«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

McGill veut forcer l’Outaouais à étudier la médecine en anglais

Le droit d’étudier en français : l’Outaouais oubliée...

mercredi 14 septembre 2016

Lorsqu’on parle de la question linguistique au Québec – du moins, les trop rares fois où on le fait depuis quelques années -, on ne parle à peu près que de Montréal.

Ce qui s’explique en bonne partie par les deux éléments suivants. 1) Près de 90% des nouveaux arrivants s’y installent. 2) Même trente-neuf ans après l’adoption de la Loi 101, ils sont encore nombreux à se retrouver dans une ville où l’anglais rivalise toujours le français comme langue de travail et d’assimilation.

Soit.

Or, trop souvent et depuis trop longtemps, on oublie l’Outaouais – une région du Québec qui, à cheval entre ce dernier, l’Ontario et l’influente machine gouvernementale fédérale -, connaît pourtant, pour ces mêmes raisons, ses propres difficultés sur le font linguistique.

D’où l’étonnement, pour ne pas dire le choc, lorsque le premier ministre Philippe Couillard y est allé de cette annonce  :

« La région de l’Outaouais aura bel et bien sa faculté satellite de médecine familiale, en collaboration avec l’Université McGill et le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de l’Outaouais. Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, a fait l’annonce officielle, mardi matin, à l’hôpital de Gatineau. »

L’état lamentable du système de santé en Outaouais étant légendaire, l’annonce, à première vue, paraissait être une « bonne nouvelle ».

Ce qui accroche est qu’on ait toutefois donné cette responsabilité à une université anglophone – McGill.

Et surtout ceci - tel que le révélait tout récemment le quotidien Le Droit :

« Bien que moins de 10 % de l’ensemble de la formation médicale qui sera offerte par l’Université McGill à Gatineau se fera en anglais, la langue de Shakespeare devrait prendre la moitié de la place lors des 18 premiers mois.

En annonçant mardi la création d’une faculté satellite de médecine en Outaouais, le premier ministre Philippe Couillard a affirmé que le français allait être utilisé 92 % du temps, « si vous incluez la formation complète en médecine de famille ». Cette formation complète à laquelle le premier ministre a fait référence comprend les quatre années de formation prédoctorale, de même que les deux années de résidence. (...)

L’anglais sera surtout utilisé lors des 18 premiers mois d’études médicales, qui comprennent trois blocs de quatre mois et des congés. Les cours en visioconférence, qui seront diffusés à partir de Montréal et qui représentent près de la moitié du temps de formation, seront en anglais. L’autre moitié du temps, les étudiants seront appelés à faire notamment de l’apprentissage par résolutions de problèmes, ce qui se fera en français « avec des ressources locales » (...)

Des cours sur des spécialités de niveau tertiaire risquent de rester en anglais, puisqu’il n’y a pas de professeurs pour certains domaines pointus en Outaouais. Il faudra alors avoir recours aux professeurs de l’Université McGill, car la division territoriale en vigueur pour les facultés de médecine prévoit que l’Outaouais est affilié à l’établissement anglophone de Montréal. (...) »

***

Résultat : en Outaouais, les réactions négatives et les inquiétudes se multiplient avec raison.

Et ce, jusqu’en éditorial au quotidien Le Droit – pourtant loin d’être un repaire de « purs et durs » :

« Plusieurs s’interrogent à savoir pourquoi la faculté satellite relève de McGill, une université anglophone de Montréal, alors que les autres du Québec sont chapeautées par les universités de Montréal et Sherbrooke.

Le choix de McGill importe peu - même que le prestige de cette université s’avère un joli fleuron -, mais pas le résultat qui doit être : la formation qui se donnera en Outaouais doit être en français. Sans compromis. (...)

McGill enseigne en anglais à Montréal et personne n’en fait de cas. Il s’agit d’une des deux écoles de médecine de la métropole, avec celle de l’Université de Montréal.

Mais si McGill veut étendre ses tentacules en Outaouais, elle doit franciser son enseignement.

L’institution aujourd’hui présidée par une rectrice francophone, Suzanne Fortier, aurait dû s’ajuster à cette réalité il y a deux ans, et elle dispose aujourd’hui de quatre longues années pour le faire puisque les premiers cours doivent être offerts en 2020.

Cela lui donne assez de temps pour faire l’effort nécessaire de francisation.

Il y a deux ans, des élus libéraux avaient lancé des inepties pour justifier l’anglais en Outaouais. La députée Maryse Gaudreault avait dit : « C’est ça ou rien. »

Yves Bolduc, alors ministre de la Santé, avait redoublé avec une tautologie insipide en rappelant que l’Outaouais était « proche d’une province anglophone ».

Au contraire, c’est justement ce caractère de proximité qui exige une vigilance redoublée.

Et quand il suggérait que c’était « aussi important pour la population anglophone d’avoir des services dans sa langue », personne n’en conteste la justification pratique, ni même constitutionnelle.

Mais nous parlons ici de formation, pas de services aux malades. L’Outaouais a besoin de cette faculté satellite de médecine.

Elle doit se bâtir en tenant compte de ses besoins linguistiques et démographiques, et du respect du français, langue officielle du Québec. »

***

Sur son blogue, l’ex-éditorialiste au Droit, Pierre Allard, fait quant à lui quelques observations assassines, mais tout à fait fondées :

« Je me permets de relancer une fois de plus l’affaire de l’enseignement de la médecine en anglais à Gatineau. (...) Ce n’est pas une question de pourcentage d’instruction en français ou en anglais, c’est une question de principe.

Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, l’a posé très clairement, l’enjeu de principe. La citation est passée dans le beurre, sans susciter de réactions, à la fin d’un texte du quotidien Le Droit.

Voici ce qu’a déclaré notre maire souverainiste : « Il est important, au Québec, que les gens (on entend ici les francophones) puissent s’instruire dans leur langue. »

Si une telle déclaration avait été faite par un élu francophone d’Ottawa, de Sudbury, de Saint-Boniface, de Moncton, ou de quelque autre localité hors-Québec comptant une proportion appréciable de francophones, j’aurais trouvé cela tout à fait normal.

Là-bas, les majorités sont anglophones, les droits scolaires des Canadiens français et des Acadiens ont été abolis puis remis au compte-gouttes, et la bataille n’est pas terminée. Alors on revendique l’importance de pouvoir s’instruire dans sa langue...

Mais M. Pedneaud-Jobin est Québécois. Maire d’une municipalité à 80% francophone, dans un État à 80% francophone qui a fait de la langue française sa seule langue officielle. Se faire instruire dans sa langue, ça devrait aller de soi, non ? Même à l’université ? Même en médecine.

Plus j’y pense, plus je suis renversé par l’affirmation du maire de Gatineau. Et plus je suis renversé de voir qu’il est le seul élu de la région de l’Outaouais à avoir annoncé une position aussi audacieuse, aussi radicale... C’est absolument incroyable.

On est rendu au point d’utiliser le même argumentaire que les francophones hors-Québec pour pouvoir s’instruire en français au Québec. Bien sûr il s’agit d’une faculté de médecine dans une seule région, mais le principe est là. On oblige des francophones à fréquenter l’école anglaise !

J’aurais aimé entendre le maire, que j’estime beaucoup par ailleurs, employer des mots plus énergiques, plus lapidaires pour appuyer l’enseignement de la médecine en français dans la ville qu’il dirige.

Important ? Pourquoi pas essentiel, primordial, indispensable, vital, fondamental ? (...)

En est-on vraiment rendu là ? À revendiquer, au Québec même, notre droit de recevoir l’instruction en français à l’université, dans une faculté de médecine ? (...)

Les libéraux ont déjà (tenté) de transformer toutes les sixièmes années des écoles primaires françaises en classes bilingues... Ce n’est pas comme si on n’avait pas été prévenu...

C’est désespérant.

Pourquoi les Franco-Ontariens continueraient-ils à lutter pour leurs droits scolaires si le Québec - coeur de la francophonie nord-américaine - est en train de lâcher le français, morceau par morceau ? (...) »

***


Voilà qui résume clairement le problème.

Je partage d’ailleurs tout autant le point de vue de ma collègue du Devoir, Manon Cornellier qui, ce matin, écrit ceci

« La population francophone de Gatineau (79 %) a droit au même respect que celle des autres régions.

Son bilinguisme et son impatience à obtenir cette faculté ne justifient pas de passer outre ce droit dont parlait M. Couillard, en 2014, de recevoir un enseignement « complètement en français », si tel était le souhait des étudiants de l’Outaouais. »

***

Un enjeu québécois

En d’autres termes, cet enjeu est un enjeu majeur, non pas seulement pour l’Outaouais, mais pour le Québec tout entier.

Laisser tomber nos concitoyens de l’Outaouais et les laisser se débattre seuls dans l’indifférence généralisée du reste du Québec, serait une grave erreur.

Le gouvernement du Québec, qu’il soit rouge, bleu ou multicolore, doit entendre les revendications éclairées et fondées de la population de l’Outaouais pour un enseignement de la médecine en français.

Mais pour ce faire, les gens de l’Outaouais auront besoin de la solidarité visible et audible de leurs concitoyens des autres régions.

Ne les décevons pas... à nouveau.


 


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