«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Un autre dossier fédéral qui fait des mécontents

AÉRODROMES

Le fédéral critiqué de toutes parts

Après Neuville et Saint-Cuthbert, Mascouche provoque des tensions avec Ottawa

vendredi 11 novembre 2016

La décision d’Ottawa d’autoriser le déménagement de l’aéroport de Mascouche fait beaucoup réagir. De l’Union des producteurs agricoles (UPA) à l’Assemblée nationale, en passant par le Bloc québécois, on reproche au ministre Marc Garneau d’avoir fait fi des intérêts du Québec.

 

«  La loi fédérale permet des décisions unilatérales, ça ne tient pas compte des intérêts du Québec  », a déclaré le député bloquiste du comté, Luc Thériault, en marge d’une sortie publique, jeudi. Le fédéral, dit-il, devrait écouter «  l’ensemble du milieu, qui parle d’une seule voix, versus une centaine de pilotes locataires qui veulent avoir un jouet  ».

 

Rappelons que la Corporation de l’aéroport de Mascouche, le 4 novembre, a reçu le feu vert d’Ottawa pour déménager les installations de l’actuel aéroport, tout près, à la limite des territoires de Mascouche et de Terrebonne.

 

Le nouveau site a l’avantage d’être plus éloigné des secteurs résidentiels, mais plusieurs groupes s’y opposent, parce qu’il se retrouve sur des terres agricoles et abrite notamment des milieux humides et des boisés protégés.

 

«  Nous sommes très déçus. C’est comme si on se faisait dire que ce n’est pas important de protéger nos meilleures terres. C’est inacceptable  !  », déclare Stéphane Sansfaçon, président de la section locale de l’Union des producteurs agricoles (UPA).

 

Les municipalités de Mascouche et de Terrebonne s’y opposent également, ainsi que les membres de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), parce que le projet contrevient à son schéma d’aménagement et aux règles visant à protéger les corridors forestiers métropolitains.

 

Tous reprochent au fédéral d’avoir imposé cette décision de façon unilatérale. Or il en a tout à fait le droit, depuis qu’un jugement de la Cour suprême, rendu en 2010, a fait en sorte que les aérodromes ne sont plus assujettis aux lois provinciales ou municipales.

 

Mercredi, l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité une motion qui demande à Ottawa «  de prendre acte de l’opposition des citoyens et des élus locaux et dénonce l’autorisation émise par Transport Canada pour la construction d’un nouvel aéroport à Mascouche, à deux kilomètres de l’actuel site  ».

 

Pour Mathieu Lemay, le député de la Coalition avenir Québec (CAQ) qui a présenté la motion, le gouvernement du Québec aurait dû agir. «  Le lieu choisi aujourd’hui pour la construction de l’aéroport n’est pas le bon, et ça, c’est unanime localement. Malgré cela, les libéraux ont laissé le fédéral négocier seul avec les promoteurs, sans dire un seul mot  », a-t-il fait valoir dans un communiqué.

 

Précédents

 

Ce n’est pas une première. À Neuville, un aérodrome a pu se développer malgré l’opposition de la municipalité, et le même scénario est en train de se reproduire à Saint-Cuthbert, dans Lanaudière.

 

La décision dérange d’autant plus que le gouvernement fédéral n’a pas expliqué publiquement pourquoi il avait décidé de donner son accord.

 

La seule documentation disponible est la lettre transmise à la Corporation. Dans le texte, on affirme que «  le ministre reconnaît l’apport économique d’un tel projet  » et que le nouvel aérodrome «  permettra aux écoles de pilotage déjà établies à l’aéroport existant de poursuivre leurs activités et de former les pilotes de demain  ». Jeudi, le responsable de la Corporation, Yvan Albert, ne nous a pas rappelé.

 

En réponse aux questions du Devoir, Transport Canada a répondu par courriel que la population avait été consultée. Or cette consultation est contestée de toutes parts, parce qu’elle a été menée par le promoteur et n’est pas jugée neutre.

 

«  Lors du processus de consultation, tous les intervenants, de même que les citoyens, ont été invités à soumettre leurs commentaires au sujet du projet d’aménagement d’un aérodrome, a répondu la porte-parole de Transport Canada. Ces commentaires ont été pris en considération lors de l’évaluation du projet. Après l’évaluation du rapport de consultation publique du promoteur, Transport Canada est satisfait des conclusions contenues dans le rapport et a décidé de ne pas s’opposer à l’aménagement de cet aérodrome.  »

 

Beaucoup d’éléments restent en suspens dans ce dossier, notamment les responsabilités de la Ville de Mascouche. En 2014, la Ville s’était engagée à verser trois millions à la Corporation si elle acceptait de quitter l’ancien site. Mascouche voulait ainsi récupérer les terrains pour y faire du développement résidentiel.

 

Après cela, différents sites ont été envisagés, à Saint-Roch-de-l’Achigan, à 15 kilomètres de là, puis à Mirabel, mais la Corporation a finalement opté pour le site de Mascouche-Terrebonne. La Ville s’est opposée à ce choix, mais on ignore ce qu’il adviendra du protocole d’entente de trois millions. Jeudi, on n’a pas voulu nous répondre, mais on nous a renvoyé à un communiqué laconique dans lequel le maire Guillaume Tremblay «  réitère son opposition au présent projet  ».


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