration de la nécessité du modèle de plus grande intégration des réseaux électriques n’est pas probante. Les énoncés théoriques de l’auteur ne trouvent pas de preuves que sa théorie est applicable. Au contraire, les consommateurs du Québec seraient perdants au niveau de leur porte-feuille et Pineau en est conscient. Les Québécois aiment-ils assez le Canada pour accepter de puiser des milliers de dollars dans leurs épargnes en application du modèle de Pineau ?

La piste S-2 de « redistribution et compensations » essaie de réparer des pots cassés par son propre modèle. Dans la situation actuelle, les consommateurs du Québec avec Hydro-Québec récoltent des fruits qu’ils ont semés depuis plusieurs décennies et ces avantages seraient perdus avec le modèle Pineau.

Alors, Pineau invente un stratagème de compensations. Il écrit que les consommateurs perdants après l’intégration, je cite : «  devraient être compensés financièrement ... » ( page 21 ). Pourtant, avant l’intégration, les abonnés du Québec jouissaient de tarifs avantageux. Pourquoi perdre une situation gagnante au profit d’une situation perdante avec la promesse de « compensations » ?

Cette gymnastique est risquée et qui peut croire l’affirmation non chiffrée de Pineau : «  La plus grande efficacité du nouveau système permettrait donc de compenser complètement ces consommateurs, tout en dégageant tout de même des profits pour les compagnies productrices. » ( page 21 ) Peut-on le croire sur parole ? Pineau devrait s’apercevoir qu’il crée un problème qui n’existe pas en ce moment chez les abonnés du Québec avec promesse de réparer le problème. C’est sûrement pas Pineau qui sera derrière le comptoir pour compenser les clients pénalisés du Québec.

Traitons la 3e piste de solution alors que Pineau prend à témoin une structure pan-canadienne qui fonctionne bien selon lui : la loi canadienne sur la santé. Encore une fois, l’auteur fait choux blanc.

Une brève recherche sur internet nous apprend que lors de la conférence fédérale-provinciale de septembre 2004 des Ministres de la santé, cette conférence s’est conclue sur une approche « asymétrique ». L’analyste de la situation, Réjean Pelletier, écrit dans Le Devoir du 20 septembre 2004, je cite : «  Le communiqué « Québec » vient donc reconnaître la compétence du Québec en ces matières — ce qui est déjà reconnu par la Constitution (ndlr : art. 92) — alors que les autres provinces acceptent que le gouvernement fédéral puisse établir des normes et des critères dans ces domaines de leur compétence. »
Encore une fois, le Québec appliquera ses normes qui seront différentes des normes appliquées dans les autres provinces.


8. Imposition de la juridiction fédérale à Hydro-Québec

Nous traitons maintenant d’un piège constitutionnelle découlant de l’article 92(10)c de la Loi constitutionnelle de 1982. Hydro-Québec passerait sous juridiction fédérale en lieu et place de la juridiction du Québec. Il faut lire attentivement l’article Constitutionnel suivant :
article 92 : «  Dans chaque province la législature pourra exclusivement faire des lois relatives aux matières tombant dans les catégories de sujets ci-dessous énumérés, savoir :
(10) : « Les travaux et entreprises d’une nature locale, autres que ceux énumérés dans les catégories suivantes :
c) Les travaux qui, bien qu’entièrement situés dans la province, seront avant ou après leur exécution déclarés par le parlement du Canada être pour l’avantage général du Canada, ou pour l’avantage de deux ou d’un plus grand nombre des provinces
 ; »

En augmentant l’intégration inter-provinciale des réseaux d’électricité au Canada, le Gouvernement central pourrait se prévaloir de l’article 92(10)c pour ramener sous sa juridiction Hydro-Québec et tasser ainsi le droit de gérance et d’orientation de cette société d’État actuellement exercé par le Gouvernement du Québec et par ses lois.

Grâce à la volonté et la clairvoyance de politiciens comme Jean Lesage et René Lévesque pour ne parler que de la 2e nationalisation des compagnies privés d’électricité du Québec en 1963, et de l’appui du peuple du Québec exprimé lors d’élections, nous rappelons au prof Pineau que les Québécois tiennent au caractère social-démocrate d’Hydro-Québec.

J’ai recours aux lumières de l’ex-ministre Richard Le Hir pour illustrer une conséquence grave d’une plus grande intégration du réseau d’Hydro-Québec dans les autres réseaux d’électricité du reste du Canada. Il s’agit de connaître la portée de l’article 92(10)c cité ci-haut contenu dans la Loi constitutionnelle 1982 du Canada.

La transaction à laquelle fait référence Richard Le Hir est celle du projet d’achat de la société d’État Énergie Nouveau-Brunswick par Hydro-Québec annoncé en octobre 2009. Voici ce qu’écrit Richard Le Hir, je cite : «  Qui donc a intérêt à ce qu’Hydro-Québec sorte de ses frontières territoriales et de son mandat pour faire cette transaction ? Car il faut comprendre que le jour où Hydro-Québec s’aventure à l’extérieur de ses frontières, elle tombe sous la compétence de l’Office national de l’énergie d’Ottawa, et elle s’expose à être déclarée à l’avantage général du Canada, selon les termes de l’article 92(10) de la Constitution de 1867, repris en 1982. Jolie porte ouverte à un scénario de privatisation... » ( cf : Gare à l’arnaque du siècle ! Richard Le Hir, 24 février 2010 vigile.net )

Que ce soit une intégration du réseau d’Hydro-Québec avec son voisin à l’est qu’est Énergie Nouveau-Brunswick ou avec son voisin à l’ouest qu’est Ontario Power Generation (OPG), le même danger guette Hydro-Québec dans une intégration de son réseau au niveau inter-provincial : celui de passer sous juridiction fédérale.

9. Conclusion

Devant le modèle du prof Pineau prônant une plus grande intégration des réseaux électriques dans l’est du Canada, on constate que sa théorie est difficilement applicable et que sa logique économique offre aucune démonstration chiffrée probante. De plus, le porte-feuille des Québécois est le faire-valoir du modèle Pineau. L’opuscule de Pineau présume d’une grande naïveté chez les Québécois. Le modèle qu’il propose se résume être une autre arnaque contre le modèle québécois et pour le plus grand bonheur des fédéralistes.

Il faut se reporter à la page couverture de l’opuscule de Pineau pour remarquer en bas de page la mention du parrainage de l’Idée fédérale, organisme présidé par André Pratte, fédéraliste avoué. À la lecture du présent opuscule, on sent que l’approche de son auteur est fortement motivée par l’idéologie fédérale. Cette commandite fédéraliste du prof Pineau nuit à son objectivité et nous fait douter de son honnêteté intellectuelle.

Nous proposons tout le contraire de Pineau. Avec les surplus d’hydroélectricité, les Québécois ont tout avantage à défendre leur modèle social-démocrate et à développer une attitude de conservation de leur trésor énergétique. Il faut savoir profiter de l’immense avantage d’emmagasinage de l’eau derrière les 26 réservoirs dont dispose Hydro-Québec. Au 31 décembre 2013, les réservoirs d’une capacité de 175 TWh étaient remplis à 55% de leur capacité, soit des stocks d’eau de 96,1 TWh. ( Rapport annuel 2013, page 12 ) Nous devons profiter de la marge de manoeuvre restante de 45% de la capacité des réservoirs pour bonifier la valeur de notre hydroélectricité.

Dernier point : en plus d’apprendre à ne pas gaspiller notre patrimoine énergétique de façon générale, les Québécois doivent négocier serré leurs avantages actuels et ne pas s’aventurer dans des promesses inapplicables à la sauce Pineau. Oui aux exportations d’hydroélectricité par solidarité et par relations d’affaires lucratives, non aux exportations idéologiques qui sont une arnaque pour dilapider le patrimoine des Québécois.

10. Annexe un:Hydro-Québec à tous les torts prétend Pineau

À l’intérieur du chapitre intitulé « Une collaboration pancanadienne fructueuse en électricité » (page 12), Pineau traite de deux dossiers où Hydro-Québec est placée au centre. Dans les deux cas, Hydro-Québec est fautive selon Pineau. Quand Hydro-Québec fait une bonne affaire, elle est injuste envers son partenaire. Quand Hydro-Québec évite une mauvaise affaire, elle n’est pas visionnaire et non-coopérative.

Le premier dossier (page 14) porte sur le contrat de mai 1969 signé entre Hydro-Québec et Chruchill Falls Labrador Corporation (CFLCo) pour l’achat de la majorité de l’électricité produite par la centrale Churchill Falls située au Labrador. Ce contrat est d’une durée de 70 ans (1971-2041 ). Il faut juste se rappeler du contexte prévalant en mai 1969 : nous sommes quatre ans avant la première crise du pétrole de 1973 qui a tout changé et la situation financière de la maison mère de CFLCo, Brinco, est très précaire. ( James FEEHAN, The Churchill Falls Contract : What Happened And What’s To Come, 2009, Newfoundland Quaterly ) Pourtant, les signataires de CFLCo, appuyés par une résolution du CA de l’entreprise, étaient libres de signer ou non.

L’autre dossier porte sur le projet « heureusement » avorté de l’achat d’Énergie Nouveau-Brunswick par Hydro-Québec. Ce projet a été annoncé en octobre 2009 et annulé en mars 2010. Plusieurs faits étaient connus publiquement avant l’annonce en octobre 2009 sur les difficultés internes éprouvées depuis de nombreuses années par Énergie Nouveau-Brunswick. M’étant intéressé à ce dossier dès son annonce, j’ai pu trouver des dizaines de pages de documentation sur wikipedia en tapant les mots NB POWER dans sa version anglaise. C’est ce que Jean Charest aurait dû faire avant de lancer Hydro-Québec dans une aventure perdante. Les États financiers d’Énergie Nouveau-Brunswick n’annonçaient pas plus de bonnes nouvelles.

Nous aurions besoin d’un autre article pour expliquer que l’analyse qu’en fait Pineau est tributaire d’une analyse subjective tributaire d’une vision avec oeillères. Pineau est d’avis qu’Hydro-Québec aurait dû procéder à l’acquisition d’Énergie Nouveau-Brunswick pour en tirer des avantages comme il l’écrit : «  Cette transaction aurait permis d’unifier la gestion des deux systèmes voisins, et de tirer une série d’avantages de cette intégration... » ( page 18) Durant les cinq premières années du contrat, les rabais de tarifs consentis à tous les groupes de clients d’Énergie NB auraient représentés un manque à gagner d’environ 130 M$ par année pour Hydro-Québec selon nos calculs. Il est malheureusement trop facile pour certains politiciens, dont Jean Charest, d’être généreux avec le bien commun.

Si l’acquisition d’Énergie NB pouvait représenter une bonne affaire, pourquoi les grandes familles riches du Nouveau-Brunswick comme les Irving, les Ganong et les McCain dont les usines ont besoin d’électricité, ne se sont pas portés acquéreurs au lieu d’Hydro-Québec ? La réponse vient d’elle-même et ce qui n’est pas bon pour les Irving-Ganong-McCain n’est pas bon pour Hydro-Québec.

Nous sommes d’opinion qu’Hydro-Québec, en signant le contrat avec CFLCo en mai 1969, et en évitant de s’embarquer dans une cause perdue avec Énergie Nouveau-Brunswick en 2010, a posé les gestes qu’il fallait pour maintenir une position financière saine et enviable de la part de ses concurrents au niveau du continent. La logique économique du modèle de Pineau est au contraire défavorable à Hydro-Québec et perdante pour tout le Québec. Hydro-Québec est un succès construit sur des principes de social-démocratie, ce que les néo-libéraux à la Pineau abhorrent.

Commentaires

  • François A. Lachapelle, 31 juillet 2014 12h45

    Message à Monsieur Pineau :
    À mon tour de vous dire que j’apprécie le fait de savoir que vous avez lu mon analyse critique de votre opuscule de mars 2012. Disons que je considère nos échanges au-delà de la « vente d’idées » aussi appelée convaincre l’autre.

    Ce qui me convainc le plus de vous lire attentivement, c’est surtout lorsque vos propos sont erronés. Dans un échange personnel, vous avez reconnu vos limites en matières constitutionnelles canadiennes. Pourtant, vous affirmez à la page 22, je cite : « L’intégration des secteurs de l’électricité entre les provinces canadiennes peut se faire sans changement constitutionnel,... » Votre affirmation est supportée par aucune référence et est contredite par l’article 92(10)c de la Constitution canadienne 1982.

    Votre analyse dans les pages 14 à 18 des 2 transactions mettant en cause 2 contrats d’Hydro-Québec fait porter tout le tort à Hydro-Québec dans une approche culpabilisante stérile.

    Le 1er contrat est celui de mai 1969 entre Hydro-Québec et CF(L)Co (Churchill Falls et Labrador Corp). Vous accréditez l’idée que ce contrat est légal mais immoral envers les terre-neuviens. Pourtant, ce contrat a été signé en toute liberté par les représentants de CF(L)Co et il est avantageux pour Hydro-Québec. Sans les garanties fournies par H.-Q., la centrale de Churchill Falls n’aurait jamais été construite. (James Feehan). L’amertume des Terre-neuviens envers le Québec est un psycho-drame politique inventé de toutes pièces par les Danny Williams et autres PM de Terre-Neuve.

    L’autre contrat que vous étudiez est celui annulé en mars 2010 pour le projet d’achat de la société d’État du Nouveau-Brunswick par Hydro-Québec. Les actifs d’Énergie NB étaient contaminés, les États financiers révélaient une faible rentabilité et les riches familles du Nouveau-Brunswick, les Irving, Ganong et McCain n’étaient pas intéressées d’acheter ce canard boiteux. Alors, vous êtes d’avis que ce canard boiteux aurait été miraculeusement guéri par l’achat par H.-Q.. Au contraire, s’eut été un gouffre financier pour H.-Q. et pour tout le Québec.

    Prenant en considération l’importance de la valeur pour le Québec de sa principale société d’État qu’est Hydro-Québec, des rumeurs de privatisation reprises par le PM actuel du Québec et de l’utilité pédagogique de débattre publiquement de vos idées, je souhaite que nos lecteurs s’approprient du problème que vous soulevez. Notre démocratie ne s’en portera que mieux.

  • Pierre-Olivier Pineau, 28 juillet 2014 21h07

    Merci M. Lachappelle de votre lecture. Vous avez noté quelques coquilles que j’aurais dû corriger avant, j’en suis désolé. Quant à votre interprétation de mon « opuscule », je ne vais pas tenter de la renverser : vous accordez tant d’importance au fait qu’il ait été publié par l’Idée Fédérale que je crois vain de vous convaincre de quoi que ce soit dont vous ne soyez pas déjà convaincu. Notez, tout de même, que les pays nordiques ont intégré leurs marchés de l’électricité sans qu’aucune privatisation n’ait eu lieu, et que les peuples de ces nations (non fédérées) sont plutôt socio-démocrates. Pourquoi ne pourrions-nous pas nous inspirer de leur exemple ?

  • S.Jean, 23 juillet 2014 14h46

    Une tactique pour rajouter des mains sales à la griffe du marché prostitué des marchands ogres qui voudraiet bien eux prendre la sale bête hydroélectrique des québécois dans leurs pièges. Ils ont besoin d’emplois lucratifs ces nouveaux tyranosaures de la dernière cuvée de l’enfer économico-névrosé sur terre.

    Nous sommes déjà piégés par nos marchands ogres locaux du malheur qui s’infiltrent sur les C.A. et nous faire payer notre propre électricité qui devrait être gratuite pour tous. Il est où le jour où nous pourrons nous-mêmes prendre une vraie croquée dans notre pomme que nous avons cultivé nous-mêmes chez-nous sur notre terre ? OÙ ? Quand ?

    Et qu’on ne vienne pas me dire : « Ben non, ça marche pas n’même voyons » Je n’en crois pas un mots et OUI ! ça devrait marcher comme ça. Est-ce que quelqu’un paie pour l’eau qui s’infiltre dans les turbines pour faire tourner les génératrices géantes du Québec qui par ailleurs pourraient fournir toute l’amérique du nord au complet ? Ça ils le savent très bien que c’est le cadeau de la nature de chez-nous au Québec, mais comment fourrer encore plus ce peuple qui n’y comprend rien, c’est autour de ça qu’on s’affaire secrètement actuellement en montant des plans incestueux secrets d’affaires de dépossession progressive.

    Mais bonyeu, y a-t-il quelqu’un qui pourrait se lever dans la salle et accuser du doigt tous ces maudits voleurs de peuple ?

    Serge Jean

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