«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Le grand ami dont Jacques Chagnon devrait avoir honte

Tribune libre de Vigile
lundi 31 juillet
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Le 22 juillet, à Abidjan, le président de l’Assemblée nationale du Québec, Jacques Chagnon, a louangé chaleureusement le président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, Guillaume Soro. M. Chagnon dit éprouver une « profonde amitié » pour M. Soro. Aux yeux de la plupart des Québécois, les liens cordiaux entre M. Chagnon et M. Soro peuvent paraitre normaux. Mais, en ce qui me concerne, ces liens sont très regrettables, car les Ivoiriens connaissent bien M. Soro pour l’avoir vu semer la mort et la désolation dans leur pays.

De 1999 à 2011, la Côte d’Ivoire a connu une période désastreuse d’instabilité et de guerre civile fomentée par une armée de criminels à la solde d’Alassane Ouattara, qui a fini par prendre le pouvoir dans un bain de sang, en 2011. Le numéro un de ces criminels, qui se font appeler les Forces nouvelles depuis le 22 décembre 2002, n’est nul autre que Guillaume Soro. Beaucoup d’Ivoiriens ont perdu des êtres chers aux mains des Forces nouvelles.

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En avril 2011, les Forces nouvelles se servent de civils comme boucliers humains dans les rues d’Abidjan.

Lors du deuxième tour de l’élection présidentielle, le 28 novembre 2010, la bande de tueurs, pilleurs et violeurs de Soro a commis des actes de violence et de la fraude électorale massive selon les observateurs de l’Union africaine, qui ont remis un rapport détaillé. Puis, Ouattara et Soro n’ayant pas respecté leur engagement de désarmer les Forces nouvelles avant l’élection, conformément à l’article 3.2.1 de l’Accord politique de Ouagadougou (2007), la violence n’a cessé de croitre jusqu’à ce que l’armée française bombarde la résidence présidentielle, où se trouvaient des femmes et des enfants.

Dans leur conquête du pouvoir par les armes, Ouattara et Soro ont pu compter sur la complicité de la France, mais aussi d’autres pays, comme les États-Unis et le Canada. Ces pays disposent d’énormes moyens financiers, médiatiques et militaires et interviennent sur le continent africain en se présentant comme des défenseurs de la démocratie et des droits de la personne. Toutefois, ils cherchent surtout à favoriser leurs multinationales. Par exemple, en 2011, des reportages tendancieux ont amené le public canadien à croire qu’Ottawa protégeait les Libyens en bombardant leur pays. Avant 2011, la Libye était le pays le plus prospère d’Afrique. Aujourd’hui, c’est un champ de ruines livré à des hordes de djihadistes et aux pétrolières étrangères.

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Le plongeon spectaculaire du PIB de la Libye causé par l’intervention d’Ottawa et de ses complices dans ce pays.

Pour pouvoir remettre à Alassane Ouattara les clés de la présidence de la Côte d’Ivoire, Guillaume Soro a été l’instigateur de crimes immondes non seulement en 2010 et 2011, mais aussi pendant les huit années qui ont précédé. Selon un groupe d’experts des Nations Unies, Soro a financé la barbarie de ses chefs de gang grâce au racket, à des braquages de banque et au pillage du cacao, des diamants et des autres richesses de la Côte d’Ivoire. Les brutes sauvages de Soro se sont particulièrement déchainées les 28 et 29 mars 2011 à Duékoué, lorsqu’elles ont massacré « au moins 800 civils », selon la Croix-Rouge, qui n’a toutefois pas compté les cadavres jetés au fond des puits ou découverts subséquemment.

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Des civils ivoiriens n’appartenant pas à la bonne ethnie sont exécutés dans les rues d’Abidjan par des assassins des Forces nouvelles, aux ordres de Guillaume Soro.

De son propre aveu, Ouattara dirige aujourd’hui la Côte d’Ivoire en favorisant les gens de son ethnie. Son régime emprisonne, torture et tue ses opposants politiques. Il force des milliers d’Ivoiriens à demeurer en exil, notamment dans des camps de réfugiés au Liberia, au Ghana et au Togo. Les réfugiés et les déplacés ont perdu leur maison, leur terre et leurs autres biens, qui leur ont été confisqués par les bandits de Soro.

Ouattara et Soro invitent les opposants politiques à rentrer d’exil sous prétexte de faciliter la « réconciliation nationale ». Mais, sitôt revenus en Côte d’Ivoire, les opposants sont incarcérés et maltraités, comme ce fut le cas récemment de l’un des fondateurs du Front populaire ivoirien, Assoa Adou, âgé de 72 ans.

Quand Ouattara, Soro et leurs caisses de résonance accusent l’ex-président Laurent Gbagbo de tous les maux, ils mentent effrontément. Contrairement à ce qu’ils prétendent, le cabinet des ministres de Gbagbo reflétait la diversité ethnique de la Côte d’Ivoire. Les opposants politiques étaient bien traités et leurs partis bénéficiaient d’un financement public. La liberté de presse était garantie. En 2007, Soro lui-même a été nommé premier ministre par Laurent Gbagbo, dans une généreuse tentative d’apaisement.

Alors que la Constitution et les tribunaux de Côte d’Ivoire interdisaient à Ouattara de briguer la présidence, Gbagbo l’a autorisé à se porter candidat en invoquant l’article 48, qui confère au président le pouvoir de prendre des mesures exceptionnelles « lorsque les Institutions de la République, l’indépendance de la Nation, l’intégrité de son territoire ou l’exécution de ses engagements internationaux sont menacées ».

Du temps de Laurent Gbagbo, aucun Ivoirien n’était obligé de s’exiler. Il n’y avait pas de réfugiés ivoiriens dans les pays limitrophes. Les Ivoiriens fuyaient la zone où les Forces nouvelles semaient le chaos et se réfugiaient dans la zone gouvernementale. Si quelqu’un a introduit la violence sur la scène politique en Côte d’Ivoire, ce n’est certainement pas le démocrate Laurent Gbagbo ; ce sont plutôt Alassane Ouattara et le grand ami de Jacques Chagnon, Guillaume Soro.

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Le 20 juillet 2012, le camp de déplacés de Nahibly est incendié par les tueurs de Guillaume Soro, qui, depuis 2002, perpètrent un génocide contre les autochtones de l’Ouest de la Côte d’Ivoire.

J’aime ma patrie d’adoption et je suis peiné de voir que l’image de l’Assemblée nationale du Québec est ternie par les fréquentations de son président. J’ose croire que M. Chagnon n’était pas au courant des antécédents criminels de M. Soro et qu’il connait peu la Côte d’Ivoire. Aurait-il été mal informé ou manipulé par les gens qui, à Ottawa, semblent avoir un sens moral élastique ?

Certains dirigeants oublient en effet tous leurs scrupules quand il s’agit de maximiser les dividendes des sociétés canadiennes en Afrique. En 2015, le gouvernement fédéral expulsait du Canada un membre des Forces nouvelles, Abou Fofana, pour avoir participé aux crimes de guerre orchestrés par Guillaume Soro. Pourtant, juste avant le massacre de Duékoué, en mars 2011, le même gouvernement avait versé 1,5 M$ aux Forces nouvelles. Pourquoi ? Pour les aider à tuer des Ivoiriens et à remplacer l’État de droit par la loi de la jungle ?

Jacques Chagnon ne devrait pas avoir de difficulté à comprendre qu’il doit se distancier clairement de Guillaume Soro. Ne pas le faire reviendrait à cultiver l’injustice. M. Chagnon insulterait la mémoire du cortège de victimes de ce sinistre individu et tournerait le fer dans les plaies béantes de millions de fils et de filles de la Côte d’Ivoire, y compris des Québécois d’origine ivoirienne.

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Jacques Chagnon et son grand ami Guillaume Soro, en conférence de presse, à Abidjan, le 22 juillet 2017. M. Chagnon se dit réconforté de savoir que Guillaume Soro va lui succéder à la présidence de l’Assemblée parlementaire de la francophonie. Selon lui, M. Soro est « un homme d’action, solide, un des grands leaders de la Francophonie ».

L’auteur est président du Congrès ivoirien du Canada.

Une version abrégé du présent article a été publiée par [insérer le nom du journal et un lien avec l’article].


— > Insérer la vidéo à l’adresse "https://youtu.be/l1YnmToSr38"

Le témoignage de Georges Peillon à propos des Forces nouvelles. Pendant la guerre civile ivoirienne, M. Peillon était officier dans l’armée française. Il a été porte-parole de la Force licorne en Côte d’Ivoire.

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