«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Les jeunes et la langue d’usage

Le français avant toute autre chose !

À Montréal, le pourcentage des jeunes francophones bilingues s’établit à 63,4 %

dimanche 14 juin 2009

Émilie Corriveau - À une époque où les courriels fusent, où les messages-textes font partie du quotidien et où la musique anglophone assaille les ondes radiophoniques, les Québécois ne manquent pas d’occasions de maltraiter la langue de Molière. Alors que de récentes statistiques laissent entrevoir un recul du français au Québec, plusieurs jeunes francophiles s’efforcent de faire tourner le vent.

Président du Mouvement étudiant pour le français à l’Université de Montréal, conseiller pour son homologue à l’Université du Québec à Montréal et chargé de la mobilisation au sein du Mouvement Montréal français, Philippe Perreault est ce qu’on peut appeler un ardent défenseur du français. Âgé de 24 ans, il milite activement pour que la langue de son enfance soit aussi celle de son avenir.

« Moi, ce que je souhaite, c’est de sensibiliser et de mobiliser les jeunes pour la langue. Ça fait partie de ma fierté d’être québécois et je suis tanné de percevoir de vieilles habitudes d’avant la Révolution tranquille, qu’on appelle la survivance », affirme le jeune militant.

Des inquiétudes

Selon Philippe, la situation actuelle de la langue au Québec est insensée. Il s’inquiète particulièrement du fait qu’en 2006, pour la première fois depuis 1931, le nombre des francophones est passé sous la barre des 80 % dans la province (79,6 %, selon le recensement), une baisse que Statistique Canada attribue à une légère hausse de la population anglophone dans la province ainsi qu’à l’accélération de l’immigration allophone.

Le financement des universités québécoises est aussi un thème qui préoccupe le jeune militant : « Les universités francophones reçoivent environ 75 % du financement du gouvernement du Québec, alors que les Québécois non anglophones représentent 92 % de la population. Pour moi, c’est illogique. On souhaite accueillir de nouveaux arrivants pour rétablir la pyramide démographique, on les invite à venir étudier chez nous, mais on ne leur offre pas le soutien nécessaire pour le faire dans la langue de la province. Si on voulait être conséquent, il faudrait financer les universités dans un rapport proportionnel à leur poids démographique respectif et même donner un peu plus de moyens aux universités francophones pour qu’elles puissent accueillir les nouveaux arrivants correctement ! »

Préserver la culture

À l’heure de la mondialisation, Philippe croit que les jeunes Québécois doivent s’interroger sur ce qu’ils souhaitent pour leur culture : « On dit que l’anglais est devenu la langue universelle, mais je pense que c’est nécessaire qu’on se demande si on veut une mondialisation qui va appauvrir les cultures nationales ou une mondialisation qui va nous permettre de savourer les diversités culturelles. À mon avis, il faut être fier de notre culture et de notre langue, et être bilingue, ça devient un atout. Il faut s’assurer de préserver le français à travers tout ça, parce que c’est une richesse ! »

Josh Crowe, 25 ans, abonde dans le même sens. Anglophone originaire d’Ottawa, il a décidé de s’établir au Québec il y a près de cinq ans pour exercer son métier. Aujourd’hui chef cuisinier dans un restaurant français du Plateau Mont-Royal, il n’utilise pratiquement plus l’anglais au Québec. « Quand je suis arrivé à Montréal, je ne parlais pratiquement pas le français, se rappelle Josh. Mais j’ai pris la décision de m’exprimer en français parce que c’est la langue d’usage au Québec. Pour moi, c’était clair que, si je faisais le choix d’habiter une autre province, je devais accepter que cette province vienne avec des coutumes et une culture différentes. Même si j’étais mauvais au début, j’ai saisi toutes les possibilités de pratiquer mon français dès que j’ai mis les pieds ici. »

L’amour de la langue...

Selon le dernier recensement, à l’échelle du Québec, 35,8 % des francophones se sont déclarés bilingues. Chez les 25-29 ans, la proportion était beaucoup plus élevée et a atteint 51,1 %. À Montréal, la proportion des jeunes francophones bilingues était estimée à 63,4 %. Depuis son arrivée dans la métropole, Josh Crowe vit cette réalité sur une base quotidienne et déplore l’usage de la langue que font de nombreux Québécois.

« C’est vraiment difficile pour un anglophone d’apprendre à parler français ici, parce que tout le monde se met à parler anglais dès qu’on cherche nos mots ! Comment ils font, les anglophones, pour apprendre le français si personne ne les laisse pratiquer ? Je trouve ça dommage que ça se passe de cette façon », confie le jeune homme.

Et de la musique !

Comme bien d’autres de sa génération, Josh a traversé l’adolescence avec du hip-hop dans les oreilles. Ayant un goût particulier pour tout ce qui se trouve dans la marge, il se souvient d’avoir été très tôt attiré par certains groupes francophones.

« À 15 ans, j’écoutais du hip-hop acadien et québécois. Je suis même allé voir un spectacle de Dubmatique à Ottawa. Ça m’intéressait parce que c’était bon, parce que ça sonnait bien. Selon moi, de la bonne musique, peu importe la langue, c’est de la bonne musique. Aujourd’hui, je respecte beaucoup des groupes comme Malajube, qui font d’excellentes choses en français. »

Aux oreilles de Jean-Michel Pigeon, ce genre de propos sonne comme une douce mélodie. Originaire de Québec et âgé de 25 ans, il gagne en partie sa vie comme musicien et partage son temps entre deux formations, dont l’une connaît un intéressant succès en anglais.

Son groupe Monogrenade, dont il est cofondateur, en est à ses débuts et fait tranquillement sa place sur la scène francophone.

« Je pense qu’aujourd’hui il y a plein de bonne musique qui se fait au Québec. Avec Monogrenade, on a choisi de chanter en français tout simplement parce que c’est notre langue et qu’on en est fier. Il y a des groupes comme Karkwa qui nous inspirent et qui ont ouvert les portes à plein de projets un peu en marge de ce qu’on connaît traditionnellement de la musique québécoise. Je suis heureux que notre groupe fasse partie de cette mouvance », assure le musicien.

Dans un contexte où, selon les dernières statistiques de l’Observatoire de la culture et des communications du Québec, pour la première fois en 2007, le public québécois s’est fait plus nombreux aux spectacles de chansons anglophones qu’à ceux de chansons francophones, Philippe Perreault accueille avec optimisme l’attitude de musiciens comme Jean-Michel : « De plus en plus, on voit des groupes francophones superintéressants apparaître. Selon moi, c’est bon signe. Ça veut dire que notre société et les jeunes se rendent compte de la richesse du français, et j’espère que ça va continuer comme ça ! »

***

Collaboratrice du Devoir


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